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Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, Art Moderne, Cinquantenaire, IRPA : après tout et avant rien ?

Musées des Beaux-Arts de Bruxelles en décembre 2015 : après tout et avant rien ?

 

Voilà plus d’un an que le Gouvernement belge est en place. Un an déjà que des mesures budgétaires drastiques d’économie ont été annoncées, puis appliquées sans ménagements. Le monde culturel s’en est fortement et médiatiquement ému, puis le soufflé est retombé. Tout comme pour le récent appel des scientifiques flamands auprès de Madame Sleurs, Secrétaire d’Etat chargée, entre autres, des matières culturelles et scientifiques. La Carte Blanche (Cinq ans sans musée d’Art Moderne… C’est assez !) publiée par MsM/MzM dans la Libre Belgique du 20 janvier dernier, à la rédaction de laquelle j’ai collaboré, est passée encore plus inaperçue. Il ne serait pas exagéré de dire que pas une vague n’a été observée, ni politique, ni scientifique, ni intellectuelle, ni de qui que ce soit. Flop dans les trois cas. Le navire gouvernemental tient son cap.
C’était par ailleurs le silence total jusqu’au 11 décembre dans tous les milieux concernés (en principe) par les musées. Plus rien n’a filtré nulle part. Mes informateurs habituels sont toujours aux abonnés absents. Perplexité devant ce silence général.
Il en est de même à propos des projets «alternatifs», plus encore à propos du Quai Citroën, joli coquille vide sans espoir de collection. Il en est jusqu’au Directeur du Musée des Beaux-Arts, qui a totalement perdu la voix ; pourtant si prolixe jusque dans un passé récent.

Curieusement, je me souviens pourtant de promesses ministérielles. Des délais courts étaient précisés. Souvenirs aussi de projets pour les musées, d’une évaluation de la direction des Beaux-Arts, de… Inutile d’en ajouter.
En fait de projet, la naissance des «clusters» a été annoncée sans grandes précisions, sous couvert d’un avenir meilleur. Du déjà vu maintes fois. Sorte de prélude pour une fin des musées, dont nous reparlerons.
Nous sommes à présent devant une œuvre chère à Philippe Dussaert (1947-1989), que j’ai bien connu : Blanc sur blanc, la vacuité absolue. Ce vide sidéral rappelle que le Musée d’Art Moderne est toujours fermé. Sauvagement fermé depuis cinq ans (1er février 2011 pour mémoire).

La volonté politique de Madame Sleurs de redresser les établissements scientifiques n’est plus aussi claire qu’en janvier dernier 2015, malgré les bonnes dispositions affichées (fausses ou sans moyens ?). Elle est en passe de rejoindre les précédents Ministres au cimetière des bonnes intentions. La fin du musée au sens défendu par l’ICOM et par tous les musées du monde, semble aussi proche qu’avec les défunts pôles. Elle l’est probablement davantage parce que ses modalités sont défendues par un membre du Gouvernement, dont on perçoit bien à présent l’objectif «communautaire». Les récentes déclarations d’élus NVA, de ce mois de janvier, ne laissent aucun doute à ce sujet.

Nous étions en décembre 2015 «après tout», dans l’espoir d’une réelle revitalisation des musées, et nous voilà aujourd’hui très probablement «avant rien». A notre place de toujours finalement. Nous pouvons cependant franchir encore un pas et légitimement douter de la parole politique quelle que soit sa couleur ou son emballage.

Ne vous trompez pas, je ne suis pas contre toute idée de changement. Encore faut-il que ce changement ait un sens. Si c’est le cas, il n’est pas perceptible dans ce que le Cabinet appelle poétiquement : «Note de vision». Est-ce une forme d’autodérision ? Ce que j’en comprends ne dénote pas précisément d’une véritable «vision». Il s’agit d’un projet concocté en chambre, sans concertation, que l’on essaie de créer a posteriori, autour de lignes directrices qui ne dénotent pas précisément d’une connaissance profonde des musées. J’ai combattu les pôles de Philippe Mettens, mais tout n’est pas à jeter. Pourquoi tenter de réinventer la roue, alors qu’il a fait travailler soixante (60 !) groupes de travail sur des questions de fond. Il doit bien y avoir quelque chose d’utilisable dans cette somme de connaissances.

Il faut le souligner : je ne suis pas contre toute forme de changement. Il est nécessaire au contraire. Mais il faut qu’il soit porteur de sens. Ce n’est le cas ni avec les pôles, ni avec les clusters, dans la mesure de ce que l’on peut en comprendre aujourd’hui.

Si la Ministre tient réellement au bien de ces institutions, ainsi qu’elle le dit, il y a une mesure principale à prendre. Elle est toute simple et peut l’être sans délais. Il suffirait, de donner à ces établissements l’autonomie de gestion (elle est bien encadrée par la Loi) et leur garantir que les fonds propres générés par leur activité leur appartiennent réellement, ce qui n’est pas le cas. Le Gouvernement les a siphonnés pour les jeter dans le grand trou noir.
Les établissements ont également besoin d’une prise directe sur la maintenance des bâtiments qui n’est clairement pas la priorité de la tutelle depuis plus de 20 ans.L’autonomie a plusieurs avantages, dont le principal est de permettre à ces institutions de fonctionner immédiatement selon un modèle nouveau et non dans deux, trois, voire quatre ans.
Le deuxième est que cela ne coûterait réellement pas un euro, contrairement à toute nouvelle structure restant encore à définir. L’environnement institutionnel actuel suffirait largement pour y parvenir. Evidemment, cela ne peut se faire sans un refinancement et le remplacement des postes vacants depuis des années. On ne peut continuellement répartir sur ceux qui restent la charge de travail du partant. A ce train, le burnout ne manquera pas d’être la première cause d’absence. Tout aussi grave, la qualité scientifique ne pourra certainement pas être maintenue. Or, il semble que l’ensemble de l’opération prévue doive être réalisée à budget constant…Le sort des musées royaux et de l’Institut Royal du Patrimoine Artistique intéresse-t-il encore quelqu’un ? Voilà la question de fond.

Il faut à présent ajouter le Musée de l’Armée à cette liste. La différence de tutelle ne change rien à ce nouveau naufrage annoncé depuis des années.

Gérard de Wallens, blogspot, 1er février 2016

 

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Cinq ans sans musée d’Art moderne… C’est assez!

 

Nous plaidons pour la mise en œuvre d’une solution qui rende rapidement aux collections des XX et XXIes siècles la place qui leur est due au sein des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. L’attente a assez duré.

Une opinion de Sabine de Ville (présidente de Culture et Démocratie ASBL), Georges Vercheval (directeur honoraire du musée de la Photographie à Charleroi) et Bernard Villers (artiste). 


Cinq ans après la fermeture arbitraire et scandaleuse du musée d’Art moderne, il n’est pas trop tôt pour se mettre enfin à réparer cet outrage à l’intelligence et à la démocratie. Le musée d’Art moderne de Bruxelles est fermé depuis le 1er février 2011 par la seule volonté de son directeur. Confiscation pure et simple du patrimoine ! Cinq ans de relégation en réserves des collections d’art moderne par la décision d’un seul homme sinon d’un homme seul, sans concertation aucune, ni avec le monde de l’art ni avec les responsables politiques concernés.

Le mépris dans lequel est tenu le public, pourtant propriétaire de ce patrimoine, est inacceptable. L’absence d’une solution qui permette de présenter ces collections dans de bonnes conditions l’est tout autant. Nous actons, avec une indignation intacte, le cinquième anniversaire de la disparition des collections d’art moderne pour lesquelles l’architecte Roger Bastin avait conçu, au centre de la capitale, un intéressant projet architectural et un ingénieux puits de lumière.

Nous n’avons pas l’intention de nous taire 

Musée sans musée/Museum zonder museum (MSM/MZM) est né en 2011, dès l’annonce de la fermeture du musée. Ce collectif citoyen réunit des artistes, des enseignant (e) s, des étudiant (e) s et des citoyen (nes) s. Indignés par la fermeture sine die du musée d’Art moderne, nous avons entrepris dès 2011 de protester sous des formes multiples : communiqués, pétition, blogs (1), manifestations et performances dans le hall ou devant le musée. Nous n’avons pas l’intention de nous taire, pas plus en 2016 qu’en 2011 et nous continuons à contester tant l’incroyable décision du directeur de l’institution que l’immobilisme coupable des autorités politiques et administratives.

Contrairement aux déclarations de son directeur, l’art moderne et contemporain a existé et il existe bien en Belgique (2). Les collections des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique témoignent d’un pan important de l’histoire de l’art belge et international et les œuvres soustraites à nos regards sont, pour beaucoup, de grande qualité.

Pour une culture commune 

Cinq ans, c’est un cycle d’enseignement primaire ou secondaire ou un cycle d’enseignement supérieur. Les jeunes privés de contact avec le « récit artistique » sur lequel éprouver leur sensibilité et leur imaginaire, former leur esprit critique et leur expertise esthétique, ont le droit, comme tous les publics, de rencontrer ces œuvres dans une muséographie digne du XXIe siècle. Le Conseil supérieur de l’enseignement supérieur artistique s’était prononcé dès mars 2011 : « Rien ne remplace la fréquentation réelle des œuvres d’art et certainement pas leur reproduction. Que les œuvres du musée d’Art moderne des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique soient inaccessibles est particulièrement dommageable pour les étudiants des Ecoles supérieures des Arts. » Les musées, comme les autres institutions culturelles, ont un rôle crucial à jouer dans l’appréhension d’une culture commune et/ou partagée. Enjeu crucial aujourd’hui, faut-il vraiment le rappeler ?

L’espace déserté par les collections d’art moderne accueille désormais un « Musée Fin de siècle Museum » (entendre musée du XIXe siècle) voulu par le directeur et supposé attractif pour le public touristique, cible désormais privilégiée des musées des Beaux-Arts. Le « Musée Magritte Museum » illustre cette logique scientifiquement regrettable et économico-centrée au point de multiplier « les musées dans le musée », orientation que nous dénonçons énergiquement depuis des années. Le récit muséal est rompu, morcelé en séquences prédéfinies et closes. Autant de sections et de tarifications distinctes. Désolante politique muséale inféodée à l’événement et aux séductions du marketing culturel.

Faut-il évoquer ici l’état tout aussi inacceptable des collections d’art ancien ? « Rappelons donc une fois de plus que les toitures des musées percent en divers endroits, que des travaux lourds menés dans plusieurs salles (jadis dévolues aux collections des XV et XVIes siècles) sont à l’arrêt depuis des années sans annonce de reprise des chantiers, que l’éclairage est déficient, que la moquette est souillée et râpée, que la présentation des œuvres est surannée mais surtout honteusement lacunaire (les esquisses de Rubens mises en réserves pour cause de ruissellements et l’inestimable collection de sculpture aux oubliettes par indifférence envers ce patrimoine) et que les circuits proposés au visiteur sont devenus totalement incohérents, le tout accompagné d’une hausse du prix d’entrée et de l’obligation d’achat de tickets supplémentaires pour avoir accès aux pseudo Musées Magritte et Fin de siècle… » (3). Nous disons halte à la gestion désastreuse du patrimoine public !

Incompréhensible somnolence 

A Londres, à Amsterdam, à Paris, à Lille ou à Lens, pour n’évoquer que des lieux muséaux proches, l’heure est à l’ouverture, à l’énergie et à l’inventivité muséales. Et à la fréquentation ! La somnolence qui caractérise les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique n’en est que plus incompréhensible et moins justifiable. Les cinq ministres qui se sont succédé en cinq ans ont fait mine de se préoccuper du dossier. Les déclarations d’intention ont abondé mais aucun d’entre eux n’a proposé une solution qui puisse être mise en œuvre rapidement. Manque de temps, manque de vision, manque de détermination ? Les solutions prévoyant de transplanter les collections d’art moderne dans différents lieux de la capitale leur paraissent peu réalisables sur le plan muséographique et/ou trop lourdes sur le plan financier.

Assez tergiversé ! 

L’actuelle secrétaire d’Etat, Mme Elke Sleurs, vient de rendre publiques ses intentions à propos des établissements dont elle a la charge . Elle veut installer la collection d’art moderne dans les extensions des bâtiments de la rue de la Régence où 3 000 m² sont actuellement inoccupés qui demandent une rénovation lourde. Il semble que cela suffise et que cela ne nuise pas aux projets des départements d’Art ancien du musée. Alors assez tergiversé !

Si, faute de mieux, cette orientation est retenue, nous exigeons qu’elle soit rapidement mise en œuvre. Il est plus que temps de rendre aux citoyens de ce pays et aux citoyens européens, la pleine jouissance des collections d’art moderne et d’art contemporain. Les responsables politiques et scientifiques des musées royaux des Beaux-Arts, établissements publics, s’honoreraient d’assumer mieux et sans délai leurs obligations au regard de la démocratie et de la participation culturelles.

(1) museesansmusee.wordpress.com et museumzondermuseum.wordpress.com 

(2) Draguet : « Il n’y a pas d’art moderne en Belgique », titrait « L’Echo » le 30 novembre 2013. 

(3) Denis Coekelberghs, dans « La Tribune de l’Art », samedi 22 février 2014. 

Des centaines d’autres personnes participent activement au collectif Musée sans Musée/Museum zonder Museum. 

La Libre. CONTRIBUTION EXTERNE Publié le mardi 19 janvier 2016 à 16h17 – Mis à jour le mercredi 20 janvier 2016 à 12h49

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Elke Sleurs et son big bang des institutions culturelles

Elke Sleurs, secrétaire d’Etat N-VA à la politique scientifique a expliqué vendredi (NDLR 11 décembre 2015) pour la première fois sa politique. Elle est en charge des 10 établissements scientifiques fédéraux, les ESF: les musées des Beaux-Arts, Tervuren, Sciences naturelles, Cinquantenaire, Irpa et la Bibliothèque royale, Archives, IRM, Observatoire, IAS. Elle a profité pour cela de la remise du rapport Els Witte (professeur à la VUB) sur les ESF.

Dans la longue polémique sur l’avenir du musée d’Art moderne fermé depuis près de 5 ans, Elke Sleurs a été très claire. Pas question de replacer ces collections d’Art moderne, dans l’ex-garage Citroën acquis par la Région bruxelloise et qui n’est, dit-elle, « absolument pas adéquat pour un musée m’ont dit les bouwmeesters et les experts. Un garage n’est pas un musée ». Pas question non plus comme le prévoyait le précédent gouvernement, de les placer dans les ex-magasins Vanderborght que la ville de Bruxelles va d’ailleurs revendre. Plus question non plus, de les replacer dans le nouveau Musée fin-de-siècle comme elle l’avait elle-même évoqué.

Elle veut rouvrir, dit-elle, le musée d’Art moderne dans 3000 m2 actuellement inoccupés. Ce sont des bâtiments de la rue de la Régence qui seront rénovés par la Régie des bâtiments. Il semble que cela suffise et ne nuirait pas aux projets des départements d’Art ancien du musée. De manière ironique, Sleurs souligne qu’elle, pourtant N-VA, se bat pour garder au fédéral, les collections !

Faire comme Bozar

Plus généralement, Sleurs veut autonomiser chaque institution (le total contraire de la politique du gouvernement précédent et de Philippe Mettens, le chef de l’administration de la Politique scientifique, évincé par Sleurs qui voulait les centraliser).

Suivant l’exemple de Bozar qui a le statut d’une société anonyme de droit public à finalité sociale, elle veut donner à chacune la personnalité juridique et les regrouper ensuite en « cluster » (groupes d’institutions mais sans expliquer encore quels seront ces « clusters »). Il y aura un conseil d’administration autonome par « cluster » qui négociera un contrat de gestion spécifique avec l’Etat. Ces C.A. seraient ouverts à d’autres partenaires comme les Régions et Communautés.

Cogestion dans le futur ?

Elke Sleurs a aussi évoqué l’avenir institutionnel de ces ESF. Elle veut les maintenir sous cette législature, dans le statut fédéral actuel. Même si, dit-elle, elles possèdent un know-how qui n’est que partiellement utilisé faute d’accord plus étroit avec les Communautés. Mais pour la prochaine législature, elle, et donc la N-VA, ne ferme aucune porte.

Elle réfute qu’il y aurait un danger de diviser les collections des musées entre les Communautés comme cela s’est passé avec la bibliothèque de l’UCL en 1968. Les collections resteront bien entières. Mais, dit-elle, ces institutions fédérales pourraient à l’avenir, être directement cogérées par les entités fédérées (ce que celles-ci refusent nettement).

Notons enfin que le rapport Els Witte commandé par les Académies flamandes et non pas par Elke Sleurs, fait un résumé du débat sur les ESF en étant particulièrement assassin contre Michel Draguet, le directeur du musée des Beaux-Arts, citant surtout, à charge, les attaques venues de la N-VA contre lui. Els Witte évoque d’ailleurs à demi-mot, le vrai feuilleton qui oppose dans ces dossiers la Région bruxelloise et le PS, au fédéral et à la N-VA.

 

GUY DUPLAT. La Libre.   vendredi 11 décembre 2015.

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A Bruxelles, le Musée d’art moderne est fermé depuis 4 ans.

COMMUNIQUE de MsM/MzM – 8 février 2015

Le mouvement citoyen Musée sans Musée/Museum zonder Museum existe depuis quatre ans. Il est né de l’indignation suscitée par la mise au placard arbitraire – en février 2011 – des collections d’art moderne et contemporain au sein des Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles.

Enseignants, artistes, travailleurs de la culture et autres nombreux citoyens et citoyennes jugent cette fermeture insensée et contraire à toutes les missions qui incombent aux MRBAB : la conservation, la présentation et la médiation la plus large des œuvres qui lui ont été confiées.

La fermeture du Musée d’art moderne prive depuis quatre ans tous les publics d’une collection de grande qualité. Nous pensons particulièrement aux jeunes, élèves de l’enseignement obligatoire ou étudiants en arts, contraints de s’en remettre aux institutions muséales provinciales ou étrangères. Situation indigne à l’heure où les institutions culturelles, ici et ailleurs, rivalisent d’inventivité pour mettre leur patrimoine à la portée des publics les plus divers.

MsM/MzM conteste aussi, avec vigueur, la logique récente des « musées pastilles » : Musée Magritte, Musée Fin-de-siècle (appellation désolante). Nous souhaitons que la réintégration envisagée des collections 20e et 21 e siècles dans les salles du Musée s’accompagne de la restauration d’un récit muséal cohérent, pertinent voire audacieux. C’est l’exigence première d’une institution culturelle publique de ne pas inféoder toute sa politique muséale à des visées plus commerciales que scientifiques. Les centres privés d’art contemporain se multiplient à Bruxelles. Cette émergence serait plus positive si elle complétait une offre muséale publique de qualité.

Madame Elke Sleurs est la cinquième personne en charge de la politique scientifique depuis 2011. Ses prédécesseurs n’ont pas dépassé la déclaration d’intention. La Secrétaire d’Etat insiste sur la nécessaire participation des Etablissements scientifiques fédéraux aux efforts d’assainissement budgétaire. Mais pour MSM/MZM, les MRBAB ont surtout un urgent besoin de réinvestissement muséal : gestion des bâtiments, rénovation, modernisation, qualité des services au public, etc.

Les éléments qui filtrent vont, nous semble-t-il, dans le sens de nos préoccupations.

MsM/MzM rappelle ses demandes, inchangées depuis février 2011. Elles concernent essentiellement le Musée d’art moderne, même si ce dossier est loin d’être le seul à être en souffrance aux MRBAB.

  • la réouverture rapide du Musée d’art moderne c’est-à-dire la présentation au public et dans les meilleures conditions muséales, des collections soustraites à son regard depuis 2011.
  • La mise en œuvre rapide d’une solution temporaire de qualité dans l’attente de la réinstallation définitive.
  • Une réflexion de fond – colloque ou consultations – à conduire avec toutes les parties susceptibles d’y contribuer (y compris hors de l’institution) sur les enjeux d’un musée d’art moderne national à Bruxelles. Y associer un travail sur la prospective : poursuite de la logique des « musées dans le Musée » ou mise en oeuvre d’une autre cohérence ?
  • L’information précise et continue de l’opinion publique quant aux évolutions du dossier : une manière de sensibiliser celle-ci aux questions de politique culturelle. Un devoir donc, pour le politique.

Les récents débats autour des restrictions budgétaires dans le champ culturel ont permis de redire combien l’activité culturelle, outre qu’elle génère du sens et du lien – et ce n’est pas un détail dans le contexte actuel – est aussi, par ses retombées, une source puissante d’activité économique. Un musée dont la majeure partie des œuvres se trouve dans les réserves ne peut évidemment pas prétendre à cette dynamique.

Nous plaidons donc pour une solution qui, avant février 2016, soit 5 ans après sa fermeture, rende au Musée d’art moderne la place qui lui est due au sein des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Pour MSM-MZM,

Les milliers de personnes qui ont signé la pétition remise au ministre P. Magnette le 1er février 2011, celles qui ont participé régulièrement aux manifestations aux Musées et parmi elles de nombreux étudiants en art, celles qui suivent l’actualité du Musée d’art moderne via les blogs de Musée sans Musée et de Museum zonder Museum et via facebook…

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Michel Draguet: « Cet art moderne doit être exposé au grand jour »

MOMA à New York, Beaubourg à Paris, SFMOMA à San Francisco : le musée d’Art moderne est l’un des phares d’une capitale, d’une métropole. C’est une question de rayonnement : « Le Guggenheim a donné une fierté aux habitants de Bilbao. Une vie est née alors qu’auparavant Bilbao n’était vue que comme victime du franquisme. »

Ces propos sont de Michel Draguet, l’homme qui, le 1er février 2011, a fermé le musée d’Art moderne de Bruxelles… Avec l’idée de mieux mettre cet art en évidence. A n’y rien comprendre ? Dirigeant les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique depuis bientôt dix ans, Michel Draguet est passionné d’art moderne. Dans « Les origines de l’art abstrait », sa thèse de doctorat à l’ULB, il s’est concentré sur l’avant-garde russe et sa manière d’abstraire du réel une autre figuration. « Ces artistes ont ouvert un sans objet. Cela relevait de ce qu’on appelle une culture de la transformation du réel, une culture de gauche. »

La tentation totalitaire

Puis est apparue une critique de la modernité. Les avant-gardes ont alors été vues comme des mouvements totalitaires, à l’image de Kasimir Malevitch excluant Marc Chagall de l’Ecole artistique de Vitebsk (Biélorussie) pour imposer un mouvement dont le nom parle de lui-même : le Suprématisme. De l’autre bord, le Futurisme italien embrassa le fascisme. « Il y a une tentation du totalitarisme comme dans les religions révélées » , relève Michel Draguet.

De là, selon lui, le désamour pour l’art moderne. A Bruxelles, le trait est vite tiré : un musée d’Art moderne est décidé en 1962 et inauguré en 1984. Des travaux ont été réalisés en 1989, et puis rien d’autre qu’une lente décrépitude.

A son arrivée, il y a neuf ans, Michel Draguet a vu les choses autrement. Pour lui, l’ancien musée, où le XXe siècle se trouvait au niveau – 8, était « le reflet du déficit d’amour pour la question de la modernité. Cet art moderne doit être exposé au grand jour ».

Début 2011, le musée d’Art moderne a été vidé pour travaux, avant de devenir, fin 2013, le musée Fin-de-Siècle. Celui-ci couvre la période de 1869 à 1914, « le moment de la modernité en Belgique ». En 2009, était né le musée Magritte, « qui pose le problème du rapport de la vie à l’œuvre » , la question biographique.

Reste la question, toujours brûlante, de l’art moderne – de 1914 à nos jours – et de son implantation dans le paysage bruxellois. Michel Draguet est clair là-dessus : « Le politique gère ces questions. Le musée est l’exécution d’une décision issue de la représentativité du peuple » , dit-il. A partir de là, les idées fusent, comme celle d’une construction nouvelle au-dessus de la partie à ciel ouvert des tunnels routiers passant sous le Cinquantenaire. Deux problèmes étaient résolus en un : la pollution du site par la circulation automobile et la visibilité européenne de l’art moderne.

Solutions toutes faites

D’autres solutions existent, toutes faites, comme celle des anciens magasins Vanderborght, en centre-ville, au bout des Galeries de la Reine. Construits entre 1932 et 1935, ils offrent une superficie de 7 000 m², comparable à celle de l’ancienne implantation du musée. Mais cela heurte l’une des idées de Michel Draguet : « Notre collection tient dans le Vanderborght, sans pouvoir donner la mesure d’une belle interdisciplinarité. »

La question de la superficie serait résolue par la proposition de la Région bruxelloise : l’immeuble Citroën, place de l’Yser, offre en l’état actuel une superficie de 16 500 m². Inauguré en 1934, il est, lui aussi, de par son architecture moderniste, une sorte de mise en abyme du futur contenu, l’art d’après-1914.

Car un musée n’est pas qu’un bâtiment, mais surtout une idée. « Le musée est un espace de méditation spirituelle et de questionnement à travers les œuvres d’art, dit Michel Draguet. Dans mon musée imaginaire, Marcel Broodthaers a une place importante. Il est le premier grand témoin du basculement de l’art vers le discours. Suite à quoi une autre logique a pris le pas : celle du marché ! »

La logique de l’inspecteur des Finances

Entre-temps, les musées royaux des Beaux-Arts sont devenus une entreprise : « L’inspecteur des Finances fonctionne avec une logique économique. » Sur une dotation annuelle de 4,9 millions d’euros, l’institution doit économiser un demi-million. « Et, pour entrer dans un lieu quel qu’il soit, on doit avoir 375 000 visiteurs. C’est notre réalité. Est-ce logique de demander cela à une institution culturelle ? », s’interroge Michel Draguet.

Un directeur qui ne cache pas son inquiétude face à l’arrivée d’une nouvelle majorité fédérale très droitière, généralement peu favorable à la culture. « Je viens d’une université où l’on pratique le libre examen, où l’on ne juge pas avec des a priori. Mais j’ai ma propre éthique, ma vision des choses. Un musée est un endroit d’émerveillement, fédérateur par nature. Nous ne travaillons pas contre, nous n’avons pas un discours de rejet. »

La Libre – DOMINIQUE SIMONET – mardi 05 août 2014.

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‘Un musée ce n’est pas qu’un bâtiment’

Il y a un an, la « Herbert Foundation », créée à partir de la collection d’art contemporain d’Anton et Annick Herbert, s’ouvrait au public. Un espace industriel rénové de 2 000 m2, sur la « Coupure » le long d’un canal à Gand, pour découvrir, étape par étape, des artistes de cette exigeante, mais mythique collection.

Annick et Anton Herbert sont considérés comme une référence absolue pour les collectionneurs de l’avant-garde. Mais jusqu’alors on ne pouvait que rarement, sur invitation spéciale, voir les 400 œuvres entreposées à Gand dans une ancienne usine désaffectée.

(…)

Crédit: Laura Hanssens

Ils viennent de montrer l’ensemble de leur collection, hors de la fondation, « pour la dernière fois », au Mumok à Vienne, en dialogue avec les oeuvres de ce musée d’art contemporain, attirant 50000 visiteurs. Une partie de l’exposition portait sur Marcel Broodthaers, l’homme par qui ils eurent la révélation de l’art contemporain en 1968.

Pour Vienne, ils ont pris comme affiche de l’expo, une œuvre de Broodthaers de 1971, « Musée d’art moderne à vendre pour cause de faillite ». « Car, explique Anton Herbert, la question du musée telle que la posait Broodthaers reste actuelle. A Bruxelles, Michel Draguet, directeur du musée des Beaux-arts, cache depuis trois ans notre patrimoine moderne et contemporain pour le remplacer par un musée appelé Fin de siècle. Broodthaers en aurait fait ses choux gras. A Vienne, cela a choqué. Aujourd’hui, on essaie de sauver la face et on parle d’un nouveau musée au Vanderborght (inadéquat) ou au magasin Citroën (ndlr : inscrit dans la déclaration gouvernementale bruxelloise). Mais l’essentiel n’est pas là, il faut trouver une équipe, un homme qui porte un projet, un second Paul Dujardin qui ne ferait que ça Les politiciens rêvent à un nouveau Guggenheim mais ce n’est pas cela un musée, c’est un programme, des expos, des archives. Les succès du Mumok, du Ludwig à Cologne, du Wiels à Bruxelles tiennent aux hommes qui les mènent et qui croient que l’art contemporain enrichit l’époque où on vit. La mentalité belge actuelle n’y est pas très favorable. Nous sommes trop entiers et nous avons choisi la voie la plus difficile : faire notre Fondation et l’ouvrir au public. »

(…) 

La Libre. ABONNÉS. RENCONTRE DE GUY DUPLAT.  Publié le mercredi 16 juillet 2014.

‘Un musée ce n’est pas qu’un bâtiment’.

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Un musée au secours du canal (extrait)

Délais optimistes

La prudence reste de mise: l’annonce d’un préaccord pour le rachat d’une partie du garage Citroën par la Région intervient en effet à deux semaines des élections, période propice aux annonces mais pas à leur réalisation, affaires courantes obligent. D’une part, c’est au prochain gouvernement bruxellois qu’il reviendra de transformer l’essai et, d’autre part, l’affaire ne semble pas aussi aboutie qu’annoncée. Sollicitée par nos confrères du « Tijd », le groupe PSA PeugeotCitroën a, par la voix de sa directrice de la communication, Anouk van Vliet, tempéré l’enthousiasme de Rudi Vervoort. Expliquant que ce dernier avait effectivement fait part de son souhait d’installer un musée dans le garage de la place de l’Yser, elle précise que« le ministre-président et PSA Peugeot Citroën mèneront dans les prochains mois des discussions concernant la réalisation d’un tel projet dans les meilleures conditions, parmi lesquelles le maintien de l’emploi et des activités commerciales de Citroën dans les environs. Les autorités bruxelloises examineront, en étroite collaboration avec PSA Peugeot Citroën, toutes les solutions qui rendent possible un repositionnement des activités et une relocalisation du site actuel. » Les septante travailleurs du site ne sont donc pas encore prêts à déménager. L’échéance annoncée par le ministre-président vers la fin de la prochaine législature, 2017 ou 2018 semble d’autant plus optimiste qu’il a fallu un an et demi rien que pour obtenir l’accord du Conseil des ministre afin de déménager les collections fédérals dans les anciens magasins Vanderborght.  

Lien vers l’article.

 L’Echo. 19 mai 2014 

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