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Le Musée d’Art moderne sacrifié pour le Musée Fin de Siècle

Les MRBAB sont une institution fédérale chapeautée par Michel Draguet, universitaire et homme de culture, spécialiste de l’histoire de la peinture des XIXe et XXe siècles [2]. A ce poste depuis 2005, Sabine Laruelle (MR, centre droit), ministre de la Politique scientifique qui gère le portefeuille de la culture au niveau fédéral, l’a de plus nommé, en août 2010, directeur par interim des Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH), autre institution bruxelloise qui regroupe quatre musées dont le plus connu est le Cinquantenaire [3]. Michel Draguet a entamé une réforme importante des établissements dont il a la charge, candidat à la présidence globale d’une structure qui mutualiserait leur gestion administrative, ce qui ne va pas sans crispations internes. Mais le sujet le plus polémique reste le redéploiement des collections pour aboutir à la création de nouvelles « entités muséales » selon son expression, jusqu’à des changements d’affectation de bâtiments. Une idée qui heurte ceux qui y voient un ravalement des musées actuels à la fonction de simples réserves. D’autant que les projets Draguet sont motivés non seulement pour leur intérêt culturel mais aussi et surtout pour leur attrait touristique ce qu’il assume entièrement, considérant que la Belgique n’a que trop tardé à appréhender la culture comme un outil de développement économique et les musées comme des vecteurs de rayonnement international. Ce qui lui vaut l’accusation de vouloir « marchandiser la culture » – par des « spécialistes en chambre » selon lui, ce qui est assez méprisant -, reproche qu’il balaie de la main parlant de « l’illusoire pureté de la culture drapée dans la noblesse du non-marchand« , sans faire le distinguo entre le marché privé de l’art et le service public culturel [4].

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Bernard Hasquenoph. © Louvre pour tous.  22/02/2011

[2] Licencié en Histoire de l’Art et Archéologie et Docteur en Philosophie et Lettres de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), il est par ailleurs directeur du Centre de Recherche René Magritte et du Centre de Recherche COBRA de l’ULB.

[3] « Draguet en interim au Cinquantenaire », Guy Duplat, LA LIBRE, 28.07.10.

[4] « Relayant des positions plus ou moins avisées de spécialistes en chambre, certains articles de presse de l’été brandissaient la menace d’une marchandisation de la culture inhérente à une démarche qui rabaisserait la culture au rang d’outil touristique. J’avoue ici mon scepticisme. Non devant la prétention d’une critique qui, sous le mot tourisme, entend stigmatiser la prétendue vulgarité de « l’homme sans qualité », de l’homme ordinaire et de ses motifs à revendiquer sa part de culture. Ce qui me surprend ici, c’est le fondement intellectuel qui nie à la culture une signification économique que celle-ci a toujours recouvert. Illusion d’un art pur sinon aristocratique – parce que hors de tout commerce – que négoce et industrie souilleraient. Sans sortir de nos frontières, que l’on se reporte au cas d’Anvers au XVIe siècle et à son marché d’art florissant dont les modalités influèrent sur le contenu même d’une création ouverte désormais aux attentes du public le plus large. L’illusoire pureté de la culture drapée dans la noblesse du « non-marchand » est une vieille lune ! Elle situe l’art hors des enjeux de société qui sont les nôtres alors que, comme l’eût dit André Breton, l’avenir de notre société comme de son économie sera culturelle ou ne sera pas. » Michel Draguet, éditorial Agenda & Lettre aux Amis des MRBAB, déc. 2010 janv. fév. 2011.

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