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Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, Art Moderne, Cinquantenaire, IRPA : après tout et avant rien ?

Musées des Beaux-Arts de Bruxelles en décembre 2015 : après tout et avant rien ?

 

Voilà plus d’un an que le Gouvernement belge est en place. Un an déjà que des mesures budgétaires drastiques d’économie ont été annoncées, puis appliquées sans ménagements. Le monde culturel s’en est fortement et médiatiquement ému, puis le soufflé est retombé. Tout comme pour le récent appel des scientifiques flamands auprès de Madame Sleurs, Secrétaire d’Etat chargée, entre autres, des matières culturelles et scientifiques. La Carte Blanche (Cinq ans sans musée d’Art Moderne… C’est assez !) publiée par MsM/MzM dans la Libre Belgique du 20 janvier dernier, à la rédaction de laquelle j’ai collaboré, est passée encore plus inaperçue. Il ne serait pas exagéré de dire que pas une vague n’a été observée, ni politique, ni scientifique, ni intellectuelle, ni de qui que ce soit. Flop dans les trois cas. Le navire gouvernemental tient son cap.
C’était par ailleurs le silence total jusqu’au 11 décembre dans tous les milieux concernés (en principe) par les musées. Plus rien n’a filtré nulle part. Mes informateurs habituels sont toujours aux abonnés absents. Perplexité devant ce silence général.
Il en est de même à propos des projets «alternatifs», plus encore à propos du Quai Citroën, joli coquille vide sans espoir de collection. Il en est jusqu’au Directeur du Musée des Beaux-Arts, qui a totalement perdu la voix ; pourtant si prolixe jusque dans un passé récent.

Curieusement, je me souviens pourtant de promesses ministérielles. Des délais courts étaient précisés. Souvenirs aussi de projets pour les musées, d’une évaluation de la direction des Beaux-Arts, de… Inutile d’en ajouter.
En fait de projet, la naissance des «clusters» a été annoncée sans grandes précisions, sous couvert d’un avenir meilleur. Du déjà vu maintes fois. Sorte de prélude pour une fin des musées, dont nous reparlerons.
Nous sommes à présent devant une œuvre chère à Philippe Dussaert (1947-1989), que j’ai bien connu : Blanc sur blanc, la vacuité absolue. Ce vide sidéral rappelle que le Musée d’Art Moderne est toujours fermé. Sauvagement fermé depuis cinq ans (1er février 2011 pour mémoire).

La volonté politique de Madame Sleurs de redresser les établissements scientifiques n’est plus aussi claire qu’en janvier dernier 2015, malgré les bonnes dispositions affichées (fausses ou sans moyens ?). Elle est en passe de rejoindre les précédents Ministres au cimetière des bonnes intentions. La fin du musée au sens défendu par l’ICOM et par tous les musées du monde, semble aussi proche qu’avec les défunts pôles. Elle l’est probablement davantage parce que ses modalités sont défendues par un membre du Gouvernement, dont on perçoit bien à présent l’objectif «communautaire». Les récentes déclarations d’élus NVA, de ce mois de janvier, ne laissent aucun doute à ce sujet.

Nous étions en décembre 2015 «après tout», dans l’espoir d’une réelle revitalisation des musées, et nous voilà aujourd’hui très probablement «avant rien». A notre place de toujours finalement. Nous pouvons cependant franchir encore un pas et légitimement douter de la parole politique quelle que soit sa couleur ou son emballage.

Ne vous trompez pas, je ne suis pas contre toute idée de changement. Encore faut-il que ce changement ait un sens. Si c’est le cas, il n’est pas perceptible dans ce que le Cabinet appelle poétiquement : «Note de vision». Est-ce une forme d’autodérision ? Ce que j’en comprends ne dénote pas précisément d’une véritable «vision». Il s’agit d’un projet concocté en chambre, sans concertation, que l’on essaie de créer a posteriori, autour de lignes directrices qui ne dénotent pas précisément d’une connaissance profonde des musées. J’ai combattu les pôles de Philippe Mettens, mais tout n’est pas à jeter. Pourquoi tenter de réinventer la roue, alors qu’il a fait travailler soixante (60 !) groupes de travail sur des questions de fond. Il doit bien y avoir quelque chose d’utilisable dans cette somme de connaissances.

Il faut le souligner : je ne suis pas contre toute forme de changement. Il est nécessaire au contraire. Mais il faut qu’il soit porteur de sens. Ce n’est le cas ni avec les pôles, ni avec les clusters, dans la mesure de ce que l’on peut en comprendre aujourd’hui.

Si la Ministre tient réellement au bien de ces institutions, ainsi qu’elle le dit, il y a une mesure principale à prendre. Elle est toute simple et peut l’être sans délais. Il suffirait, de donner à ces établissements l’autonomie de gestion (elle est bien encadrée par la Loi) et leur garantir que les fonds propres générés par leur activité leur appartiennent réellement, ce qui n’est pas le cas. Le Gouvernement les a siphonnés pour les jeter dans le grand trou noir.
Les établissements ont également besoin d’une prise directe sur la maintenance des bâtiments qui n’est clairement pas la priorité de la tutelle depuis plus de 20 ans.L’autonomie a plusieurs avantages, dont le principal est de permettre à ces institutions de fonctionner immédiatement selon un modèle nouveau et non dans deux, trois, voire quatre ans.
Le deuxième est que cela ne coûterait réellement pas un euro, contrairement à toute nouvelle structure restant encore à définir. L’environnement institutionnel actuel suffirait largement pour y parvenir. Evidemment, cela ne peut se faire sans un refinancement et le remplacement des postes vacants depuis des années. On ne peut continuellement répartir sur ceux qui restent la charge de travail du partant. A ce train, le burnout ne manquera pas d’être la première cause d’absence. Tout aussi grave, la qualité scientifique ne pourra certainement pas être maintenue. Or, il semble que l’ensemble de l’opération prévue doive être réalisée à budget constant…Le sort des musées royaux et de l’Institut Royal du Patrimoine Artistique intéresse-t-il encore quelqu’un ? Voilà la question de fond.

Il faut à présent ajouter le Musée de l’Armée à cette liste. La différence de tutelle ne change rien à ce nouveau naufrage annoncé depuis des années.

Gérard de Wallens, blogspot, 1er février 2016

 

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Un musée d’art moderne dans le bâtiment Citroën à Bruxelles ?

La presse se fait l’écho ces derniers jours de l’ouverture prochaine d’un musée d’art moderne dans le très beau bâtiment Citroën à Bruxelles. L’accord de vente aurait été signé entre la Région et le constructeur automobile.

Malencontreusement, ce que j’en ai lu sur internet, montre une fois de plus quelques « curiosités », outre celles que j’ai déjà pu relever sur ce blog.

On annonce la naissance de ce nouveau musée et fait état d’un accord entre la région et PSA, sans avoir réalisé les études préalables de faisabilité (en matière de musée en tout cas).

Nulle part je n’ai vu d’allusion à un PSCV, hors c’est bien à partir de ce projet scientifique, culturel et de valorisation (souvent confondu avec « master plan ») que l’on définit un contenant et son contenu.

Il est prévu un ensemble immobilier comprenant selon les sources du logement ou un ensemble bureaux/logements/ commerces, voir un centre commercial. Autant dire que pour un musée c’est une réelle menace, compte tenu du risque incendie beaucoup plus élevé que pour un musée établi dans un bâtiment indépendant.
Il n’est donc pas improbable que quelques musées soient très sourcilleux en matière de prêts temporaires.

Aucun budget n’est annoncé, pas même une fourchette, ni de timing, si ce n’est l’amusant et traditionnel vœu d’ouverture avant la fin de la législature formulé par Rudi Vervoort, Président de la Région bruxelloise. Un président, politique ou entrepreneur, ne rêve que d’inaugurer l’œuvre par laquelle il laissera un nom impérissable à la postérité. C’est même une donnée essentielle du mécénat.

Comment un tel délai pourrait-il être tenu ? La mise à disposition des lieux par PSA ne se fera, semble-t-il qu’à partir de 2017. Il faut ajouter un bon moment pour la dépollution (dont parle enfin la presse), puis pour l’aménagement/construction du musée.

Une telle configuration suppose certainement que les œuvres doivent ensuite supporter les vibrations dues aux autres zones logements/bureaux/commerces du chantier qui ne seront pas terminées. Il faut également prendre en compte les risques accidentels liés à tout chantier de rénovation/construction.

Sur quoi repose le chiffre de 500 000 visiteurs espérés, si ce n’est sur ce qui semble être un vœu de l’an neuf formulé au début du printemps ?

Bref, une fois de plus je vois beaucoup d’impréparation, de manque de professionnalisme et d’absence de connaissance muséologique, même si évidemment on peut se réjouir de la naissance annoncée d’un nouveau musée. Mais combien de fois a-t-on fait une annonce de ce genre depuis le 11 février 2011 ?

Il reste tout de même trois questions de taille (à supposer que toutes les autres soient résolues) : quelles sont les collections contemporaines propriétés de la Région bruxelloise susceptibles d’attirer 500 000 visiteurs ? Que va-t-on exposer dans ce nouveau musée ? Un projet de cette envergure suppose la fin des gesticulations politiques et une large participation : parviendra-t-on à mettre autour d’une table tous les niveaux de pouvoir et les véritables professionnels qui ne manquent pas en Belgique ?

On se souvient, par ailleurs, que Elke Sleurs, Secrétaire d’Etat fédérale compétente en matière de musées fédéraux (et donc du Musée d’Art Moderne fédéral), a tranché pour la réinstallation de ce  Musée dans les locaux où il a été fermé sine die le 1er février 2011, sans solution de rechange réaliste.

Le prochain épisode est attendu avec impatience.

Lire l’article.

Gérard de Wallens, samedi 21 mars 2015.

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Quel musée ?

Capture d’écran 2013-12-16 à 19.02.07Le Musée Fin de siècle s’est enfin ouvert à Bruxelles, à la place du musée d’art moderne fermé en 2011 et dont l’absence continue à inquiéter les amis des arts : « une section réussie dans un musée en déshérence », titre La Tribune de l’Art. Je vous présenterai ce nouveau parcours dans les collections des MRBAB dès que je l’aurai visité, mais c’est sur l’évolution générale du musée que j’aimerais partager quelques interrogations avec vous. 


« Musée sans musée » a attiré l’attention sur un communiqué de l’Atelier de Recherche et d’Action Urbaines (Arau) daté du 5 décembre 2013, sous un titre sans appel : « Musées Royaux des Beaux-Arts : la Régie des Bâtiments de l’État et l’État sont responsables ». On y décrit avec précision les dégâts survenus le mois dernier lors de l’installation d’une bâche sur la grande verrière du musée, provoquant la fermeture inopinée et catastrophique de l’exposition « Rogier van der Weyden »D’où cette première question : pourquoi occulter un puits de lumière ?

Serais-je un peu claustrophobe ? J’aime trouver des fenêtres dans un musée ou une verrière qui dispense cet éclairage dit « zénithal ». Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar, à ne pas confondre avec les Musées Royaux cités plus haut), il existe deux parcours d’exposition : celui du bas, auquel on accède au fond du grand hall Horta, et celui du haut, qu’on atteint par un escalier sur le côté, une succession de salles sans lumière naturelle. En parcourant un jour celui-ci dans une atmosphère surchauffée, j’ai fini par presser le pas vers la sortie ; quand  je me suis retrouvée enfin dans un espace plus ouvert, aéré, lumineux, quelle sensation de délivrance ! Vous avouerai-je que j’ai déjà renoncé à visiter l’une ou l’autre expo là-haut pour ne pas renouveler l’expérience ?

Pouvoir de temps à autre jeter un coup d’œil dehors, quand on visite un musée, rafraîchit le regard. Dans le Musée d’art moderne tel que nous l’avons connu à Bruxelles de 1984 à 2011 – un quart de siècle à peine –, le puits de lumière de larchitecte Roger Bastin compensait heureusement l’impression de s’enfoncer dans le sous-sol où avaient été creusés les niveaux destinés aux collections des XIXe et XXe siècles, de – 4 à – 8. Pourquoi occulter ? Pour permettre des projections, ai-je lu, « choix muséographique qui révèle que l’espace est peut-être mal adapté à la destination décidée… » (Arau – plan des lieux en page 4)
Nos Musées Royaux souffrent aussi du côté du Musée d’art ancien, dont les extensions restent fermées, où l’on n’accède plus à la galerie des sculptures, où les réserves ont connu de gros dégâts, entre autres problèmes. Il ne convient donc pas de prendre leur directeur actuel comme bouc émissaire : « c’est la Régie des Bâtiments (de l’État) qui est responsable des bâtiments qui abritent les Établissements Scientifiques Fédéraux (ESF), dont font partie les Musées Royaux des Beaux-Arts et c’est l’État qui a la tutelle sur ceux-ci. »

Selon l’Arau, cette incurie, ce pourrissement montre que « l’État a d’autres projets. » Partout les États ont jeté les grands musées « dans des démarches managériales, axées sur l’attractivité internationale, le tourisme, lemarketing. » L’État belge n’assume plus ses responsabilités à l’égard des musées et du public. Le malaise croissant des MRBAB est donc une « affaire d’Etat », et non celle du directeur seul, souvent cité dans les médias.

Dernière question, celle du titre. Qu’attendons-nous, aujourd’hui, d’un musée ? Peut-il, mutatis mutandis, demeurer « un lieu accessible, qui a pour vocation d’éduquer le public, par la présentation chronologique des œuvres, au sein des aires géographiques, des écoles et des courants artistiques qui les ont suscitées, à la beauté, à l’esthétique, au civisme » ? Les nouvelles et futures appellations des MRBAB ciblent les touristes sans assumer pleinement cette vocation.

En présentant l’ancien Musée d’art moderne dans la collection « Musea nostra »(éditée par le Crédit Communal, autre institution belge qui appartient désormais au passé) en 1988, Phil Mertens attirait l’attention sur la salle des Magritte – à présent au musée Magritte de la place Royale – et ajoutait ceci : « La présentation des œuvres est importante car elle permet de faire comprendre au public les intentions scientifiques poursuivies. L’architecture très sobre, mais ouverte et parfaitement éclairée, contribue à l’efficacité d’une présentation qui va de James Ensor aux tendances contemporaines (…) » (c’est moi qui souligne).

Comprenez-moi bien, ce n’est pas de nostalgie qu’il s’agit. Je ne conteste pas la pertinence de nouveaux accrochages qui répondent davantage aux attentes et aux regards actuels. J’applaudis à la mise en valeur de l’effervescence artistique en Belgique autour de 1900. Mais qu’un siècle d’art, que les beaux-arts de 1915 à nos jours aient été remisés pour une durée indéterminée, avant qu’un nouvel espace ou musée ne leur soit octroyé, voilà ce qui me choque et que ne compense pas un temporaire « choix des conservateurs ». L’ancien directeur des MRBAB,Philippe Roberts-Jones, regrette cette décision prise « dans la précipitation et l’enthousiasme pour de nouvelles idées ».

Je vous invite, si ces questions vous intéressent, à lire in extenso le document de l’Arau (11 pages) et à réagir chaque fois qu’un site, un blog, un article de presse vous en donne l’occasion. L’avenir des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique nous concerne : les œuvres qui n’y sont plus exposées nous manquent ; les professeurs, les élèves, les étudiants, les Amis des Musées rebaptisés Friends n’y ont plus accès. Au cœur de l’Europe, dont elle est fière d’être la capitale, Bruxelles mérite mieux.

Textes et prétextes, Notes et lectures d’une Bruxelloise, 16/12/2013

http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2013/12/14/quel-musee-1121033.html

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Un musée d’art moderne à Bruxelles en 2017 ? Financé à 100 % par le privé ?

Voilà ce qu’annonce un article de la Libre Belgique, paru voici quelques jours, en référence aux propos de Michel Draguet, Directeur du musée des Beaux-arts et Philippe Courard, Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique.

Réunir les fonds, planifier le projet, le chantier des collections, le chantier bâtiment en 3 ans ?
Pourquoi a-t-on toujours, à la lecture de ce genre d’article, l’impression d’une absence totale de prise en compte de la réalité par la direction et sa tutelle ?
En outre, quelle stupéfaction de constater que l’Etat démissionne complètement de l’une de ses missions principales et de voir que cela ne choque personne. C’est extrêmement inquiétant pour le financement des autres musées.

Comment imaginer un musée public financé à 100 % par le privé ? Les musées les plus puissants et les plus avancés en la matière ne dépassent pas 40 %. Une démonstration supplémentaire du véritable but : démanteler les musées, et donc le service public, et en faire des entreprises sans lien aucun avec l’idée la plus réduite de ce qu’est un musée.
La réouverture du Musée d’Art Moderne, dans le lieu même où il a été fermé, est la seule véritable urgence avec le report du « Musée fin de siècle », totalement non prioritaire. C’est raisonnable, réalisable, dans une enveloppe contenue et totalement légitime.

Enfin, quel est le sens de vouloir poursuivre seul une telle entreprise à l’heure où ville et région manifestent le souhait de créer un musée d’Art Moderne autour du canal ? Un projet commun serait frappé au coin du bons sens.
Si « Le canal » n’est pas un simple effet d’annonce, une antenne préfiguratrice pourrait être installée sans trop de délais Place Royale dans les lieux actuellement fermés.

Eendracht maakt macht

Gérard de Wallens, gerarddewallens.blogspot.be, vendredi 26 juillet 2013

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Un musée d’Art Moderne ou Contemporain le long du canal ?

Les médias se sont longuement fait l’écho ces dernières semaines du projet de création d’un musée quelque part autour du canal. Plusieurs lieux ont été cités pour accréditer ce qui était souvent présenté comme une décision, dont les modalités seraient en cours de définition et de négociations.

Peut-être ai-je mal compris ; je n’y ai vu pour ma part aucune décision d’implantation, mais un simple souhait. Certainement suis-je trop critique, mais je crains qu’il ne s’agisse d’une tentative de noyer tranquillement le poisson en faisant penser que quelque chose a été décidé à propos d’un sujet aussi brûlant et autoritaire que la fermeture du musée d’Art Moderne.
Les mots dans ce jeu d’échecs (ou de dupes ?) ont à mon avis une grande importance. Si la citation suivante est exacte, et non extraite de son contexte, le lecteur attentif n’y verra aucune trace de décision : « Nous souhaitons créer un grand musée, et nous voulons l’implanter au bord du Canal », souligne Rudi Vervoort. Le ministre-président n’en dira toutefois pas plus sur le bâtiment qui abritera le temple de la culture (les négociations seraient toujours en cours). Les ministres bruxellois ne se sont du reste pas entendus sur sa philosophie précise : moderne ou contemporain ? « Le débat n’est pas tranché », sourit Rudi Vervoort. Le projet sera « bien sûr élaboré en collaboration avec le fédéral », mais est tout à fait distinct du projet de réorganisation des collections des musées des Beaux-Arts ».On ne peut être plus clair. Il faut également s’interroger sur cette volonté d’autarcie. Pourquoi Ville, Région et Fédéral ne pourraient pas, sur un territoire aussi petit, unir leurs maigres ressources pour produire ensemble un projet à la hauteur d’une capitale fédérale et européenne ? Toute autre solution n’aboutira qu’à un projet étriqué, ambitieux certainement, mais dépourvu de moyens.Je reste persuadé que la seule décision immédiate, utile et de bon sens, à effet immédiat, passe par le report du « Musée fin de siècle » (intéressant, mais non prioritaire) et la réinstallation du musée d’Art Moderne dans son lieu d’origine. C’est la seule garantie d’un retour rapide et à moindres frais d’un véritable Musée d’Art Moderne à Bruxelles. Rien n’empêche ensuite de mettre en forme un projet à plus long terme, concerté avec les acteurs culturels belges et étrangers. Il sera toujours temps de savoir s’il faut faire un choix entre « Moderne » et « Contemporain ». Cette question n’a du reste de sens que pour le monde politique. Le public, un amateur, un collectionneur, un artiste contemporain ou un historien de l’art, même spécialiste comme moi des XVIIIe et XIXe siècles, sont convaincus qu’il faut un musée de l’art belge des XXe et XXIe siècles. C’est une évidence. J’imagine naturellement que le bilinguisme, voire le trilinguisme (pour ne pas oublier comme souvent les germanophones) du nom de ce musée va susciter d’interminables débats. Ce problème peut être réglé tout simplement par une appellation compréhensible dans toutes les langues du monde et parfaitement en adéquation avec le contenu de l’institution. Plusieurs pourraient convenir aussi bien que : « 20-21.be » et éviteraient une appellation aux allures anglophone.Difficile de terminer sans penser que la fermeture d’un musée, est tout aussi grave que celle d’une radio ou d’une télévision, comme cela vient de se produire en Grèce. C’est un musée qui est touché : le résultat est donc moins visible, pour ne pas dire parfaitement indolore pour le Gouvernement. La décision est néanmoins aussi autoritaire. Il s’agit d’un acte tout autant antidémocratique, qui revient à décider dans un bureau qu’une tranche de la culture d’un pays n’a plus de valeur et qu’elle peut être supprimée. La voie est ouverte, les deux autres musées royaux pourraient bien subir le même sort, mais de façon plus subtile.

Gérard de Wallens, gerarddewallens.blogspot.be, Posted: 20 Jun 2013

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Nous voulons des musées fixes, gérés de façon contemporaine, financés et ouverts !

Philippe Courard veut un musée mobile ! Nous voulons des musées fixes, gérés de façon contemporaine, financés et ouverts !

Encore un projet de plus à ajouter à une longue série, tous non financés, démontrant une absence totale de vision à long terme.
Ce n’est pas un musée mobile qu’il faut, mais trois musées ouverts et, entre autres, un programme actif développé à l’attention des publics éloignés soit par la distance, soit par le manque d’information ou la crainte que peut inspirer un musée. Par ailleurs, les collections des musées sont limitées et non reproductibles. Que montrera-t-on dans les musées bruxellois  lorsque que les chefs-d’œuvre se baladeront dans ce musée mobile ? N’est pas le Guggenheim, le Louvre ou le Musée Pompidou qui veut.

Il faut constater une contradiction de plus, et non des moindres dans cette même interview, parue récemment dans La Libre Belgique. Les ministres précédents avaient affirmé que la réouverture du Musée d’Art Moderne était une priorité. Or l’actuel responsable affirme qu’il va demander à son collègue de la Régie des Bâtiments de mettre «ce dossier en priorité». Où se situe la vérité sur cette question et de façon plus générale sur tout le dossier ? Quelle est la stratégie réelle pour les musées royaux et l’IRPA ? Nous ne la voyons pas.On comprend également que le projet absurde de déplacement du Musée des Instruments de Musique prend corps dans les esprits administratifs et politiques. Absurde parce que son installation a coûté une fortune, qu’il faudra à nouveau dépenser. Absurde par ce que ce musée est parfaitement à sa place dans ce lieu. Absurde parce qu’il a trouvé son public, que le lieu et le musée sont parfaitement associés dans l’esprit des visiteurs belges et étrangers. Absurde, parce qu’il faudra à nouveau dépenser des sommes énormes, que l’on peine à trouver pour l’essentiel, simplement pour communiquer sur le changement de lieu et ne pas perdre des entrées. Tout cela pour installer ce beau musée dans un lieu moins bien adapté.On comprend aussi à la lecture de cette interview que le nouveau Musée d’Art Contemporain est définitivement enterré. Le Ministre dit clairement dans cet article : « Pour l’art moderne et contemporain, on pense à un nouveau musée, un geste architectural. Et c’est bien d’avoir de l’ambition mais c’est pour dans dix ou quinze ans, en espérant qu’on aura alors des finances publiques meilleures pour financer le projet ». On ne peut être plus clair et direct. Renvoyer un projet à dix ou quinze ans, en le conditionnant à des finances «meilleures», que se soit en Belgique ou ailleurs, ne laisse aucun espoir… Une fois encore ces propos, pourtant très clairs, n’ont suscités aucun remous, aucun commentaire.
En outre, on confond à nouveau architecture muséographique innovante et «geste architectural» (expression très branchée, qui ne veut objectivement rien dire), dans la crainte habituelle de rater le dernier train du modernisme, en oubliant naturellement que le recours à des architectes de renom international coûte une somme rondelette.
La fermeture de ce musée était bel et bien une grave erreur de gestion. On ne ferme pas un musée, sans s’être donné les moyens d’une réouverture programmée, dans des délais raisonnables dans un autre lieu. Agir autrement, c’est se condamner à le laisser en caisse pour de longues années. C’est la base même du métier.Ce n’est pas « le changement qui fait peur », contrairement à ce que pense le Ministre, mais l’absence de compréhension de ce qui fait l’essence même d’un musée, l’absence totale de vision stratégique, la profusion des projets tous plus hasardeux les uns que les autres et non financés. D’autant plus que nous constatons depuis presque 15 ans une incapacité totale à gérer, développer et financer trois musées et l’Institut Royal du Patrimoine Artistique. Ce centre de recherche ne doit sa réputation internationale qu’à la qualité de sa direction et de son personnel. Combien de temps pourront-ils tenir ?Cette interview du Ministre Courard confirme les craintes de tous les observateurs : il n’existe aucune vision à long terme, aucun véritable projet muséologique. La direction et sa tutelle avancent au coup par coup et nous sommes à présent en droit de douter de leur véritable volonté. Autrement dit, rien de muséologiquement sensé n’est prévu avant des années, sauf le démantèlement en cours et l’ouverture d’un MuseoLand et de ses succursales.

Lire l’article

Gérard de Wallens, gerarddewallens.blogspot.be, 15 mai 2013

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Et maintenant : quel avenir pour les Musées Fédéraux et l’IRPA ?

Les élections communales sont à présent du passé. Deux hommes clé dans la gestion des musées et de l’IRPA vont quitter leurs fonctions. On regrettera le Ministre Paul Magnette, qui semblait s’intéresser au dossier, mais il ne se représentera pas de sitôt une opportunité de ce type dans la vie des ces institutions pour en changer le cours.

C’est l’occasion pour le monde politique de montrer qu’il a pris conscience des enjeux et compris que le projet annoncé de fusion ou de « big bang » ne peut que conduire au démantèlement des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, des Musées Royaux d’Art et d’Histoire et de l’IRPA, autrefois fleurons des musées belges, tant au nord qu’au sud du pays.On notera au passage l’antinomie entre « fusion » et « big bang », autre signe que le sens même des musées n’est pas compris dans ce projet à la fois par leurs auteurs et les commentateurs. Pour mémoire, un musée est une institution permanente sans but lucratif [ndlr : ce qui ne se confond pas avec « absence de gestion » et « fonds perdus »], au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’études, d’éducation et de délectation (définition adoptée lors de la 21e conférence générale de l’International Council Of Museums, à Vienne en 2007).Il faut donc une nomination de haut niveau à la tête du SPP Politique scientifique qui soit un signe clair pour chacun et un espoir pour les musées. Elle doit être suivie par la nomination très rapide de directeurs généraux des établissements scientifiques dont l’expérience est avérée et reconnue. Il faut en outre dans cette logique qu’ils ne soient pas cumulants, compte tenu de l’ampleur de la tâche, mais actifs à temps plein dans leur établissement. Une rapide visite, au pas de charge, du rez-de-chaussée du Cinquantenaire, grand et beau navire à l’abandon, suffit pour s’en convaincre. Le seul manque de moyens peut-il être la cause de cet état misérable ?Le changement, c’est maintenant, à tous les niveaux, pour des musées forts, à nouveau reconnus sur la scène internationale, et au rôle touristique moteur en Belgique. Ja we kunnen !

Gérard de Wallens, http://gerarddewallens.blogspot.fr/MERCREDI 17 OCTOBRE 2012

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Les Trois Mousquetaires

Alors que l’été achève sa course, nous nous remémorons qu’en plein mois de juillet avait lieu au Palais Royal de Bruxelles la réception inaugurale de l’exposition estivale « Culture et Sciences au Palais ». On y trouvait tout ce que la politique scientifique fédérale belge compte d’importants. Belle réception au champagne, qui permit à tout un chacun de se jauger dans le regard des autres… en présence valorisante des membres de la famille royale.On y trouvait les directeurs des Etablissements scientifiques fédéraux, les représentants de l’administration, son président Philippe Mettens en tête, et divers spécialistes ou commissaires ayant pris part à la conception et à la réalisation de l’exposition, fort belle de surcroît.
Il fut particulièrement amusant de constater avec quelle fraternelle conviction trois compères, Magnette, Mettens et Draguet, se félicitèrent de la tournure qu’avait pris la fin de la fameuse « Saga du Cinquantenaire », clôturée, comme l’on sait, par l’annulation pure et simple de la procédure de sélection par le Ministre Magnette.

(…) 

Trois amis, donc, comme trois étoiles dans un même ciel, brillant au firmament de leur forfait administratif et légal… Car huit jours avant, le 10 juillet exactement, se signait entre le Ministre Magnette et l’administration de la Politique scientifique (c’est-à-dire Philippe Mettens) un contrat d’administration qui semble vouloir faire avaler une profonde mutation structurelle en un simple « contrat » d’objectifs… Nous voulons parler essentiellement de la fameuse théorie de fusion par pôles. (Consulter ce contrat)

Une dragée un peu grosse…
Le point 1.1, page 23 dudit contrat d’administration, intitulé « Implémentation de la fusion par pôles » affirme, tel un crédo, toute la nécessité et toute l’utilité de cette fusion. Cependant aucun document, aucune étude n’est citée en annexe pour en avérer la pertinence. Fondé donc sur une pétition de principe et lustré des termes « efficacité », « rationalisation », « pertinence sociétale », le contrat, en ce point précis, affirme que de nouvelles structures de gestion seront conçues en vue d’une meilleure qualité du service public (sic), « sans affecter l’indépendance de la recherche »(sic).

Le plus terrible est à lire à la fin dans l’encadré qui conclut « Notons que le comité de direction de Belspo a marqué son accord sur le principe de fusion par pôles en date du 12 octobre 2011 ». Pour toute personne qui assista à cette réunion, il est évident qu’il n’en fut rien. Il s’agit d’un point qui ne fut pas inscrit à l’ordre du jour et qui fut simplement discuté à l’emporte-pièce par le Président lui-même en toute fin de séance. Cette méthodologie de la décision collégiale qui consiste à aborder un point en séance en le supposant acquis par les membres présents (et silencieux) relève d’une tactique de concertation néo-castriste, très intéressante d’un point de vue de l’étude de moeurs dans nos administrations…

Mais où l’on s’étouffe littéralement d’étonnement, c’est à la lecture de l’agenda présidant à cette fusion: mise en place d’une structure transitoire (courant 2012) – rédaction des textes modificatifs par le Ministre (fin 2012) – approbation des textes par les Communautés et Régions et par les syndicats (fin 2013) – fusion effective des pôles (courant 2014).

Ce calendrier dénonce tout l’amateurisme de cette grande manoeuvre. Il est évidemment intenable. La dragée est un peu grosse…

Oublie-t-on qu’il y a entretemps des élections, communales, notamment, qui risquent de modifier quelque peu le paysage politique (Magnette à Charleroi, Mettens à Flobecq ?) Le 8 juin 2014, de probables élections fédérales (précédées de 6 mois de période suspecte au cours de laquelle aucune décision importante ne pourra être prise en conseil des Ministres) se tiendront qui pourraient remodeler le paysage des portefeuilles ministériels… Le gouvernement actuel, mis en place début 2012 tiendra-t-il jusque là ? Autant de questions et de rendez-vous dont semblent ne pas tenir compte les tenants de cet agenda administratif…

Si Mettens est à Flobecq (voir à ce sujet  l’interview d’un « honnête homme »), si Magnette est à Charleroi, et à supposer que ces déclarations soient suivies d’effet après le 14 octobre, il y aura au 1er décembre 2012 un nouveau ministre de la Politique scientifique et un président du SPP ad interim. La question est alors:  le « contrat d’administration » survivra-t-il à ces changements  ?

A entendre M. Mettens, c’est une excellente décision d’entendre le signal des Flobecquois pour mieux s’intéresser à la Politique, la seule, celle qui n’est en rien scientifique…

Un agenda intenable

Mais d’un point de vue politique, aucun observateur sérieux ne se permet de croire à un tel agenda, relevant de la naïveté d’un Président d’administration pressé de faire passer son plan, dans l’ignorance feinte de toute forme d’impondérables, dont chacun sait qu’il sont et seront encore légion dans le fil de l’histoire politique à court terme de Belgique. A moins que les rouages de la manipulation soient si finement huilés que même un agenda intenable rendra la chose possible ? On ne s’étonne plus de rien, en effet…

Une chose cependant laisse particulièrement songeur: au-delà de l’irrégularité de l’interim en cours actuellement (il n’a fait l’objet d’aucun arrêté royal et n’est pas limité dans le temps) c’est le fondement même du contrat d’administration implémentant de telles modifications qui est attaquable.

Qu’est-ce qu’un contrat d’administration ?

Un contrat d’administration est un acte administratif passé entre un Ministre en exercice et son administration (en la personne de son plus haut responsable) fixant les cadres de la mission, précisément, qu’assigne le ministre pendant la durée de son mandat à son administration. Il y va essentiellement des objectifs de la nouvelle orientation exécutive que le ministre fraîchement élu veut donner à son mandat.

Il va sans dire qu’un tel contrat d’administration ne peut, à lui seul, et sans la moindre concertation avec le gouvernement, remettre en cause les fondements structurels de l’administration elle-même ou des institutions dont elle a la charge. Par ailleurs, en l’occurence, la loi programme fixant l’existence même des dix établissements fédéraux, ne peut être modifiée dans sa structure même par un simple contrat d’administration ! Or, c’est précisément ce qui se prépare.

Un peu de droit

Une petite mise au point relative aux textes législatifs régissant les Etablissements scientifique s’impose.

1° Depuis 1993, la Constitution dispose dans son article 6bis: L’autorité fédérale est toutefois compétente pour :  …  4° les établissements scientifiques et culturels fédéraux (ESF), en ce compris les activités de recherche et de service public de ces derniers. Le Roi désigne ces établissements par arrêté délibéré en Conseil des ministres. L’avis conforme des Gouvernements de Communauté et de Région est requis pour toute modification ultérieure de cet arrêté ;

2° un A.R. du 30 octobre 1996 a désigné les dix ESF de la Politique scientifique ( de même que ceux relevant d’autres ministres) ;

3° ces dix E.S.F. ont été institués en service de l’Etat à gestion séparée (SEGS) par la loi programme du 24 décembre 2002 (art. 415).

Selon certains, l’avis conforme des communautés et régions prévu par la constitution n’est requis que si un E.S.F. supplémentaire était créé. Mais nous avons tendance à croire qu’il devrait en être de même en cas de suppression.

Il nous semble que les « brillants stratèges  » favorables au pôles ou autres coupoles préfèrent jouer sur un nouveau Service d’Etat à Gestion Séparée commun à deux (ou trois, avec l’IRPA ?) ESF, chacun d’eux gardant son appellation de l’A.R. de 1996. Dans ce montage, un seul SEGS pour deux (ou plus ?) ESF permet la désignation d’un seul Directeur Général, lequel est d’ores et déjà désigné par le politique: Michel Draguet. Nous oublions de dire qu’il y aura, bien sûr, à l’appui de cette désignation une longue et lourde procédure SELOR… impartiale et aboutie.

Il n’est pas sûr cependant que, si cette manoeuvre se réalisait, le Conseil d’Etat donnerait sa bénédiction à l’opération dans son avis préalable au dépôt du projet de loi.

En fait, le seul véritable verrou contrariant cette fusion en un pôle, sous l’appellation de SEGS pour deux ou trois ESF, résidera donc dans l’avis des Communautés et Régions qui pourraient contester la fusion en invoquant le fait qu’un Directeur Général pour deux ou trois ESF implique que l’un des deux ou des trois disparaisse, ce sur quoi ils n’auront pas été consultés. Même si à ce jour, il n’y a plus qu’un directeur ff au Cinquantenaire et un à l’IRPA, force est de constater que le seul directeur général en titre est à ce jour Michel Draguet, qu’il a déjà annoncé son désir de chapeauter le pôle, et qu’il a le soutient de l’adminsitration et du cabinet socialistes en place. Mais si ce Directeur général cumulard est francophone, le casus belli linguistique sera tout trouvé: pas de pondération linguistique, sauf à considérer que d’autres pôles sont à naître et que l’on rétablira l’équilibre plus tard… Bref, un bel imbroglio politique en perspective, sur fond de croisade communautaire…

En définitive, une chose est sûre, à en lire les déclaration de Michel Draguet dans la Libre Belgique de ces 8 et 9 septembre derniers, le choc de la fusion aura bien lieu, dans l’indifférence générale, avec pour ligne de mire la mise en force d’un seul homme, agissant sous la bénédiction (sous le pouvoir de convicition) de son supérieur hiérarchique, lequel a su, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, mettre de son côté le ministre en charge de la Politique scientifique.

Et si un de ces Trois Mousquetaires restait seul sur le carreau, après la dissolution des deux autres dans d’autres costumes politiques ? Il resterait peu de monde pour défendre ses prises de position…

Lire l’article complet.

Constantin Chariot, http://leblogdeconstantinchariot.blogspot.be, lundi 10 septembre 2012

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Il faut sauver les musées fédéraux et l’IRPA !

Le « big bang des musées », présenté comme le seul avenir possible le l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique), des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et de leurs musées affiliés, ne me semble tenir aucun compte de trois réalités pourtant bien présentes, pour ne pas dire prégnantes en Belgique : la crise financière et sociale, la politique belge, ainsi que le « Livre blanc des musées ».

La crise financière est à elle seule le facteur déterminant qui me paraît vouer à l’échec le bouleversement annoncé. Tous les musées du monde (y compris notre voisin Le Louvre) doivent réduire leurs effectifs, leurs budgets (dotation et mécénat) et donc leurs capacités d’action (entretien courant, expositions temporaires et projets divers).
La Belgique serait-elle un havre particulier et unique pour les musées qui permettrait d’espérer rapidement autant d’argent ? Il n’y en a plus dans aucun pays pour ce type de méga projet (partant dans tous les sens qui plus est) et ce pour très longtemps. Il suffit pour s’en convaincre de penser simplement aux nombreux arrêts de projets (généralement bien préparés) tous récents en France et aux multiples problèmes aux Etats-Unis. Ceci pour ne citer que deux exemples de pays à la politique muséale dynamique et aux systèmes de financement très différents, et souvent cités en exemples.Les observateurs de tous bords voient, avec consternation, dans les tergiversations, vieilles à présent de presque dix ans, la seconde réalité bien présente, pesante, pour ne pas dire immobilisante : la gestion courante de ces musées est paralysée et démotivante depuis des années. Les questions culturelles n’intéressent pas le monde politique belge, c’est un fait démontré. Il n’a pas compris le formidable parti de promotion touristique que constitue les musées, le patrimoine et donc de croissance de l’emploi et des revenus dans ce secteur, ainsi que parmi les sous-traitants (1000 milliards de dollars en 2011 dans le monde). Je passe naturellement sous silence les formidables progrès potentiels en matière de muséologie et de recherche dans chacun des domaines scientifiques concernés. Non seulement je serais totalement incompréhensible, mais on ne m’entendrait pas et le doute serait jeté sur le sérieux des propos que j’avance dans cet article.Dernier point, on oublie totalement dans cette « euphorie » que Le Livre Blanc, publié en 2002, est resté lettre morte. Il était pourtant sensé résoudre tous les problèmes par une modernisation des structures dirigeantes, une définition claire des objectifs et un financement adaptés. En réalité, rien n’a changé, si ce n’est la mise en place progressive d’un seul et même directeur pour ces trois institutions. Ce « Livre Blanc » est la démonstration qu’aucun rêve du type annoncé ne pourra jamais prendre corps, si ce n’est celui très personnel qui se profile.Il faut être réaliste, l’avenir de ces trois institutions ne passe pas par la création de nouveaux musées qui ressemble davantage au démantèlement de ceux qui existent. Quelque prétexte que l’on avance, ce démantèlement ne se fera qu’au prix d’une mainmise du privé et de la relégation de toute collection ne pouvant être transformée en produit vendable sous une étiquette bien accrocheuse (Musée Magritte, Musée fin de siècle, etc…).
L’avenir ne passe pas davantage par le passé, mais par une volonté de rendre à ces institutions les moyens d’être gérées d’une façon actuelle, moderne et dynamique. Les différences de fonctionnement, de culture, de constitution ou de collections n’empêchent pas des musées distants de plusieurs milliers de kilomètres de travailler main dans la main. Pourquoi ne serait-ce pas possible avec trois maisons situées au cœur même de la capitale de l’Europe, qui en outre se connaissent très bien institutionnellement, mais également humainement par des liens professionnels et amicaux ?
(…) 
Les synergies à développer entre les trois institutions sont nombreuses et permettent parfaitement de les gérer et les développer, avec leur propre direction, sans imaginer une restructuration/déstructuration vouée à l’échec pour les trois raisons fondamentales évoquées plus haut.C’est pourquoi les projets scientifiques, culturels et commerciaux doivent être élaborés dans chacune des institutions dans un esprit de communauté d’action.(…) Mais rien ne se fera bien et rapidement si les trois institutions ne peuvent maîtriser la maintenance et la rénovation des espaces et s’affranchir de la Régie des Bâtiments, quitte à créer une Maîtrise d’ouvrage commune, indépendante, et financée, qui pourra ensuite vendre son savoir faire. En outre, les travaux doivent se faire sans fermeture de pans entiers des musées pour ne pas casser la dynamique touristique. Un touriste perdu, compte tenu des innombrables sollicitations dont il est l’objet, ne sera que très difficilement retrouvé, et ce au prix d’une promotion dont je crains que les moyens ne soient jamais accordés par les instances de tutelle.

(…) 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais une réelle attention portée à ces quelques pistes permettrait une sortie du blocage et une gestion non seulement moderne, mais courante et comparable aux pratiques professionnelles internationales. Il s’agit en résumé de construire un projet autour des œuvres et des institutions existantes, à la mesure des moyens financiers et de la considération politique. J’ai bien conscience qu’il peut sembler simpliste de rappeler ces principes de base de la gestion des musées. Je suis cependant convaincu qu’ils sont le rocher sur lequel tout autre projet pourra être bâti, lorsque les musées auront à nouveau atteint un fonctionnement comparable aux institutions étrangères de même niveau et retrouvé le haut degré de reconnaissance international qui était le leur.

Enfin, le véritable « big bang » serait, outre les œuvres, de mettre l’homme au cœur du développement des musées, par les engagements nécessaires et attendus à tous les niveaux, et par une mise en place d’une politique RH qui pourrait être un modèle pour la fonction publique et le privé. Chacun sait que le respect de l’équilibre entre actionnaire/tutelle, travailleur et produit/service est le gage d’une entreprise/administration de qualité et performante. L’homme au cœur de toutes les composantes de l’outil de travail, voilà la véritable révolution ! Les trois institutions en question, comme toutes les entreprises ou administrations en ont grand besoin, mais ici peut-être plus qu’ailleurs.

Une grande ambition pour ces trois institutions est indispensable, c’est indéniable. Mais elle doit être soutenue politiquement et financièrement. Le rêve est également indispensable, mais un de ces rêves dont il reste en se réveillant une impression de réalité, pour ne pas dire de réalisme, d’autant plus qu’il s’agit d’institutions dépendantes d’un contexte politique fort.

Lire l’article complet.

Gérard de Wallens, http://gerarddewallens.blogspot.fr/, VENDREDI 14 SEPTEMBRE 2012

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Plaidoyer en faveur des musées fédéraux belges

 » Denis Coekelberghs, excellent historien belge de l’art, vient de publier sur le site de la Tribune de l’Art un très pertinent « Plaidoyer en faveur des collections de sculpture baroque et néo-classique des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles ». Il élargit le sujet avec beaucoup d’à propos à la« gestion » des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique et plus largement encore aux menaces sur l’avenir des musées fédéraux belges.

Puisse-t-il être entendu rapidement ! Il y a malheureusement peu d’espoir tant que l’on confondra musées et industrie touristique, œuvres et produits commerciaux, professionnels et technocrates convaincus par cette curieuse compréhension des missions et du fonctionnement des musées. Reconnaissons à leur décharge que cette mode n’est malheureusement pas uniquement belge et fait des dégâts dans bien des musées du monde. (…)

C’est une conviction personnelle que l’avenir des musées en général, et belges en particulier, s’éclaircira lorsque conservateurs, universitaires et historiens de l’art seront parvenus à faire comprendre qu’un musée se gère aujourd’hui comme une entreprise, sans être une entreprise, et que le véritable défi est là. Les gains de productivité, les économies, une vision contemporaine de l’organisation structurelle sont réellement possibles et gages d’une saine gestion des musées, tout en mettant les œuvres et l’ensemble du personnel au cœur du projet scientifique, culturel et de valorisation des collections (le business plan cher à d’autres sphères). Encore ne faut-il pas tout confondre, comme on l’observe de plus en plus souvent, et tout sacrifier au dieu rentabilité. La  « rentabilité » d’un musée ne se mesure pas uniquement, dans l’institution même, « en retour sur l’investissement » consenti. Elle est en effet bien sensible dans les entreprises que les musées font vivre directement ou indirectement et notamment sur l’emploi de l’industrie touristico-culturelle.

En outre, toutes les villes qui ont réussi la modernisation de leurs musées ont connu un développement parallèle du tourisme et par conséquence immédiate de l’ensemble de l’économie locale et parfois régionale (Berlin, Bilbao, Nantes, pour ne citer que trois villes). Sans oublier les « retours » bénéfiques en termes d’image de ville dynamique. Par ailleurs, une étude française, publiée voici quelques années, a démontré qu’en France, un emploi public générait quinze emplois privés. Pourquoi ne serait-ce pas à peu près la même chose en Belgique ?

Enfin, la rentabilité la moins mesurable, mais certainement aussi porteuse est ailleurs. Comment en effet rendre compte de l’impact de l’art, de la culture en général, sur le développement personnel ? Chacun sait qu’il est immense en termes d’éveil au beau, à la sensibilité, de compréhension de soi, de libération d’émotions (souvent créatrices), de stimulation sensorielle et cérébrale, de recherche spirituelle et intellectuelle, d’ouverture d’esprit. Bref de tout ce qui fait qu’un être humain se développe harmonieusement, cherche à se dépasser, crée les conditions d’une vie en société toujours plus harmonieuse, moins violente, moins matérialiste, moins individualiste ; fait rayonner sa famille, son entreprise, sa ville, son pays. Utopie ? Recherchez les exemples autours de vous ou dans l’histoire et vous en viendrez à la même conclusion.

Il ne faut pas hésiter à franchir un pas dans cette réflexion, qui devrait rassurer les plus matérialistes, en affirmant qu’un touriste bien accueilli conserve un souvenir fort, souvent indélébile, de son court séjour. Cette qualité recherchée à toutes les étapes de son voyage le fera invariablement revenir vers son pays d’accueil, lorsqu’il souhaitera développer un projet scientifique, commercial, industriel ou touristique. (…)

La Belgique dispose d’atouts majeurs en matière de patrimoine, les musées fédéraux en particulier. Leur survie est au prix de la compréhension de ce qui précède. Ne les sacrifions pas au nom de phénomènes de mode, de questions politiques ou linguistiques que personne ne comprend au-delà des frontières (quelqu’un les comprend-il réellement à Bruxelles intramuros ?), mais dont tous les autres concurrents profitent pour se développer et croître tranquillement. Le monde des musées est en effet formidablement concurrentiel et l’inertie belge est une aubaine pour bien des musées étrangers.

Ce n’est pas un musée universel, ni un méga musée qu’il faut faire en réunissant autant d’institutions bruxelloises sous une même et unique direction qui relève davantage du rêve que de la réalité. La rationalisation annoncée ne sera jamais atteinte de cette façon. Les projets que l’on a pu lire dans la presse ou sur internet font davantage penser au phénomène de mode et donc au sacrifice d’une partie des collections, missions et recherches. Il faudra au mieux dix ans pour y parvenir d’une façon incertaine, à condition d’obtenir les moyens financiers dès le budget 2013, tant les cultures, les moyens et les motivations sont différents. Son caractère multi-sites ne favorise pas davantage un développement harmonieux, ni une marque aisément identifiable. En outre, l’appareil technico-administratif entrera, à mesure de son développement, inévitablement en conflit avec le sens même du musée, sera l’occasion de multiples freins et de nouvelles dissensions. C’est au contraire en restaurant la capacité d’action des musées existants, en créant un réseau efficace, en trouvant toutes les synergies utiles entre eux que l’on pourra retrouver la visibilité internationale des collections (totalement perdue) et valoriser la compétence du personnel qui se dévoue à sa conservation. En outre, plus on attend, plus la pente sera longue à remonter aussi bien du point de vue muséal, scientifique que touristique. Il y a urgence, là également.

Il reste à trouver les directeurs capables d’insuffler le souffle nécessaire, ce qui ne devrait pas être impossible si l’on range les questions politiques, individuelles et autres errements. Mais il est plus que temps de les nommer ; certains sont à la retraite depuis des années et leur remplaçantad interim également !

La seule voie est de « faire avec » l’existant, pour reprendre une expression bien belge, en termes de budget, de personnel et de bâtiments. Les moyens financiers seront toujours attendus (pensons simplement au Livre blanc mort-né en 2002), les questions politico-linguistiques toujours plus présentes parmi un personnel politique peu attiré par les enjeux culturels. Inutile donc de rêver à la construction ex nihilo d’un nouveau musée d’art contemporain avant que les musées existants aient les moyens de vivre et de retrouver leur place internationale perdue. Corollaire immédiat, il faut que l’aile contemporaine des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles rouvre ses portes sans délai et que cette malencontreuse prise d’otages cesse. Elle passe à l’étranger pour une maladroite manœuvre politique. Bruxelles, capitale du Royaume et de l’Europe, ne peut rester plus longtemps sans un musée d’art contemporain.

Un musée n’existe pas sans œuvres ; les œuvres sans personnel scientifique, technique et administratif compétent ; le public sans un véritable projet scientifique et culturel. Un musée n’existe pas si son projet est bâti sur un effet de mode, même si la structure administrative et technique est la plus performante que l’on puisse rêver. C’est dans ce domaine un axiome aussi solidement démontré que celui d’Euclide.

Les musées ne sont pas un luxe, ils sont de première nécessité, pourrait-on dire en paraphrasant la belle formule d’Edgar Degas à propos de la culture. Ils sont les racines de nos vies et comme chacun sait : pas d’arbres sans racines, ni de sociétés équilibrées sans culture, ni musées. »

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