Le bon sens à l’oeuvre

Communiqué de MsM/MzM, le 20 février 2012

Depuis la fermeture du Musée d’art moderne, il y a un an, le collectif citoyen MsM/MzM exige (pétition de 3000 signatures, rassemblements, sensibilisation de l’enseignement et des média, des milieux politiques, associatifs, culturels…) le redéploiement des collections des 20e et 21e siècles, dès 2012.

Le 1er février 2012, à l’issue d’une 11e manifestation qui rassemblait près de 200 personnes dans un froid sibérien, la pétition a été remise au directeur général ainsi qu’au ministre de tutelle.

Quelques jours plus tard, le ministre Paul Magnette, en charge de la politique scientifique, a exposé sa vision (La Libre & De Standaard, vendredi 10 février).

  • Il décide d’affecter à l’art moderne un espace qui se trouve dans le musée-même. Réalisation dans un an , un an et demi. Il demandera à la Régie des Bâtiments que la rénovation de ces salles (vides depuis plusieurs années) soit prioritaire.
  • Le projet d’un nouveau grand musée d’art moderne et contemporain est toujours d’actualité ; cela prendra plus de dix ans. Trois pistes sont évoquées : parc du Cinquantenaire, quartier en reconversion ou périmètre du Mont des Arts.
  • Il renonce à la location d’un bâtiment transitoire pour abriter provisoirement les collections modernes.

« Le musée d’art moderne restera au musée des Beaux-Arts » : décision de bon sens et beau gâchis

Le ministre a cherché et a trouvé, dans le Musée même, un espace vide de 3000 à 5000 m2, que le directeur n’avait pas trouvé ! Un directeur a pu décider seul de la fermeture du musée d’art moderne, un ministre décide de l’affectation des salles. Reste donc dans le futur à déterminer qui décide quoi.

Les collections d’art moderne vont donc rejoindre – en 2013 ? – les salles qui au moment de leur inauguration en 1984 ont hébergé les collections du 19e siècle. Une partie de ces collections va constituer (nov. 2012) le Musée « fin de siècle » (fin du 19e siècle !), installé dans le bâtiment du Musée d’art moderne – vidé depuis février 2011 de ses œuvres des 20e et 21e siècles ! L’immeuble Altenloh destiné initialement aux expositions temporaires est transformé depuis 2009 en musée Magritte.

Laisser l’Art moderne et le 19e là où ils étaient, eut été trop simple, sans doute. Est-il tendancieux de voir dans ce ballet disgracieux un gaspillage de temps, d’argent, d’énergie ?

Décision ou promesse ? MsM/MzM fait le pari d’y croire tant la solution paraît empreinte de bon sens. Les rassemblements des premiers mercredis du mois sont dès lors suspendus.

MsM/MzM se réjouit que la priorité soit donnée aux bâtiments de la rue de la Régence et souhaite que les collections y soient redéployées dans les plus brefs délais.

Echaudé par trop de promesses non tenues, MsM/MzM veillera attentivement à l’exécution de cette décision et veillera à ce que ces espaces retrouvés ne constituent pas un pis aller et soient, comme promis par la direction, un « laboratoire » du futur musée d’art moderne et contemporain.

MsM demande que

  • TOUTES les salles des MRBAB actuellement fermées soient ré-ouvertes, afin que les collections des 15e , 16e, 17e, 18e et 19e siècles soient à nouveau présentées aux publics.
  • le redéploiement de l’ensemble des collections dans les espaces disponibles (un second plateau de plus de 3000 m2 est actuellement vide) soit prioritaire et préalable à un découpage thématique.

Musée thématique

Le découpage des collections en quartiers pour n’en garder que les « beaux morceaux » – en l’occurrence les morceaux les plus vendeurs – ne convainc pas :
  • Il rompt le fil de la lecture et présuppose que le visiteur – érudi ou non – possède le récit complet ; alors que les collections des MRBAB sont cousues d’un fil d’or, fil ininterrompu : les « beaux-arts » de nos régions du 15e siècle à aujourd’hui
  • Il oriente et cadenasse la lecture des collections.
  • Il privatise les musées par la création de partenariats « public-privé » exclusifs à l’exemple de celui du Musée Magritte (droits d’entrée distincts, gardiennage privé, etc.).
  • Il rend ces musées délocalisables : un musée d’art moderne par-ci, un musée Bruegel par là, un musée art nouveau ailleurs.

Et l’avenir ?

Certains rêvent d’un « Louvre », d’autres d’un « Guggenheim » , d’autres d’un « Reina Paola »… Rien de tout ça n’intéresse MsM/MzM ! Prendre modèle, c’est déjà être en retard. Il faut le courage d’imaginer un musée fédéral original, adapté aux collections et au service des publics. Il faut une vision. Et certainement pas la vision d’un seul. Accepter, à ce stade, de ne pas savoir. Il faut interroger et débattre : quelles collections ? quels publics ? quel projet ? quelle muséologie ? MsM/MzM veut contribuer à concevoir avec sérieux et inventivité, le musée contemporain à venir. MsM/MzM a entamé ce débat et le poursuivra.

MsM/MzM reste sur la brêche

Heureux des avancées, MsM/MzM défendra le temps qu’il faudra, une solution qui rende avec audace, exigence et inventivité, l’ensemble des collections à leurs publics.

MsM/MzM, véritable mouvement citoyen, est une force vive, une chance inouïe pour un Musée en quête de dialogue… Il peut être un levier efficace pour l’élaboration d’un musée d’art moderne et contemporain ancré dans la société.

 

Ces questions seront abordées lors d’un débat ouvert à tous, à l’ARBA/ESA, 144 rue du Midi, 1000 Bruxelles, le mardi 28 février à 18h.


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L’Art moderne restera au musée des Beaux-Arts

Il y a un an, l’annonce de la fermeture sine die du musée d’Art moderne et contemporain de Bruxelles créait l’émoi. De plus, on attend toujours, depuis près de deux ans, la nomination d’un directeur au Cinquantenaire : Michel Draguet, ad interim, cumulera-t-il avec les Beaux-Arts ? Et quid des “coupoles” dans nos établissements scientifiques fédéraux (ESF) ? Quid aussi du mégaplan de numérisation ? Pour la première fois, le nouveau ministre en charge de la Politique scientifique, Paul Magnette (PS), par ailleurs ministre de la Coopération au développement, des Entreprises publiques et des Grandes villes, s’exprime. On le sent heureux de s’intéresser à des domaines qu’il connaît bien comme ancien professeur à l’ULB et homme de culture.

L’annonce, il y a un an, de la fermeture sine die du musée d’Art moderne et contemporain a suscité une vague de protestation.

Michel Draguet lui-même a reconnu qu’il avait fait une erreur de communication. Le projet d’un musée “Fin de siècle” (fin du XIXe siècle) est un très beau projet mais celui-ci ne doit par réduire pour autant l’Art moderne. On doit donc trouver une solution sans attendre un nouveau musée, ce qui prendra plus de dix ans. J’ai donc cherché et j’ai décidé d’affecter à l’Art moderne et contemporain une surface d’exposition de 3 000 à 5 000 m2 qui se trouve dans l’actuel musée des Beaux-Arts mais est vide à la suite des travaux de désamiantage qui y ont été faits. Ces salles sont situées derrière le grand hall, c’est la galerie autour des réserves. Elles datent des années 70 et sont appelées l’extension. Elles pourraient être prêtes pour exposer les œuvres dans un an ou un an et demi maximum. Compte tenu de la situation budgétaire, je ne suis pas favorable à ce qu’on loue d’autres locaux alors qu’on a un patrimoine prêt. Je demanderai donc à la Régie des bâtiments et à mon collègue qui en a la charge (Servais Verherstraeten) qu’une priorité soit mise sur ces salles, sans pour autant ralentir les travaux qu’effectue la Régie pour le musée “Fin de siècle”.

Vous abandonnez donc l’idée d’utiliser le Dexia Art Center, ex-établissements Vanderborght près de la grand-place qu’on avait cité comme lieu possible pour l’Art moderne ?

J’ai visité le lieu qui se prête bien à un musée. Je travaille toujours sur la possibilité d’y placer un jour le Mim (musée des Instruments de musique) et de partager l’espace (les deux étages supérieurs) avec la Monnaie voisine. On pourrait y construire une vraie Cité de la musique. Le bâtiment actuel du Mim, “l’Old England” et son extension jusqu’à la place Royale, pourrait alors accueillir un musée dédié à l’Art nouveau et qui serait tout proche du musée “Fin de siècle”. La Ville de Bruxelles, propriétaire du lieu, est ouverte à ce projet. Mais aucune décision n’a encore été prise.

A long terme, parle-t-on encore d’un nouveau musée d’Art moderne et contemporain ?

Oui, cette idée est excellente. Bruxelles a besoin d’un tel musée et nous avons au musée des Beaux-Arts une belle collection, surtout si on y ajoute, et c’est mon souhait, la grande collection d’art belge de Dexia. Certes, elle appartient à la banque mais nous devrions signer avec elle une convention qui permettrait à cette collection d’être largement mise en dépôt dans ce nouveau musée (et aussi, pourquoi pas, dans les grands musées de Flandre et de Wallonie). Avec Dexia, on aurait un vrai musée d’Art moderne et contemporain avec, comme fil conducteur, la création belge. Un peu comme l’a fait, à Madrid, le musée Reina Sofia. On aurait ainsi à Bruxelles quelques grands musées axés sur nos points forts : les primitifs flamands, le “Fin de siècle”, l’Art nouveau, l’Art moderne et contemporain et le musée Magritte.

Vous privilégiez donc des musées thématiques aux musées généralistes ?

Non, les deux peuvent coexister mais je privilégie une situation plus lisible qu’aujourd’hui. Je lisais récemment une étude française montrant que la fréquentation des musées y avait fortement augmenté grâce à la forte lisibilité des grands musées. Il est important pour le public de voir les moments forts de l’art belge, tout en gardant aussi des salles montrant la continuité de l’histoire de l’art. Il faut aussi, et le musée “Fin de siècle” est intéressant à cet égard, avoir le courage de décloisonner. Dans ce musée, on mêlera l’art à la musique, aux arts décoratifs, à la littérature.

Mais quid du futur nouveau musée d’Art moderne et contemporain ?

On sait que l’Etat n’est pas en bonne santé financière. Son fonctionnement devra donc se faire à l’intérieur des subsides actuels aux musées. Et pour la construction du bâtiment, nous devons faire appel à des mécènes, à du fundraising. Un groupe de réflexion est en place pour cela, qu’il faudra rendre plus formel en y associant le fédéral, la Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles. Nous devons ensemble réfléchir à une solution. On a évoqué trois pistes. D’abord, un bâtiment neuf sur le parc du Cinquantenaire, mais sa complémentarité avec les collections du Cinquantenaire n’est pas évidente et placer un bâtiment contemporain dans le parc suscitera certainement une polémique. On pense aussi placer un tel bâtiment contemporain dans un quartier de la ville en pleine reconversion, mais il faudrait pour cela l’intégrer dans un plan précis plus global. Reste alors une solution simple : rester dans le périmètre du Mont des Arts et utiliser, par exemple, le bâtiment actuel de la Cour constitutionnelle sur la place Royale, en face du Mim, pour construire ce nouveau musée dont, bien sûr, la façade ne pourra déroger aux règles d’urbanisme de la place Royale. Mais pour cela, il faudrait commencer une discussion avec la Cour constitutionnelle.

Guy Duplat, La Libre, Mis en ligne le 10/02/2012

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Bruxelles-Bilbao, même combat ?

Tout projet de nouveau musée doit d’abord faire l’objet d’un débat public dans lequel le point de vue régional doit s’affirmer.

L’ARAU s’étonne que la Région laisse faire les choses à l’envers : laisser imposer une implantation dans les esprits avant de débattre du projet culturel, social, et urbanistique. La Région a elle-même perçu les enjeux des projets culturels, comme elle l’indique dans le Plan Régional de Développement de 2002 : « Un projet culturel fort est celui dans lequel la communauté urbaine se reconnaît. Cela suppose l’inscription du projet culturel au cœur de la ville et passe par la capacité à dessiner des parcours urbains. »

Depuis un an (fermeture temporaire du Musée d’Art Moderne pour rénovations), on assiste  à un  déferlement d’effets d’annonces dans les médias pour légitimer l’idée d’un « effet Bilbao » sur la capitale européenne.

Le syndrome de Bilbao se caractérise par la promotion d’un “ geste architectural fort ”, via la création d’un nouveau musée d’art moderne et contemporain,  pour dynamiser (l’image de) la ville et la placer dans une compétition inter-villes.  Ce recours au musée Guggenheim de Bilbao comme projet exemplaire pose question  à travers l’instrumentalisation qui en est faite, car elle met en avant la seule success story du musée sans rappeler ni le contexte urbain de Bilbao, ni le rigoureux encadrement urbanistique dont il a fait l’objet dans la ville industrielle basque.

Aujourd’hui, les projets annoncés, divers, contradictoires, et néanmoins très précis, sont de grande ampleur. Si les bienfaits économiques et touristiques sont déjà extrapolés dans les articles et interviews, le projet urbanistique en tant que tel n’a pas fait l’objet de débats du côté des pouvoirs publics… entre autres parce qu’il n’existe pas encore.  Ne doit-il pourtant pas être à la base de toute réflexion ? Malgré ce flou, une implantation : sur la trémie recouverte du  Cinquantenaire, semble déjà décidée, la planification élaborée, les partenariats préparés… Dans la presse de 2011, un concours d’architecte a même déjà été annoncé pour janvier 2012 !
L’ARAU souhaite donc :

  • faire  un point  sur les mésaventures historiques et actuelles de la collection d’Art moderne ;
  • démontrer que si l’on veut importer un “effet Guggenheim”,  l’implantation ne devrait pas être celle du quartier européen, ni celle du Heysel ;
  • pointer la précipitation et le danger d’un concours d’architecture international ;
  • réaffirmer sa position pour une déconcentration des institutions muséales et contre un zoning touristico-muséal ;
  • et enfin se demander quel peut être le rôle de la Région bruxelloise dans ce projet.

Plan de l’analyse :

  • De la performativité des déclarations dans la presse de 2011. Mise en place d’un “ grand projet ” par des effets d’annonces successifs.
  • Petite charade : fantôme, de poche, caché, virtuel, enfoui : qui ai-je été et qui suis-je encore?
  • L’appel à Bilbao : un archétype aux supers pouvoirs ?
  • Le zoning des musées sur le Mont des Arts : pourquoi et comment s’en détacher
  • Quel est (peut être) le rôle de la Région bruxelloise dans ce dossier ?
  • Le concours d’architecture : la (mauvaise) charrue avant les bœufs

ARAU –  Publié le 31 janvier 2012

L’analyse complète en PDF

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L’art moderne se cherche un écrin

Pour mettre en place le futur Musée Fin de Siècle, Michel Draguet annonçait au début de l’an dernier qu’il fermait le Musée d’art moderne, suscitant une levée de boucliers d’une partie du milieu artistique.

« Je confesse avoir commis une erreur monumentale de communication, explique-t-il aujourd’hui. Quand on a communiqué sur le Musée d’art moderne, on a cru faire une communication positive. On partait du constat que le public ne descendait pas dans les sous-sols pour découvrir la collection et on créait une dynamique en lançant l’idée d’un nouveau lieu.

Depuis 2003, les primitifs flamands sont en grande partie dans les réserves. Aujourd’hui encore, il n’y a qu’un tiers de la collection qui est visible à cause des travaux de désamiantage et autres problèmes. Je n’ai jamais eu la moindre plainte à ce sujet. Pendant deux ans, nous n’avons pas montré un seul Magritte parce que le Musée Magritte était en préparation. Pas une plainte !

Donc, en décidant de fermer le musée d’art moderne durant un an, je n’ai pas vu venir le problème. »

Aujourd’hui, une petite partie de la collection est exposée dans une des salles du musée. « Tout n’est pas visible mais tout n’a jamais été visible. Mais surtout, je dis qu’il faut un bâtiment d’aujourd’hui pour cette collection. Vous savez, personne ne nous demandait jamais rien sur Magritte par le passé. Depuis l’ouverture du musée qui lui est consacré, quand le Moma de New York fait une expo Magritte, nous sommes partenaires. Nous devons mettre en valeur nos collections d’art moderne dans un lieu adapté. »

Michel Draguet revient aussi sur le problème de ces collections. « Franchement, on n’a pas un Musée d’art moderne du type du Moma, Tate Modern ou Beaubourg. On n’a pas de cubiste, de futuriste, pas de Kandinsky, de Mondrian, de Malevitch. Pas d’Américains après les années 50.

Par contre, on peut proposer une autre histoire de la modernité à partir de ce qui a été visible ici. On peut y créer des salles consacrées à Broodthaers, Alechinsky, Spilliaert (qui est le lien entre XIXe et XXe) et aller jusqu’à Fabre, De Cordiez, Delvoye… »

Mercredi les manifestants réclamant la réouverture du Musée d’art moderne ont pu rencontrer Michel Draguet et lui remettre leur pétition. Ils ont aussi vu le ministre Paul Magnette qui s’est déclaré soucieux de trouver une solution rapide (on parle d’un an à un an et demi) pour remettre les œuvres du musée d’art moderne à disposition du public. Mais il s’agirait d’une solution temporaire en attendant l’éventuelle création d’un nouveau musée.

« Nous nous étonnons qu’on puisse travailler à une solution provisoire, souligne Sabine Deville de Culture et Démocratie. Il faudrait investir un lieu, l’aménager et donc ce sera onéreux. Pourquoi diable n’affecte-t-on pas ces moyens à la réhabilitation en urgence des bâtiments du Musée des Beaux-Arts qui en ont bien besoin ? »

Pour autant, elle se refuse à rejeter en bloc les idées de Michel Draguet. « Un Musée d’art moderne et contemporain c’est une très belle idée pourvu qu’on ménage un équilibre supportable entre ce qu’imposeront les contraintes financières qui pèsent sur nos institutions (notamment l’appel probable à des capitaux privés) et une identité d’institution scientifique qui a un discours à tenir et un travail de fond à réaliser. »

Au-delà des critiques, elle veut élargir le débat : « On s’interroge sur les choix et les arbitrages mais on veut aussi interpeller le politique, à tous les niveaux de pouvoir où il peut être concerné : ville, région, etc. Un tel projet ne peut pas être porté seulement par le privé. »

+ interviews de Michel Draguet et de Constantin Chariot : Quel avenir pour les musées fédéraux ?

WYNANTS JEAN-MARIE, Le SoirSamedi 4 février 2012

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1er février 2012 sur Youtube

11e Rassemblement du 1er février 2012

© msm

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Où est le musée d’art moderne ?

Communiqué /n°2/ de Musée sans musée

 à l’issue du rassemblement mémorable du 1er février 2012.

 

Malgré le froid, 200 personnes étaient présentes avec bannières et calicots pour marquer le drôle d’anniversaire d’un musée vidé de ses oeuvres et pour demander qu’un débat ait lieu. Des étudiants en art, des artistes, des politiciens et tout un peuple citoyen demandant qu’enfin, un projet concret soit présenté pour sortir les oeuvres de plus de 150 artistes modernes et contemporains des réserves où on les a reléguées.

La présence policière annoncée se fit très discrète.

Une délégation composée de Bernard Villers, Daniel Locus et Mireio, artistes, Bernadette Kluyskens, artiste et professeure à l’ERG, et Caroline Purgal, Conseil des étudiants de l’ARBA/Esa, a remis officiellement la pétition regroupant plus de 3000 signatures à Michel Draguet, directeur général du Musée. La rencontre fut courtoise mais brève.

Le ministre Paul Magnette, en charge de la politique scientifique, a reçu une délégation de cinq personnes. Bernard Villers et Daniel Locus, artistes, Catherine Fache, historienne de l’art, Sabine de Ville, présidente de Culture et Démocratie, et Caroline Purgal, vice-présidente du Conseil des étudiants de l’ARBA/Esa, présentèrent la pétition au ministre lors d’un entretien d’une quinzaine de minutes.

MsM/MzM acte et se réjouit :

Le ministre Paul Magnette confirme que la situation actuelle n’est pas satisfaisante et ne peut se prolonger. La construction d’un édifice emblématique est bien à l’ordre du jour. Il pourrait voir le jour dans une dizaine d’années.

En attendant, il évoque un scénario B, à l’horizon d’un an et demi, sans en préciser les contours. Un lieu/ espace au centre de la ville pour accueillir provisoirement la collection 20e et 21e siècle est envisagé. Dans le Dexia Art Center, ex Vanderborght ?, la question reste aujourd’hui sans réponse.

MsM/MzM acte :

Le ministre Magnette précise en effet que le projet ne sera communiqué que lorsque sa faisabilité financière, politique, urbanistique sera dûment vérifiée. Il n’y aura donc plus d’annonces multiples et hypothétiques. C’est une bonne nouvelle.

MsM/MzM questionne :

Pourquoi ne pas affecter les moyens possiblement libérables pour une rénovation onéreuse d’un bâtiment temporaire, à la la réhabilitation, en urgence, des bâtiments de la rue de la Régence ? Formidablement situés au Mont des Arts, magnifiques, classés, ils sont a priori les plus aptes à accueillir les collections, soit les ensembles 15e, 16e, 17e, 18e, 19e, 20e et 21e siècles, confinés aujourd’hui, en tout ou en partie, dans les réserves. Les cafétarias et les art-shops sont ouverts, merci pour eux.

MsM/MzM maintient :

Heureux des avancées – un mouvement amplifié, une presse réactive, des mandataires politiques sensibilisés, un ministre reconnaissant les limites de la situation actuelle – MsM/MzM reste vigilant et maintient ses actions, prêt à défendre le temps qu’il faudra, une solution qui puisse rendre avec audace, exigence et inventivité, l’ensemble des collections à leurs publics, et de manière prioritaire dans les bâtiments de la rue de la Régence.

Cela laissera le temps à tous les partenaires concernés, de concevoir avec le même sérieux et la même inventivité, le musée contemporain à venir.

Musée sans musée. Le 1er février 2012

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L’art moderne devrait retrouver un toit

L’art moderne devrait retrouver un toit – L’Avenir.

Lucile Jeanniard, L’Avenir, jeudi 02 février 2012

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Bruxelles, un an sans art moderne

Le ministre Magnette espère une solution temporaire à la fermeture du musée avant la fin de son mandat.

Ils étaient près de 200, artistes, professeurs et étudiants en art, conservateurs, et simples amateurs à braver le froid sur les marches du Musée des Beaux-arts de Bruxelles. Arborant des brassards verts, ils ont déployé une banderole reprenant le nom de tous les artistes dont (au moins) une oeuvre dort, à l’abri des regards, dans les réserves du musée. Initiée par la plateforme citoyenne “musée sans musée”, cette manifestation visait à célébrer le premier anniversaire de la disparition du Musée d’Art moderne de Bruxelles.

Cela fait, en effet, un an que ce musée a fermé ses portes. Michel Draguet, directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts et directeur ad interim (et candidat à ce poste à titre définitif) des Musées royaux d’Art et d’Histoire (Cinquantenaire) souhaite transformer ce lieu en un musée “Fin de siècle” qui tournerait autour des mouvements artistiques des XXeme et de la Libre Esthétique avec des oeuvres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle auxquelles s’ajouterait la dation Art nouveau Gillion Crowet. Pour le reste des collections, Rien n’est prévu à l’heure actuelle si ce n’est une exposition temporaire et minimaliste sous le thème “Les choix des conservateurs” dans un espace plutôt restreint.

Ce genre de manifestation se déroule tous les mercredis depuis un an. Aujourd’hui, la plateforme citoyenne élargit son propos au Musée d’art ancien craignant de le voir subir le même sort. “Petit à petit on enlève des oeuvres et on ferme des salles, explique Bernadette De Visscher, historienne de l’art qui a travaillé au Musée. Un professeur de Sint Lukas m’a dit qu’elle n’y envoyait plus ses élèves parce qu’il n’y a plus rien à voir“.

Marketing culturel

Fort du succès du Musée Magritte (500.000 visiteurs par an) Michel Draguet semble privilégier la piste de musées spécialisés ou thématiques plus aptes à attirer les visiteurs. Les activistes s’inquiètent d’ailleurs de cette forme de marketing culturel qui donne priorité à des thématiques au détriment de l’aspect pédagogique indispensable de l’institution muséale. Dans le projet de Michel Draguet, à côté du Musée Magritte, un musée Fin de siècle verrait le jour fin 2012, puis un musée d’art flamand à partir des collections du Cinquantenaire et du Musée d’Art Ancien et enfin un musée d’Art moderne. Le tout dans une synergie susceptible de créer un véritable “pôle art” à Bruxelles.

Reste à savoir où implanter (définitivement) ce nouveau musée d’art moderne. Draguet travaille avec Mc Kinsey, dit-il, sur trois pistes: un musée construit dans une ancienne brasserie le long du canal – les travaux pour transformer les anciennes brasseries Belle-Vue en hôtel bon marché viennent de commencer -, un musée (ainsi qu’un centre commercial et une salle de spectacle) sur le site du Heyzel, et un musée construit sur la trémie du Cinquantenaire.
Quelle que soit l’option retenue, ce nouveau musée ne verrait pas le jour avant 10 à 15 ans. Un laps de temps pendant lequel des pans entiers de la culture artistique belge ne pourront pas être ni étudiée ni révélée au public, privant dans le même temps la capitale de l’Europe d’un rayonnement qui avait fait, à une époque, une part de sa réputation.

Parmi les pistes de solution temporaire, figure le Dexia Art Center (les anciens magasins Vanderborght, rue de l’Écuyer), dont la ville de Bruxelles a repris le bail emphytéotique pour 2 millions d’euros depuis le rachat de Dexia Banque Belgium par l’État, et la Bourse dont le bail a également été repris par la ville (pour 4,7 millions).
Mais le bourgmestre Freddy Thielemens a déclaré en Conseil communal que cette dernière option n’est pas retenue. Ce qui fait craindre à Marie Nagy, conseillère communale Ecolo que “la ville imagine un projet pseudo-culturel juste pour remplir ces espaces alors que la ville a adopté, il y a un an, une motion demandant la réalisation d’un projet concret”.

Les responsables du collectif “musée sans musée” ont remis une pétition réclamant “le redéploiement permanent, dès 2012 et quelles que soient les options futures, des collections du XXe et du XXIe siècle et un large débat avec les partenaires concernés” au représentant du directeur des musées et au ministre fédéral de la Politique scientifique, Paul Magnette, qui a la tutelle sur le musée.

Selon le cabinet du ministre Magnette, ce dernier a dit clairement qu’il souhaite que les collections soient accessibles au public dans les meilleurs délais. Il a déjà visité différents lieux existants – sans plus de précisions de la part du cabinet -, relevant soit du public, soit du privé. Aucun choix n’a été arrêté et le ministre poursuit son travail de prospection. Une fois qu’une décision sera prise, il faudra compter du temps pour réaliser les aménagements nécessaires mais Paul Magnette compte trouver un hébergement (provisoire) pour les collections avant la fin de son mandat.

Didier Béclard, L’Echo, 02 février 2012

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La Bourse reste vide de projet

Bruxelles Musée d’art moderne

Le bâtiment de la Bourse est aujourd’hui inoccupé. Les collections du musée d’Art moderne restent, elles, enfouies dans les réserves du musée des beaux-arts. N’était-il pas possible que les deux intérêts se rencontrent ? Visiblement non.

Début juillet, la Ville de Bruxelles reprend possession de la Bourse. Cette œuvre de Léon Suys, terminée en 1873, incarne le libéralisme triomphant. Partiellement classées en 1986, les lieux se sont vidés petit à petit. Les traders ont laissé la place aux ordinateurs.

L’emplacement est idéal pour la Ville de Bruxelles. Reprendre ce bâtiment qui lui appartient semble donc assez logique. Cet été, elle met donc fin à un bail emphytéotique datant de 1994. En ce début d’année, les actes notariés sont passés et la Ville doit débourser 1,7 million pour racheter le bail.

Parallèlement à cela, depuis le 1er février 2011, Bruxelles n’expose plus ses œuvres modernes. Les collections des Musées royaux des beaux-arts, qui étaient enterrées sous la place du musée, ont été enlevées pour y installer un musée fin de siècle.

Voici un an, la conseillère de l’opposition, Marie Nagy (Ecolo), déposait une motion au conseil communal de la Ville de Bruxelles pour que ces œuvres soient montrées au grand public. Un an après, elle espérait que l’art moderne puisse trouver sa place dans les locaux vides de la Bourse. « Nous avons racheté ce bail pour plus d’un million d’euros et nous n’avons aucun projet. La Bourse pouvait au moins accueillir cette collection de manière temporaire. »

Selon un rapport d’experts commandé par la Ville de Bruxelles, les investissements à réaliser pour transformer la Bourse en musée seraient trop importants par rapport à ce que le musée est prêt à mettre. Pour l’échevin de la culture, Hamza Fassi-Fihri (CDH), un autre problème se pose. Le musée des Beaux-arts ne souhaite pas exposer ses œuvres dans la Bourse. Dans les couloirs, on entend un autre son de cloche. Il n’y aurait tout simplement pas de projet pour le site.

« La Ville préfère se concentrer sur un nouveau bâtiment pour l’art moderne, complète Marie Nagy. Elle parle notamment du Heysel mais, à la vitesse où vont les choses à Bruxelles, cette collection ne sera pas exposée avant 15 ou 20 ans. » En attendant, aujourd’hui, comme tous les mercredis, les amateurs d’art moderne manifesteront pour avoir leur musée.

LHUILLIER VANESSA, Le Soir,  Mercredi 1er février 2012

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Qui a vu le musée d’art moderne ?

COMMUNIQUE /n°1/ de MUSEE SANS MUSEE 

à l’occasion du 1er anniversaire de la fermeture du Musée d’art moderne de Bruxelles. 

La fermeture du musée d’art moderne de Bruxelles n’a pas laissé indifférent. Des citoyens, des milieux politiques, le monde culturel bougent. Grâce à plusieurs actions, le collectif musee sans musee/muzeum zonder muzeum a sensibilisé un nombre considérable de personnes, d’écoles d’art, d’associations et d’institutions culturelles à la problématique, en général mal connue, du musée d’art moderne.

Depuis un an, on nous annonce :

- Un nouveau musée d’art moderne et contemporain dans un « édifice contemporain emblématique ». Pourquoi pas ! Mais quand ? Où ? Avec quelles collections ? Avec quel programme ? Avec quel budget ?

- Une solution intermédiaire : un « laboratoire » du futur musée d’art moderne et contemporain dans un bâtiment temporaire. Bravo ! Quand et où ?

- Et à court terme, une sélection d’œuvres dans le patio et une troisième version du « choix des conservateurs » en avril 2012. Hélas, l’exposition de 60 œuvres en roulement ne font pas un musée.

Nous sommes vigilants et le resterons aussi longtemps que les projets annoncés ne se transformeront pas en réalités concrètes.

Nous sommes aussi sceptiques et inquiets. Les musées publics européens sont en effet de plus en plus soumis à des pressions politiques et marchandes (collectionneurs, marché de l’art, tourisme, sous-traitants…). Cette double dépendance entrave la liberté et oriente les options et les priorités de leurs directeurs. La présentation des collections permanentes d’art ancien et d’art moderne et les infrastructures sont dans un état inquiétant. Cette situation traduit une dérive : la priorité est de plus en plus donnée à l’événement aux dépens de la conservation des œuvres et de leur exposition au public.

- La Régie des bâtiments rénove actuellement les salles destinées au futur Musée Fin-de-siècle qui intègre la dation Gillion-Crowet (ouverture 13 novembre 2012), ainsi que le grand auditorium et les ateliers créatifs. Rien pour l’art moderne, rien pour l’art ancien. Les deux tiers des salles d’exposition du musée d’art ancien sont fermées, le tiers restant agonise …

- Contrairement à ce qui était annoncé, le Musée Magritte (2009) n’a pas contribué à revitaliser les autres départements des MRBAB, malgré son million de visiteurs les deux premières années.

Le Musée d’art ancien est lui aussi menacé. Sa collection est menacée (après l’accident de l’hiver 2009-2010 et la chute vertigineuse de l’humidité relative, 300 tableaux ont été altérés et attendent leur restauration ; quelques panneaux seront traités grâce à la Fondation Getty), son implantation est menacée. Sa réputation se dégrade et tout cela malgré une histoire et une localisation exceptionnelles.

MsM/MzM, véritable mouvement citoyen, est une force vive, une chance inouïe pour un Musée en quête de dialogue… Il peut être un véritable levier pour l’élaboration d’un musée d’art moderne et contemporain ancré dans la société.

Le débat prend place, dans différents lieux, sous différentes formes. Plusieurs chantiers s’ouvrent. Avec ou sans le Musée.

 

Musée sans musée, le 1er février 2012    

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