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Chambre des Représentants – 17/12/2014

Monica De Coninck (sp.a): La Belgique se retrouve avec plusieurs orphelins dont la secrétaire d’État Sleurs est la mère et le ministre Reynders, le père, illégitime ou non. Ces deux parents abandonnent leurs enfants. Ils se querellent à propos de leur éducation, sans doute sont-ils hargneux en raison des économies qu’ils doivent réaliser. L’un des deux parents veut réduire l’argent de poche des enfants, l’autre veut le maintien de la pension alimentaire réduite. Les orphelins ne sont pas seuls, ils ont les Régions et Communautés pour oncles et tantes qui leur donnent de temps en temps un peu d’argent. Mais les oncles et les tantes ont eux-mêmes déjà suffisamment d’enfants et ne veulent pas trop se mêler de cette histoire.

Heureusement, les enfants – et je vise par-là bien entendu les établissements culturels et scientifiques – s’en sont bien tirés au cours des dernières décennies. Nombre d’entre eux, comme Bozar, La Monnaie, les Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH) et les Musées royaux des Beaux-Arts (MRBA) se sont transformés de vilains petits canards en magnifiques cygnes. Ils doivent néanmoins vivre selon leurs moyens et leurs possessions font souvent l’objet de disputes conjugales.

J’appelle la secrétaire d’État et le ministre à prendre l’initiative dans le cadre d’une tactique de négociation confédérale adulte. Pourquoi ne pas organiser une table ronde avec l’ensemble des autorités, des villes et des directeurs des établissements concernés? À défaut, des collections d’art prestigieuses resteront reléguées dans des caves humides.

Le gouvernement bruxellois souhaite loger la collection qui dépérit actuellement dans une cave humide dans un show-room automobile transformé, mais la secrétaire d’État estime que cette collection doit être intégrée dans les bâtiments existants. Actuellement, ceux-ci abritent toutefois le musée Magritte et un musée art déco. En outre, aucun budget n’est disponible pour la transformation des bâtiments situés au Mont des Arts. (NDLR : ce paragraphe contient plusieurs erreurs)

Le ministre Reynders a fait une exception pour Bozar qui devra moins économiser mais pour autant, il n’y pas de quoi se réjouir. Dans une ville internationale comme Bruxelles, ce type d’institution culturelle doit précisément recevoir plus de moyens. Si l’on veut qu’elles soient plus efficaces, il faut y investir davantage. (…)

La secrétaire d’État Sleurs se montre plus sévère encore que le ministre Reynders dans les économies qu’elle impose aux établissements scientifiques fédéraux.

Le dossier de la collaboration est transféré, pour une ouverture prudente, aux Archives du Royaume. La secrétaire d’État Sleurs entend également atteindre la norme ICOM pour les musées. (NDLR : La norme ICOM ?) Elle nourrit donc de grandes ambitions, mais où sont les moyens pour les réaliser?

Plaiderions-nous soudain, nous les socialistes, pour des institutions artistiques élitaires? Pas du tout. La démocratisation et le rajeunissement de l’art et de la culture sont, précisément, l’œuvre des socialistes et des libéraux. L’art et la culture apportent la lumière lorsque les temps se font obscurs. J’espère que nos institutions se verront offrir l’occasion de continuer à s’épanouir.

Nous sommes opposés à ces économies et n’approuvons pas ce budget. (Applaudissements sur les bancs du sp.a)

Fabienne Winckel (PS): Les auditions de la secrétaire d’État en commission ont démontré, comme nous le lisions déjà entre les lignes, qu’en ce qui concerne la culture et la politique scientifique, l’excellence n’a pas sa place au fédéral.

Les contradictions entre les intentions et les mesures concrètes annoncées sont criantes. Première contradiction: le gouvernement pratique la concertation a posteriori en annonçant unilatéralement une réorganisation des salles du Musée Royal des Beaux-Arts sans même en avertir son directeur. Où est la concertation quand la note de politique générale d’un vice-Premier ministre annonce un musée d’art moderne au bâtiment Vanderborght alors que la note de la secrétaire d’État réintègre ce musée rue de la Régence?

Autre contradiction : Mme Sleurs insinue que les précédentes majorités ont suscité la méfiance du secteur. C’est oublier que la politique spatiale internationale a toujours été élaborée dans un cadre soutenu par les industriels du secteur ou que deux musées publics d’envergure internationale sont nés ces dernières années grâce à des partenariats avec le secteur privé. Vos annonces fracassantes, Madame la Secrétaire d’État, ont en revanche déjà suscité une grande méfiance.

Madame la Secrétaire d’État, combien de musées comptez-vous ouvrir et combien de musées comptez-vous fermer?

Troisième contradiction: des restructurations qui coûteront et affaibliront. Sans aucune analyse, vous supprimez unilatéralement le SPPPolitique scientifique, peu importe les certifications ISO 9000 et les économies d’échelle réalisées au bénéfice des établissements scientifiques fédéraux.

Quatrième contradiction: une indépendance scientifique sous tutelle politique. Vous semblez douter de l’indépendance des établissements scientifiques fédéraux mais, dans le même temps vous dites que « vous financerez des projets des établissements scientifiques fédéraux uniquement si ceux-ci sont conformes à l’accord de gouvernement ». Où est l’indépendance avec vous?

Cinquième contradiction: des ambitions volontairement floues. Après vous avoir entendue, il est impossible de comprendre quels sont les objectifs que vous visez réellement. Par exemple, vous dites soutenir la recherche fondamentale, mais en même temps vous supprimez des centaines de postes de chercheurs.

J’en viens à la sixième et dernière contradiction: une communautarisation qui ne dit pas son nom. Chers collègues libéraux, ce que vous avez contribué à construire est aujourd’hui détruit sous vos yeux. (…)

Plus subtil, les établissements scientifiques fédéraux sont isolés les uns des autres, pour faciliter leur communautarisation future. Je ne vois pas d’autre explication à ces mesures d’affaiblissement. Au fond, de la part de la N-VA, c’est compréhensible: l’excellence, quand elle est belge, peut être gênante. (Applaudissements sur les bancs des socialistes)

 

01.33 Elke Sleurs, secrétaire d’État (en néerlandais): S’agissant de la Politique scientifique, nous nourrissons de réelles ambitions bien que nous serons contraints d’aligner les dépenses sur les moyens. Au moment de mon entrée en fonction, j’ai immédiatement interrogé par écrit l’ensemble des établissements scientifiques fédéraux à propos des projets qu’ils jugent prioritaires. La plupart des institutions nous ont déjà répondu et nous vérifierons individuellement avec chacune d’entre elles quelles sont leurs priorités et quels sont les postes pour lesquels une efficacité accrue pourrait permettre la réalisation d’économies.

L’accès du public aux collections est un objectif à long terme.

(…)  Je suis en effet partisane de l’indépendance. Mais je n’ai jamais dit que je voulais supprimer les conseils scientifiques. L’autonomie des établissements peut être renforcée par le biais du crowd funding, du mécénat ou du parrainage médiatique. L’autonomie n’est pas de la communautarisation.

Nous n’allons pas soutenir les administrations mais le personnel. Nous allons nous occuper d’urgence de l’insertion du personnel dans les ESF.

Laurette Onkelinx (PS): En termes de concertation avec les établissements scientifiques, discutez-vous directement avec les responsables ou envoyez-vous un courrier pour demander des informations avant de trancher? Avec la Région de Bruxelles-Capitale, comment et avec qui se déroulent les concertations? Y a-t-il un accord avec la Région?

Elke Sleurs, secrétaire d’État (en français): Comme je l’ai dit en commission, je veux déterminer comment rassembler toutes les collections en un seul lieu. Pour l’instant, 3 000 m2 d’exposition sont libres. Je n’ai pas dit qu’on allait en finir avec la collection du Musée Fin de Siècle.

Laurette Onkelinx (PS): Pouvez-vous revenir sur vos déclarations pour exécuter loyalement l’accord conclu entre le fédéral et la Région?

Elke Sleurs, secrétaire d’État (en néerlandais): Les deux pistes de réflexion seront appréciées sur la base de leurs avantages. Pour l’heure, nous examinons la possibilité de retour de la collection d’art moderne.

 

http://www.lachambre.be/doc/PCRA/pdf/54/ap023.pdf

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NOTE DE POLITIQUE GÉNÉRALE. 2015

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS DE BELGIQUE, 8 décembre 2014, NOTE DE POLITIQUE GÉNÉRALE. La Politique scientifique

LA POLITIQUE SCIENTIFIQUE PASSE LA VITESSE SUPÉRIEURE

Introduction

La politique scientifique englobe la recherche scientifique fondamentale et appliquée, mais également les collections d’objets d’art et d’histoire naturelle, les artefacts, livres et documents. Une politique scienti- fique bien étayée peut former un moteur du pays et, par une collaboration internationale énergique, susciter une réelle dynamique. Les points d’action d’une telle politique scientifique globale dynamique en 2015 comprennent entre autres: devenir un acteur entreprenant à l’échelle nationale, mais également régionale et internationale; nouer des alliances avec d ’autres établissements scientifiques, le monde de l’enseignement et des entreprises; organiser une concurrence constructive entre les différents acteurs scientifiques; opter résolument pour le développement du talent et les industries créatives et favoriser l’intégration active des instituts dans leur environnement.

A. — LES ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES FÉDÉRAUX

1. Recherche

Par notre politique, nous renforcerons la position des Établissements Scientifiques Fédéraux (ESF). Ils seront le moteur de la politique scientifique. Nous nous engageons fortement au profit de la recherche fondamentale. Les ESF, à leur tour, doivent pouvoir affirmer leur statut d’organismes modernes et d’inter- locuteurs crédibles.

La collaboration entre les ESF améliorera leur efficience et leur performance, mais renforcera également leur expertise scientifique ainsi que leur savoir destiné au grand public. L’exposition en cours aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire, consacrée à l’art rupestre de la grotte de Lascaux, est un bel exemple de col- laboration entre cet ESF, l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et un partenaire privé étranger. L’exposition présente les collections archéologiques et atteste des connaissances scientifiques des deux établissements. On s’efforcera de développer le par- tage des connaissances dans le même état d’esprit. Les ESF deviendront des plates-formes de rencontres et d’échanges d’informations entre établissements scientifiques et autres institutions.

J’ai déjà lancé la concertation avec les ESF afin de fixer leurs priorités. J’évaluerai les résultats de ce questionnaire en 2015 et l’implémenterai si nécessaire.

2. Numérisation

Les musées fédéraux détiennent de vrais trésors scientifiques et culturels. Mais tant qu’ils ne sont pas consultables sur Internet, ils sont pour ainsi dire inexis- tants pour l ’ensemble de la société.

L’implémentation du programme Digit 03 sera poursuivie, de façon à accélérer le processus de numérisa- tion des collections fédérales. Il facilite la consultation et garantit surtout la protection d’œuvres et de pièces fra- giles ou anciennes. Je songe notamment aux nombreux manuscrits et enluminures précieux de la Bibliothèque Royale de Belgique.

Le système Open Access vise à mettre en ligne les publications scientifiques afin qu’elles soient consultables plus facilement et par le plus grand nombre. En cas d’évaluation positive, le projet pilote sera encore étendu en 2015 à d’autres ESF, pour que leurs publications puissent également être mises en valeur et les résultats de recherches diffusés de façon plus ciblée.

3. Collaboration internationale

Les ESF contribuent au rayonnement international de notre patrimoine scientifique et culturel. L’Institut Royal du Patrimoine Artistique se profile comme un acteur international qui collabore également avec les instituts des autres niveaux de politique en Belgique. Le projet de restauration de l’Agneau Mystique illustre parfaitement l’encadrement efficace mené par des spécialistes nationaux et internationaux. Le processus de restauration au musée des Beaux-Arts de Gand est en outre visible par le grand public, ce qui crée une plus-value éducative, mais aussi publicitaire.

Les ESF qui ont une fonction muséale lanceront des projets d’exposition s’appuyant sur leurs propres collections, dont la spécificité et la haute qualité sont reconnues. Ces projets artistiques belges doivent également pouvoir être exposés par des musées étrangers. Cela renforcera l’image des ESF et permettra de réaliser des économies financières. Des colloques consacrés à des sujets pour lesquels les chercheurs des ESF sont réputés mettront le travail scientifique des chercheurs des différents ESF en valeur à l’échelle internationale. (…)

4. Activités pour le public

La recherche fondamentale et la recherche appliquée ont une valeur économique, mais également sociétale. Elles aboutissent à des réalisations qui améliorent à la fois la cohésion et les conditions de vie matérielles de la société. Les sciences humaines jouent ici un rôle de premier plan: elles renforcent l’être intérieur au niveau sensoriel, intellectuel et émotionnel.

Les Établissements Scientifiques Fédéraux doivent assumer des missions sociales et légales. L’ouverture au public en est une, et non des moindres. Les groupes plus précaires doivent continuer à pouvoir compter sur cette attention spécifique.

Cette ouverture au public peut prendre différents visages. Communication, promotion, marketing, contacts avec la presse et relations publiques, éducation, diffusion d’informations, muséologie, accueil, tourisme, événements: autant de domaines qui en font partie. Ils amènent le visiteur à réfléchir sur le patrimoine, la nature, l’art et la culture, dans un esprit d’humanisation et de création de sens. Ces deux notions sont étroitement imbriquées à la fois dans l’enseignement, la recherche et la société. Les ESF détiennent à ce niveau les connaissances requises. J’inciterai les ESF en 2015 à poursuivre leur ouverture au public, dans un cadre budgétaire plus restreint. Les grands événements publics de qualité permettent aux initiatives plus modestes de continuer à vivre. Avec les directeurs des ESF, je veillerai à ce que les moyens disponibles à des fins éducatives soient affectés de façon rationnelle. Le questionnement critique quant à la finalité des activités doit être permanent.

5. Patrimoine immobilier

Les bâtiments hébergeant les différents Établissements Scientifiques Fédéraux sont des témoins de l’histoire et de la grandeur de notre pays, mais leur état actuel est souvent déplorable. Le patrimoine classé doit être restauré aussi rapidement que possible. Nous avons l’obligation de protéger ce patrimoine pour les générations actuelles et ultérieures, afin de pouvoir à nouveau exposer et conserver sans risque les œuvres d’art, documents, objets de sciences naturelles et autres. Ainsi épargnés des contrariétés, les visiteurs et les membres du personnel pourront consacrer leur attention aux pièces d’exposition de valeur. Une première réunion avec le ministre chargé de la Régie des Bâtiments, consacrée à cette problématique, a déjà eu lieu.

L’accord de gouvernement stipule en outre que “La rénovation et l’entretien des infrastructures de valeur existantes ont priorité sur les nouvelles initiatives.”

Le problème d’un musée d’art moderne, contemporain et actuel est connu de tous. Le musée existant a été fermé et vidé de son contenu en 2011. Cette décision était injustifiée: les artistes ont soudainement perdu une scène importante et le public, une collection appréciée. Plusieurs pistes sont aujourd’hui envisagées et avan- cées dans les médias: mais pour moi, celles d’autres bâtiments, considérés comme des enveloppes plus importantes que les collections qu’ils sont censés abriter, ne sont pas une priorité. Elles ne reposent pas sur une recherche préparatoire fondée de l’investissement initial et des coûts d ’exploitation ultérieurs. C ’est pourquoi on examine de quelle façon la collection d’art moderne des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique pourrait de nouveau être intégrée dans ses bâtiments.

La préservation du patrimoine architectural de valeur ne va pas sans rénovation ni modernisation. Le Musée Royal d’Afrique Centrale en est un excellent exemple. Cet établissement prépare impatiemment sa réouverture en 2017, après des années de préparation fertile. Cet institut renommé a développé une vision claire pour traduire ses idées envers le grand public. Il montre qu’un ESF est en mesure de mener à bien un projet complexe par le biais d’une méthode bien planifiée.

L’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique procède à la rénovation systématique de ces salles en suivant une vision bien établie.

6. Situation financière et perspectives

Décidée à continuer d’assumer ses engagements financiers envers la politique scientifique, l’autorité fédé- rale ne peut néanmoins cacher qu’il faudra se montrer plus parcimonieux envers les moyens publics. Je suis malgré tout convaincue que des mesures judicieuses permettront d’améliorer la qualité et l’efficacité de la recherche et de l’ouverture au public.

En faisant une nouvelle fois confiance au secteur privé, je compte à nouveau encourager sa participation au financement de la politique scientifique. Par des accords administratifs, les ESF seront entraînés à prendre des initiatives en ce sens. Dans ce cadre, je veux valoriser le mécénat par un positionnement plus constructif des autorités fédérales et des ESF.

Les canaux de financement traditionnels, comme le sponsoring et le sponsoring médiatique, devraient idéalement évoluer vers des partenariats structurels durables basés sur le long terme. La confiance mutuelle peut être mieux soutenue et en sortir renforcée.

Une forme plus modeste de collecte de fonds, comme la méthode de crowdfunding, ouvre des opportunités pour impliquer davantage le grand public au fonctionne- ment des Établissements Scientifiques Fédéraux. Une étude du bureau de consultance KPMG du 27 novembre dernier en a d’ailleurs révélé le potentiel.

7. Le SPP Politique Scientifique et les Établissements Scientifiques Fédéraux

Supprimer le Service Public de Programmation Politique Scientifique ne signifie nullement rogner sur la recherche scientifique, bien au contraire.

Nous voulons tisser une relation de confiance entre les autorités fédérales et leurs instituts scientifiques. En ce sens, nous supprimons des structures adminis- tratives superflues et évoluons vers des organisations modernes et transparentes. Par les accords administratifs conclus à cet effet, nous accordons l’autonomie nécessaire en échange d ’objectifs clairement définis. Nous faisons ainsi confiance au management pour mener une politique rationnelle. En outre, l’expertise du personnel sera pleinement estimée et mise en valeur.

Un dialogue avec les directeurs généraux des Établissements Scientifiques Fédéraux nous permettra de dresser l’état de leur fonctionnement, leurs ambitions, leurs besoins et leurs préoccupations. La spécificité de chaque ESF sera respectée. Ils auront la possibilité de devenir des instituts du XXIe siècle et d’optimaliser leur ancrage sociétal. Nous attendons surtout de chaque direction des efforts pour résoudre ensemble les problèmes, faire prospérer chaque établissement et en améliorer la performance. C’est une nette rupture avec le passé.

(…)

Conclusion

La politique scientifique fédérale se trouve devant de grands défis. Des choix clairs exprimés dans cette note de politique permettront, avec le soutien de tous les ac- teurs, d’opérer à court terme le revirement nécessaire. Il doit être clair pour chacun que la politique scientifique est une priorité pour ce gouvernement.

La secrétaire d’État à la Politique Scientifique, Elke SLEURS

 

http://www.dekamer.be/FLWB/PDF/54/0588/54K0588036.pdf

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Réponses des partis politiques aux questions de MsM

MsM a interrogé les partis politiques à propos des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et de la fermeture du Musée d’art moderne.   Cinq  partis francophones ont répondu. (Le PTB-Go a manifesté son intérêt mais n’a pas répondu, Vega non plus.) Les réponses des partis néerlandophones sont publiées sur le blog Museum zonder Museum.

Pour mémoire, le Musée d’art moderne a été fermé par son directeur en février 2011, dans une période où le gouvernement fédéral gérait les affaires courantes ; la tutelle sur la politique scientifique était alors exercée par Sabine Laruelle (MR). En décembre 2011, la politique scientifique fédérale revient au ministre Paul Magnette (PS) ; le secrétaire d’Etat Philippe Courard (PS) le remplace en janvier 2013.

La Régie des Bâtiments, ‘partenaire de référence de l’État fédéral concernant l’immobilier’ et donc acteur important de ce dossier, est – également depuis décembre 2011 – sous la tutelle du secrétaire d’Etat Servais Verherstraeten (CD&V).

Les questions établies par MsM ont été envoyées, début avril 2014 (plusieurs rappels), aux présidents des principaux partis politiques francophones et néerlandophones, ainsi qu’aux mandataires politiques qui ont manifesté un intérêt pour ces questions durant les trois dernières années. Ce document a également été adressé à Philippe Courard (PS) qui n’y a pas réagi pas plus qu’il n’a répondu aux courriers que MsM lui a adressés en 2013.

L’implantation envisagée d’un musée d’art moderne et/ou contemporain dans le garage Citroën, place Sainctelette, est évoqué dans les réponses. De quel musée s’agira-t-il ? La Région de Bruxelles-Capitale, présidée aujourd’hui par Rudi Vervoort (PS), le jour où elle sera devenue propriétaire des lieux, mettra-t-elle le bâtiment à disposition du Fédéral comme l’a fait récemment la Ville de Bruxelles avec le bâtiment Vanderborght ? La Région n’est dépositaire d’aucune collection ni d’art moderne ni d’art contemporain. Elle a reçu en dation la collection Gillion-Crowet d’Art nouveau dont l’installation  dans les salles des MRBAB fut un des prétextes de la fermeture du musée d’art moderne au profit d’un “musée fin-de-siècle”.

 

1. Musée

Un musée est « une institution permanente sans but lucratif ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine à des fins d’études, d’éducation et de délectation ».  Cette définition de l’ICOM fait référence dans la communauté internationale.

Fermeture du Musée d’art moderne, fermeture de la majorité des salles du Musée d’art ancien, tronçonnage des collections… : ces décisions arbitraires et unilatérales contreviennent aux missions d’un musée ; elles n’entrent pas dans le cadre d’une nécessaire autonomie de gestion et méritent dès lors un contrôle et, éventuellement, une sanction parlementaire.

Le terme musée ne sera plus utilisé pour désigner le futur Musée d’art moderne ! Il sera remplacé par l’appellation étrange de « Post Modern Lab » : une manière de diluer le sens et les missions qui lui sont dévolues.

Questions : les missions des musées fédéraux et des MRBAB en particulier ont-elles une place dans votre projet politique ?
– Si oui, quelles dispositions prendrez-vous pour qu’elles soient remplies de manière exemplaire ?
– Si ce n’est pas le cas, pourquoi ?

CDH [1]

Les MRBAB conservent une collection exceptionnelle de tableaux, sculptures et dessins, essentiellement des Pays-Bas méridionaux et belges, mais aussi d’autres pays surtout européens (Hollande, France, Italie, Espagne etc.). Il s’agit de la PLUS IMPORTANTE collection en la matière en Belgique, qui met le passé historique belge et européen en lumière au travers de chefs-d’œuvre qui constituent la fierté du patrimoine belge. Il s’agit en outre d’un patrimoine appartenant à tous les belges….. !. Il va donc de soi que ce patrimoine doit non seulement être protégé mais aussi valorisé. Il s’agit en outre d’un outil pédagogique extraordinaire non seulement pour comprendre son propre passé et présent, mais aussi pour comprendre les particularités de la culture européenne et comment celle-ci s’est enrichie au contact d’autres cultures.

Le problème le plus urgent que rencontre les MRBAB aujourd’hui est constitué par l’état des bâtiments qui abritent ses collections d’exception. L’état dans lequel se trouvent ces bâtiments actuellement ne permet plus l’exposition de la collection et si cela continue, bientôt, même plus leur conservation ! Il y a donc urgence ! Une aile entière (appelée « extensions »), qui abritait jusque dans les années 1995 les collections du XVe, XVIe et XIXe siècles (le XIXe siècle fut ensuite déménagé dans ce qui constitue aujourd’hui le musée Magritte pour aménager dans les extensions des salles d’exposition temporaire), est fermée depuis 2005…. ! La régie des bâtiments y a procédé au désamiantage indispensable des « blocs techniques » (ce désiamantage est donc terminé contrairement à ce qu’on a pu lire dans la presse) mais a, depuis, laissé l’aile en l’état. Or la toiture devrait être restaurée et d’autres travaux concernant le circuit d’exposition devraient être menés.

De plus, concernant l’aile extensions, il est peut-être bon de préciser que cette aile devra de TOUTE FACON être restaurée. En outre, il faut se rendre compte qu’aujourd’hui, une partie des œuvres en réserve y sont stockées dans plusieurs salles climatisées (pour les autres, la clim devrait être remise aux normes). Donc, même si la restauration de cet aile coûte cher, cela sera toujours moins cher que de restaurer le Vanderborcht…

Si ces travaux sont menés prioritairement, le public aurait donc la possibilité de voir à nouveau exposés la quasi-totalité des chefs-d’œuvre d’art ancien ainsi qu’une majeure partie de la collection d’art moderne et contemporaine.

Notons donc que cette solution serait bien moins coûteuse que la rénovation du Vanderborcht pour en faire un musée provisoire…..

ECOLO [2][3]

Tout à fait ! Elles sont essentielles dans le projet d’Ecolo en matière de politique culturelle. Une société s’enrichit de la qualité de ses œuvres et de sa capacité d’avoir des outils scientifiques et pédagogiques de haute valeur.

Il est impératif pour Ecolo de maintenir la compétence au niveau fédéral et d’assurer un investissement fort à Bruxelles, Région Capitale.

Rénover les bâtiments, appliquer le livre blanc, promotionner les activités des musées, tout cela contribuera à l’enrichissement de la société, à l’amélioration de l’enseignement et au rayonnement de Bruxelles et de la Belgique, en tant que centre scientifique, culturel et artistique. Par ailleurs, les musées développent les métiers de la culture et de l’enseignement et sont des outils d’attractivité nationale, européenne et internationale, vu la valeur des collections et leur richesse.

En ce qui concerne plus spécifiquement les missions, Ecolo souhaite mettre en place « une nouvelle stratégie d’ensemble qui combine les approches culturelles, urbanistiques et environnementales ». L’identification, la conservation, la mise en valeur et la transmission du patrimoine culturel aux générations futures doivent constituer le cœur de cette stratégie qui visera à la protection et au déploiement de ces institutions.

FDF [4][5]

les FDF sont intervenus sur le plan parlementaire au cours de la présente législature afin de demander si une solution structurelle pouvait être trouvée pour les collections d’art moderne et contemporain du pays, preuve de notre intérêt pour cette question.

Plus fondamentalement, il s’agit d’un enjeu essentiel pour l’avenir des établissements scientifiques fédéraux dont la plupart constituent une vitrine pour le rayonnement international du pays et de Bruxelles.

Nous entendrons reprendre ce débat parlementaire dès la prochaine législature.

MR*

Oui.

Les missions des musées fédéraux et des MRBAB occupent évidemment une place importante dans le projet politique du MR.

Comme mesure immédiate, le MR propose de rouvrir le musée d’art moderne. Il reste suffisamment de place dans les MRBAB, du moins pour exposer les œuvres majeures.

Autre mesure importante : procéder à un audit de la gestion actuelle des MRBAB. En raison du morcellement des collections, tout a été brouillé. L’Etat a pour mission de présenter des collections généralistes pour permettre au public d’accéder à une connaissance générale.

Concernant les musées spécialisés conçus de façon à attirer un grand nombre de touristes (par exemple le Musée Magritte), il faudrait mettre en place des partenariats public-privé afin de drainer des fonds privés. A cet égard, il faut adapter la loi sur le mécénat et l’assouplir pour faciliter de tels partenariats. Cela se fait partout ailleurs (pensons au musée Van Gogh, aux châteaux de la Loire, etc.). A contrario, l’Etat doit financer les collections généralistes (comme il le fait, par exemple, pour le Rijksmuseum en Hollande). Il est regrettable que l’Etat, comme c’est le cas actuellement, gaspille ses ressources pour financer des musées spécialisés qui pourraient aisément être financés par le privé.

L’évolution actuelle est inquiétante. La déstructuration des musées existant et la perte du caractère universaliste des collections exposées (au détriment de la vocation de mise en contexte et en perspective du musée public destiné au moins autant aux citoyens qu’aux touristes) interpellent grandement le MR depuis des années. Par ailleurs, le MR désapprouve la perte du caractère scientifique des collections de musée au profit d’une conception accrocheuse et touristique (Magritte, la tapisserie bruxelloise, la miniature flamande, etc.) dans la même logique qui fait de Bruxelles la capitale des frites et des gaufres. Or, les Musées sont aussi et surtout des instituts de recherches qui mènent des centaines de projets de recherche. Le MR déplore l’évaporation, corrélative, de la conception qui justifie le caractère fédéral de ce type de collection. Il s’inquiète, à long terme, du risque de régionalisation de ces collections (sur le même modèle que la politique culturelle en Belgique).

Le MR entend défendre le caractère public, national et universaliste des collections belges. Un musée public est une institution pédagogique et fédératrice au service du citoyen et de l’usager culturel et pas exclusivement un instrument économique.

PS [6]

Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique jouent un rôle crucial dans le rayonnement de la Belgique et de son patrimoine sur la scène internationale. Outre ce rôle de rayonnement, il est essentiel pour le PS que les Musées Royaux des Beaux-Arts puissent remplir leurs missions, nécessaires à la mise en place d’une politique culturelle complète, cohérente et moderne. Ces missions sont notamment la conservation, l’étude, mais également la diffusion du patrimoine, à des fins éducatives par exemple.

Pour permettre aux Musées Royaux des Beaux-Arts de remplir efficacement ses missions, le projet du PS propose par exemple de :
– accorder une visibilité accrue aux collections publiques, notamment par la mise en place d’expositions itinérantes en Wallonie et à Bruxelles et la mise à disposition des œuvres pour les opérateurs culturels reconnus (musées, centres d’art) en Wallonie et à Bruxelles afin de permettre une plus grande diffusion de ce patrimoine ;
– mettre à disposition des collections fédérales dans des infrastructures existantes ou sous la forme d’un « musée mobile » ;
– favoriser les partenariats avec les acteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles (centres culturels, institutions d’enseignement, associations actives dans la médiation culturelle,…) dans l’objectif de pouvoir toucher un public plus large, d’accomplir des missions éducatives, ou encore dans l’optique d’un partage réciproque des expériences de chacun ;
– poursuivre la politique d’octroi de moyens fédéraux aux acteurs culturels fédéraux et lancer un master plan de rénovation des Musées royaux d’Art et d’Histoire, nécessaire à la bonne conservation et à la diffusion de leur patrimoine ;
– soutenir les Etablissements scientifiques fédéraux dans la poursuite de l’ensemble de leurs missions en tant que conservatoires et vitrines de notre patrimoine, en tant que prestataires de services publics scientifiques pour l’ensemble du pays et enfin en tant qu’acteurs de la recherche ;
– promouvoir les liens entre les Etablissements scientifiques fédéraux et les Universités, notamment en créant des formations post-masters et des doctorats avec les Etablissements. Le rôle d’éducation pouvant se décliner sous plusieurs forme : l’éducation artistique et culturelle pour les publics de tout âge, à l’école ou en dehors d’elle, mais également à destination d’un public plus spécialisé tels que les Universités.

 

2. Débat

La disparition pure et simple des collections d’art moderne et les nombreux dysfonctionnements – fermeture massive de salles, incidents graves relatifs à la conservation, fermeture anticipée de l’exposition Van der Weyden – suscitent de légitimes réactions, voire de la colère, dans de larges secteurs de l’opinion publique. Elles ont été relayées par MsM, par la presse et par plusieurs parlementaires.

En 2012, le Ministre Paul Magnette, alors en charge de la Politique scientifique, a consulté des acteurs du monde de l’art (artistes, professeurs, conservateurs, journalistes, galeristes, collectionneurs, responsables d’associations, architectes, ministres en charge de la Culture, …) afin de connaître leur vision au sujet d’un « grand centre d’art moderne et contemporain ». Il avait promis de publier ces contributions.

Questions : l’avenir et la gestion des MRBAB et d’un Musée d’art moderne et contemporain à Bruxelles méritent-ils un débat public ?
– Si non, pourquoi ?
– Si oui, où, sous quelle forme et avec quels partenaires comptez-vous le mener ?

CDH

Dès lors qu’il s’agit d’une collection publique, un débat public en démocratie est toujours souhaitable.

Dans un premier temps il semble qu’un premier débat devrait être mené avec les professionnels du secteur.

Cependant, il est important, dans le débat, de distinguer la COLLECTION d’ART MODERNE et d’ART CONTEMPORAIN qui EXISTE mais qui n’est plus visible, et un MUSEE d’ART CONTEMPORAIN qui serait à construire.

Les collections des MRBAB pourraient, comme expliqués dans le point 1, être facilement visibles à nouveau moyennant la restauration de l’aile « extensions ». Mais il est vrai qu’elles y seraient à l’étroit. Penser à un futur musée n’est donc pas superflu !

Pour ce qui concerne la création d’un musée d’Art contemporain, c’est vraiment important : il n’y a pas une capitale en Europe digne de ce nom qui n’en possède pas ! En outre, la Belgique est réputée internationalement pour sa création contemporaine ; il est donc indigne de sa réputation que sa capitale ne possède pas véritable musée d’art contemporain.

Toutefois, il faut tenir compte du fait qu’il n’existe pas de ministère de la culture au niveau national. La question de savoir si nous voulons un musée d’art contemporain national, qui, à terme, pourrait aussi regrouper la collections d’art moderne et contemporain des MRBAB, doit donc prioritairement être posée, sachant que dans ce cas, il s’agira très vraisemblablement d’un musée co-géré par les deux communautés (ou futur quatre régions ?). Dans ce sens, elle pourrait servir de « laboratoire », en effet, pour la gestion des autres institutions scientifiques de l’état…

Créer un musée d’art contemporain doit se faire dans le cadre fédéral.

ECOLO

Bien sûr. Ce débat sera déjà utile pour la meilleure coordination des différents niveaux de pouvoir concernés, Fédéral et Région mais aussi éventuellement les communes.

Le secteur culturel et scientifique doit être concerté ainsi que le secteur de l’enseignement artistique et de l’enseignement général. Les plateformes culturelles sont des secteurs qui ont une vision sur la place d’un musée dans la ville et sur la gestion des MRBAB.

Notre programme prévoit donc que la stratégie d’ensemble susmentionnée « soit élaborée en relation avec les citoyens usagers de ces institutions, les équipes de professionnels et les acteurs des milieux culturels et scientifiques. »

Ce débat doit donc être public et suivi d’effets. Aussi, la politique muséale menée par le directeur des MRBA nous amène à demander plus des débats et d’évaluation de la note d’intention approuvée par le Gouvernement. Cette note doit être transmise au Parlement et doit faire l’objet d’une évaluation chaque année déposée devant ce même Parlement.

FDF

les FDF estiment que la création d’un grand centre d’art moderne et contemporain nécessite l’association de tous les acteurs du mode culturel et le partenariat public-privé pour sa création.

La création d’un musée d’art moderne mérite le plus large débat public possible.

MR

Oui.

L’avenir et la gestion des MRBAB et d’un Musée d’Art Moderne et contemporain à Bruxelles méritent évidemment un débat public. Comment solutionner ce problème. Le MR envisage deux options.

Soit, le fédéral passe un accord de coopération avec la Région bruxelloise et construit un nouveau musée (par exemple, le long du canal à l’emplacement de l’ancien garage Citroën Yser).

Soit on crée le musée d’art moderne dans les divers bâtiments du Mont des Arts avec l’avantage que le fédéral peut le faire tout seul. Cela va coûter mais, comme précisé plus haut, dans un premier temps, on peut déjà redéployer la collection dans les bâtiments existants.

 PS

Le PS pu obtenir, à la fin de cette législature, la réalisation d’une étude portant sur la rénovation des anciens magasins Vanderborght. Ce bâtiment est appelé à présenter les collections d’art moderne et contemporain qui se trouvent depuis trop longtemps dans les réserves des Musées Royaux des Beaux-Arts. A plus long terme, nous soutenons l’idée de créer, à Bruxelles, un grand Centre d’art moderne et contemporain. Ce projet plus ambitieux devra en effet faire l’objet d’un large débat avec de nombreux acteurs : artistes, historiens de l’art, architectes, conservateurs de musées, journalistes spécialisés,… Nous sommes également favorables à la tenue d’un débat public portant sur les différentes questions que pose un tel projet. Les associations que représentent les publics des Musées devront bien entendu être consultées.

 

3. Bâtiments, salles et collections

L’annonce de l’installation – provisoire et à une date non précisée – des collections d’art moderne dans le bâtiment Vanderborght ne dit rien des projets concernant le bâtiment des MRBAB sis rue de la Régence dont les salles sont majoritairement fermées pour diverses raisons et depuis des années. Elle ne dit rien non plus du sort qui sera fait aux collections d’art ancien massivement reléguées dans les réserves et non accessibles aux publics.

Les « extensions » du Musée d’Art ancien inaugurées en 1974, sont fermées depuis plus de dix ans. De coûteux travaux de désamiantage y ont été effectués mais ils sont à l’arrêt sans perspective annoncée de poursuite. Un condensé des œuvres du XVe au XIXe siècle est aujourd’hui exposé au public dans des conditions déplorables.

Question : à votre avis, un musée des Beaux-Arts au centre de Bruxelles, capitale régionale, nationale et européenne est-il un enjeu de politique culturelle, éducative, sociale, économique ?
– Si non, pourquoi ?
– Si oui, qu’allez-vous faire, concrètement, pour lui donner les moyens nécessaires afin de rencontrer de manière adéquate ces enjeux?

CDH

Les MRBAB conservent une collection exceptionnelle de tableaux, sculptures et dessins, essentiellement des Pays-Bas méridionaux et belges, mais aussi d’autres pays surtout européens (Hollande, France, Italie, Espagne etc.). Il s’agit de la PLUS IMPORTANTE collection en la matière en Belgique, qui met le passé historique belge et européen en lumière au travers de chefs-d’œuvre qui constituent la fierté du patrimoine belge. Il s’agit en outre d’un patrimoine appartenant à tous les belges….. !. Il va donc de soi que ce patrimoine doit non seulement être protégé mais aussi valorisé. Il s’agit en outre d’un outil pédagogique extraordinaire non seulement pour comprendre son propre passé et présent, mais aussi pour comprendre les particularités de la culture européenne et comment celle-ci s’est enrichie au contact d’autres cultures.

ECOLO

Comme précisé dans notre réponse à votre première question, notre réponse est sans conteste positive.

Préalablement à la création d’un nouveau musée, Ecolo demande la réintégration et le redéploiement de l’ensemble des collections d’arts moderne au sein des musées. Nous demandons aussi de déployer, aussi rapidement que possible, l’exposition de collections d’art contemporain dans les bâtiments existants dans le centre de Bruxelles.

Nous soutenons donc un projet de Musée des Beaux Arts et contemporain au centre de Bruxelles. Un accord devrait être trouvé pour que chaque institution concernée puisse y apporter sa part de financement. Des solutions de financement innovantes peuvent néanmoins voir le jour, à l’instar d’un Tax Shelter revu et corrigé comme pour le cinéma.

FDF

Un musée des Beaux-Arts au centre de Bruxelles est en mesure de contribuer à l’attractivité touristique et donc économique, culturelle et donc éducative de la capitale et est en mesure de faire rayonner cette attractivité aux citoyens du pays.

MR

Oui.

Comment trouver les moyens nécessaires ? Grâce à une réforme de la loi sur le mécénat, par un élargissement et un approfondissement du mécanisme de tax shelter, en créant une « Fondation pour les Arts » favorisant les dons aux particuliers, en développant le mécénat par des compléments de financements publics (ex. pour chaque Euro obtenu auprès d’un mécène, les pouvoirs publics en donnent deux ou trois) et par d’autres propositions de financement alternatif énumérés dans le programme culture du Mouvement Réformateur.

L’argument selon lequel « l’Etat n’a pas les moyens » ne tient pas la route. Le Musée d’Histoire Naturelle a été entièrement refait. Le Musée de Tervuren fait actuellement l’objet d’une immense restauration. En réalité, cette triste situation n’est pas la résultante d’un échec de l’Etat. Elle procède d’un échec du gestionnaire des MRBAB. Plutôt que de créer des musées spécialisés avec de l’argent public, il aurait fallu financer ces derniers avec des fonds privés et affecter les moyens publics  à ce musée d’art moderne.

PS

Il s’agit en effet d’un projet recouvrant ces quatre dimensions. L’aspect culturel et éducatif est évident, mais il est important de souligner le fait qu’un Musée est aussi un acteur économique important, créateur d’effets directs et indirects. Au-delà des emplois directement générés par l’Institution, un Musée fait appel à de nombreux fournisseurs et attire des touristes qui, bien entendu, irriguent de nombreux secteurs économiques. La création d’un Musée est donc un investissement, tant sur les plans culturel et éducatif que sur les plans social et économique.

 

4. Education, formation, médiation culturelle

Le Musée d’art moderne est fermé depuis 2011 et les collections qui doivent être installées au Vanderborght ne seront pas accessibles au public avant deux ou trois ans. Un jeune entré dans l’enseignement primaire, secondaire ou supérieur en 2011 terminera son cycle d’études sans avoir eu de contact, à Bruxelles, avec les collections des XXe et XXIe siècles.

En outre, le saucissonnage des collections en autant de soi-disant « nouveaux musées » induit un coût d’entrée largement majoré qui le rend difficilement accessible à certains publics.

Question : le musée, comme institution culturelle, a-t-il sa place selon vous dans les politiques d’éducation et de formation ?
– Si non, pourquoi ?
– Si oui, qu’avez-vous inscrit dans votre programme pour assurer aux enfants du fondamental et aux jeunes du secondaire et du supérieur, un accès cognitif et matériel effectif aux collections des musées et en ce cas précis, aux collections des MRBAB, y compris les collections d’art moderne et contemporain ?

CDH 

Incontestablement. Le projet du cdH veut renforcer d’une part le lien école-culture pour que la culture soit partie intégrante du parcours scolaire, ce qui siginifie à la fois amener l’art et la culture dans l’école mais aussi, en sens inverse, amener les élèves à pénétrer dans les lieux de cultures, les musées en particulier. Un autre point sur lequel le cdH insiste – dans son programme – est l’accès à la culture non seulement pour les jeunes mais à tous les publics, à travers notamment de l’éducation permanente et les dispositifs de pass culture pour les moins de 25 ans. Positionner les musées comme lieu de construction, d’expression, de rencontre et d’interaction des identités culturelles doit concourir à construire des réponses plus fortes sur le plan de la cohésion sociale. Ils font parties intégrantes du parcours par lequel les hommes et les femmes peuvent construire et s’approprier la culture, qui éclaire le sens de leur existence.

ECOLO

Oui, comme d’autres institutions culturelles par ailleurs. C’est pourquoi nous avons élaboré des propositions visant à renforcer la place de la culture à l’école.

Nous proposons notamment d’adapter le décret culture-école, de mieux promouvoir les initiatives de partenariat entre la culture et l’école afin de créer un effet levier et sensibiliser les enseignants à organiser des projets avec les opérateurs culturels, d’étendre les partenariats privilégiés entre les opérateurs culturels et les écoles, d’impulser la création d’un programme de « classe d’arts » et de journées centrées autour de la visite de musées et institutions culturelles, …

Nous souhaitons par ailleurs renforcer les missions éducatives et de recherche des musées.

FDF

Il va de soi qu’une large médiatisation devrait être entreprise si une nouvelle institution culturelle de cette envergure devait voir le jour à Bruxelles.

Dans ce cadre, en vue d’y faire participer le maximum d’élèves , de l’enseignement fondamental à l’enseignement supérieur, il serait indispensable de mettre au service de celle-ci les compétences pédagogiques les plus avancées en terme de nouvelles technologies et d’interactivité.

MR

Oui.

Le musée, comme institution culturelle a évidemment sa place dans les politiques d’éducation et de formation. Favoriser l’éducation artistique revient à moyen terme à augmenter la demande culturelle. Outre les objectifs d’émancipation par la culture, développer l’éducation aux arts et à la culture peut, à moyen et long terme, œuvrer au refinancement de la culture.[1] Si divers programmes d’action entretiennent des liens avec les publics jeunes et les écoles (le théâtre pour l’enfance et la jeunesse, le muséobus, le programme  « spectacle à l’école », l’opération « ouvrir mon quotidien », etc.), le service spécifique « Culture-Enseignement » disposait en 2012 d’un budget de 721.000 €, soit 0,093 % du budget culturel. Il faut porter l’objectif ambitieux d’augmenter le montant « Culture-Enseignement » à 1% du budget culturel. L’objectif « 1% culture-enseignement » permettra de donner une réelle ampleur à certains programmes actuellement ponctuels et à développer de nouvelles initiatives.

Exemple de nouvelle initiative : un programme « 1 Artiste- 1 Œuvre ». Chaque classe, de la maternelle au secondaire, pourra accueillir chaque année un artiste pour réaliser une animation autour d’une œuvre artistique qu’elle soit littéraire, plastique, théâtrale, musicale, audiovisuelle, etc. Ces animations seront réalisées grâce à des collaborations entre les écoles, les centres culturels, les académies, les écoles supérieures des arts, etc.

[1] cf. Ginsburgh, Champarnaud et Michel.  “Can public arts education replace arts subsidization?”,  http://www.ecares.org/ecare/personal/ginsburgh/papers/156.champarnaud.pdf

PS

L’éducation artistique et culturelle constitue une des priorités du programme culture du PS. En effet, selon l’Observatoire des politiques culturelles, 41 % de la population vivant en FWB ne participent pas ou participent peu à la vie culturelle au sens large. L’appartenance sociale, l’âge et le niveau d’études sont identifiés comme des facteurs de différentiation dans la nature et l’intensité des pratiques culturelles individuelles. Aussi, le développement de la créativité, l’éducation culturelle et artistique à l’école ou en dehors d’elle (y compris, dans ce cas, à destination d’un public adulte) est fondamentale pour favoriser l’accès à la culture.

Dans cette optique, le programme du PS propose notamment d’encourager la conclusion de partenariats entre les établissements scolaires et le Gouvernement de la FWB :
– garantissant à l’élève l’accès, au cours de son parcours scolaire, à la culture et aux différentes formes de la création et de l’expression artistique ;
– assurant, dans le cadre du cursus scolaire de tout élève, une fréquentation des activités et des services offerts par les institutions culturelles (musées, centres d’art, centres culturels, bibliothèques, théâtres) du bassin scolaire de l’établissement ;
– favorisant l’émancipation de l’élève en l’aidant à développer sa créativité, son imaginaire et sa sensibilité, notamment en lui proposant des activités artistiques et culturelles hebdomadaires basées sur la réaction en tant que telle (et non l’imitation ou la reproduction) s’inscrivant dans un processus de construction du savoir.
– Initiant l’élève aux activités culturelles et artistiques par la pratique de celles-ci.

Notre programme propose également de diversifier et d’inscrire dans les conventions et contrats-programmes les synergies et partenariats entre le monde scolaire et les opérateurs culturels : centres culturels, bibliothèques publiques, centres dramatiques et chorégraphiques, centres d’expression et de créativité, centres d’art, musées, cinémas, maisons du conte, etc

 

5. Préfiguration

L’avenir du Musée d’art moderne et contemporain, et de ses collections, nécessite une réflexion dépassionnée et rigoureuse. Dans l’intérêt de tous. Pour ce faire, comme cela se pratique généralement, le gouvernement devrait confier une mission de préfiguration – pragmatique, inventive et documentée – à une personnalité reconnue tant en matière de politique muséale qu’en matière d’art contemporain. Cette mission exploratoire mettra en place un groupe de travail international et mènera la concertation et les consultations indispensables (cfr question n°1).

Le Musée d’art moderne a été fermé sans alternative, il revient à d’autres d’en concevoir l’avenir.

Question : Estimez-vous que la création d’un Musée d’art moderne et contemporain est suffisamment importante pour faire l’objet d’une étude préalable approfondie ?
– Si non, pourquoi ?
– Si oui, proposerez-vous ou soutiendrez-vous une mission de préfiguration indépendante ?

CDH

Sans AUCUN doute.A partir du moment où l’on restaure l’aile fermée depuis 2005 dans laquelle les collections d’art moderne retrouveraient provisoirement leur place, on peut en effet se donner le temps et les moyens de concevoir un musée d’art contemporain digne d’une capitale européenne.

Le cdH soutient le projet récemment adopté par le gouvernement bruxellois de développer ce projet dans le cadre du bâtiment Citroën situé dans le quartier du canal. Le site, au cœur de la ville, dans un quartier en plein renouveau possède une réelle valeur patrimoniale et de nombreux atouts pour réussir le projet.

Par définition, la création d’un musée d’art contemporain doit s’inscrire dans une démarche architecturale forte. Etant donné que l’art contemporain ne peut se penser en terme d’art national (c’est un art fondamentalement réfractaire à cette définition), il va de soi que la création de ce musée devra faire l’objet d’un appel à projet international.

ECOLO

Oui

FDF

Les FDF soutiendront une mission de préfiguration indépendante en vue de la création d’un Musée d’art moderne et contemporain.

MR

Oui.

Encore une fois, nul besoin d’attendre cette préfiguration. On peut rouvrir une partie des collections sans attendre. Néanmoins, le MR estime qu’il faut rester prudent face aux regards extérieurs et autres visées grandioses et déconnectées du réel. Il estime que le problème se situe plutôt au niveau de la direction actuelle des MRBAB. Une réflexion générale, c’est bien. Mais il faut aussi changer les choses de l’intérieur. Nos établissements scientifiques abritent de nombreux scientifiques qui ont des idées mais que, malheureusement, on n’écoute pas toujours…

PS

Il nous paraît évident qu’un tel projet ne peut voir le jour sans une solide étude préalable. Cette étude devra porter sur des questions comme : l’importance des expositions temporaires par rapport aux collections permanentes, la présence ou non d’ateliers d’artistes, les liens à entretenir avec d’autres musées et institutions culturelles, les liens que l’Institution devra nouer avec les opérateurs privés (collectionneurs, galeristes,…), la promotion internationale, la différenciation avec des Institutions similaires situées à l’étranger, la mobilité vers et autour du bâtiment, l’accessibilité aux différents types de publics, la scénographie, la politique tarifaire, les possibilités de mécénat et de sponsoring, les caractéristiques du bâtiment,… Un benchmark international devra être mené afin d’identifier, dans tous ces domaines, les meilleures pratiques et de les adapter aux réalités de notre pays et de la collection.

Nous sommes d’avis que cette étude devra être conduite par les Musées royaux des Beaux-arts mais pensons qu’il pourrait être en effet souhaitable de faire appel à de la consultance extérieure.


[1] Reçu le 12/5/14

[2] Reçu le 29/4/14

[3] “ Vous rappelez l’essentiel de vos revendications : le redéploiement immédiat et permanent de l’art des XXème et XXIème siècle et un large débat public avec tous les partenaires concernés. Nous avons connaissance de celles-ci et nous les partageons depuis longtemps. Vous avez pu prendre connaissance de ces positions dans le cadre du travail parlementaire mené – tant au niveau fédéral que bruxellois – et dans le cadre du dialogue qui existe d’ores et déjà entre Ecolo et Musée sans musée.

Notre programme politique prend donc bien entendu ces enjeux en compte. Vous trouverez nos propositions en matière de redynamisation des institutions scientifiques et culturelles fédérales ci-joint : http://www.ecolo.be/?proposition-redynamiser-les-5483.”

[4] Reçu le 28/4/14

[5] « La société doit faire face à des défis planétaires mais le citoyen se retrouve souvent seul et insécurisé face à des questions qui le dépassent. Derrière un profond besoin de sécurité, se cache un intense besoin de compréhension et donc de culture. Les réponses tant économiques que sociales et écologiques aux problèmes actuels de notre société ne seront efficaces que si elles sont culturellement admises.

La mondialisation, l’emprise de la télévision, de la diffusion par Internet et la crise économique ont largement influencé le monde de la culture ces dernières années. Si l’ouverture et l’accessibilité constituent des éléments positifs, il appartient toutefois au monde politique de veiller à ce que ces éléments n’entraînent pas une standardisation, un appauvrissement culturel, singulièrement à l’égard de nos racines culturelles, principalement francophones.

Elle permet à l’homme de se connaître, de se réaliser, de créer, de s’émerveiller, de communiquer, d’ouvrir son esprit et de critiquer. Elle est un facteur essentiel d’épanouissement et de socialisation. Elle renforce la participation des citoyens à la société, la qualité de la vie associative, la prévention des problèmes sociaux et de l’exclusion. Culture, démocratie et liberté sont intimement liées.

Alors que les enjeux sociétaux auxquels le secteur culturel doit contribuer à apporter réponse sont essentiels, la crise économique a, depuis 2008, durement touché le monde de la culture puisque c’est bien souvent en ce domaine qu’ont lieu les coupes les plus drastiques. A travers l’Europe, les budgets consacrés à la culture ont subi une cure d’amaigrissement. En Belgique, où les subventions étatiques constituent presque l’unique source de financement, de nombreuses dotations ont étégelées en 2012. Au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les subventions n’ont pas été indexées et les budgets relatifs aux budgets d’équipement et d’infrastructures ont été touchés.

Le financement de la création artistique doit être maintenu équitablement par l’Etat via un soutien récurrent et adéquat, et ce,en mettant l’accent sur des mesures visantà augmenter laconnaissance et la diffusion autour des projets subventionnés.  Or, la politique de subventionnement est souvent ressentie comme enjeu trop partisan et clientéliste, un fait du Prince qui se serait arrogé le pouvoir de la gérer.  Il faut dès lors se reposer la question de la manière dont sont sélectionnés certains projets et dont sont utilisées certaines subventions. Il y a également lieu de développer des formes alternatives de financement de l’activité artistique. »

* Reçu le 14/5/2014

[6] Reçu le 30/4/14

 

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Après la démission de Michel Draguet du Cinquantenaire, quel avenir pour les musées bruxellois ?

Le plan de réformes des institutions scientifiques fédérales recalé par le ministre de tutelle

Un avis de tempête avait été lancé ces dernières semaines avec une journée du lundi 10 février annoncée comme particulièrement agitée pour les projets de réformes que l’Administration belge de la politique scientifique cherchait à faire passer depuis plus de trois ans (voir notamment). Très contestés par plusieurs directions et de nombreux membres du personnel des institutions, leurs promoteurs avaient été contraints de revoir les plans en question. Une nouvelle mouture, résultat d’innombrables discussions rendues nécessaires par les faiblesses du projet, a été proposée le lundi 10 dernier par Philippe Mettens, président de l’Administration de la politique scientifique, au ministre de tutelle, Philippe Courard. Celui-ci estima la note insatisfaisante et qu’il ne pouvait suivre son fonctionnaire. Le plan de réformes, très loin de faire le consensus auquel essaie de faire croire Philippe Mettens, ne sera donc pas présenté en l’état au gouvernement. Comme des élections sont prévues en mai prochain, il ne faut rien espérer avant de nombreux mois, la formation du prochain gouvernement risquant d’être particulièrement laborieuse.

Exit le « Pôle Art »

Voyons en quoi les derniers épisodes de ce mauvais feuilleton ont des retombées sur les Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (MRBA) et sur les Musées royaux d’Art et d’Histoire (communément nommés le Cinquantenaire). Rappelons d’abord qu’il avait été initialement envisagé de rassembler au sein d’une entité nommée « Pôle Art » ces deux musées auxquels allait être adjoint également l’Institut royal du Patrimoine artistique (Irpa). Ce n’était un secret pour personne que la fonction de directeur de ce pôle était destinée à Michel Draguet. Ce projet revenait à neutraliser la spécificité de l’Irpa et sa position de centre internationalement reconnu non seulement en matière de conservation et de restauration des œuvres d’art mais aussi de recherche en histoire de l’art. La direction de l’Irpa s’opposa à ce projet avec pour heureuse conséquence, confirmée par la décision ministérielle de lundi dernier, que l’établissement gardera finalement son statut autonome. Restait le sort des deux musées dont on sait que le premier est dirigé par Michel Draguet et que le second l’est de manière intérimaire (depuis 3 ans et demi !) par la même personne. Le plan présenté par Mettens après révision prévoyait que la fusion des deux musées soit maintenue et qu’ils soient placés sous la houlette du seul Michel Draguet. Le ministre y a renoncé également. Chaque musée garde dès lors lui aussi son autonomie. Et la démission de Michel Draguet au poste de directeur intérimaire du Cinquantenaire a été confirmée par un communiqué (Voir La Libre Belgique du 14 février 2014). Le ministre entend d’ailleurs ouvrir au plus vite un poste spécifique de directeur général des Musées royaux d’Art et d’Histoire1.

Un grand danger est donc – du moins pour le moment – écarté puisque la fusion des deux musées constituait un des éléments essentiels à la mise en œuvre des projets de Michel Draguet qui comptait notamment puiser dans les collections du Cinquantenaire pour étoffer les multiples musées dont il envisageait la création. Parmi les plus grandes inepties annoncées figurait, on s’en souvient, un projet de « I Fiamminghi Museum » qui n’envisageait rien de moins que le déménagement aux MRBA de retables sculptés gothiques du Cinquantenaire ! A l’heure actuelle cette perspective-là est abandonnée.

Des problèmes loin d’être résolus pour autant

En ce qui concerne d’une manière plus générale l’avenir des musées, le coup de frein donné aujourd’hui est certes le bienvenu. Mais il ne faut pas se faire d’illusion : il est loin de tout résoudre car la manière dont ils ont été gérés durant la dernière décennie a placés ces établissements en fâcheuse position. On était arrivé au bord de l’implosion dans le cas du Cinquantenaire. Quant à la réputation des MRBA, déjà peu brillante suite aux fermetures successives de salles et autres mesures inadéquates, elle est au plus bas depuis le scandale inimaginable des perceuses (nécessitant l’apport de quantités énormes d’eau) mises en activité dans la toiture couvrant directement les salles où se trouvaient des panneaux venus des quatre coins du monde à l’occasion de l’exposition Van der Weyden qui dut être fermée en catastrophe trois jours après son vernissage (voir la brève du 22/11/13 sur ce site). La pente à remonter est raide ! Les exploits de Michel Draguet avec son musée Magritte d’abord, puis avec son « Fin-de-Siècle », n’auront été que des cache-misère. Ceci ne veut pas dire qu’il est responsable de la totalité du désastre. Car il est vrai que lors de son entrée en fonction (il y a neuf ans !), il a hérité d’institutions déjà mal en point. Hélas, pendant cette quasi décennie de pouvoir, au lieu de faire face aux défis faciles à identifier mais ingrats, il multiplia les gesticulations, préférant les opérations tape-à-l’œil à la gestion sage, négligeant les urgences (ne serait-ce que par la définition des priorités dans l’entretien des bâtiments) au profit de l’événementiel et de projets irréalisables (que ses défenseurs qualifient généreusement de visionnaires !). Il est donc bien illusoire de croire que les décisions prises aujourd’hui par le ministre vont beaucoup améliorer une situation que de plus en plus de monde s’accorde à considérer comme désastreuse2. Et rien ne compensera jamais l’énormité du temps et de l’argent perdus !

En ce qui concerne le Cinquantenaire, la démission de Michel Draguet fait ressortir au grand jour l’anomalie fondamentale que constitue l’absence de directeur nommé. Il n’y a d’ailleurs pas non plus de directeur nommé à l‘lrpa depuis trois ans. Le ministre a promis de remédier à cette situation. On l’attend. Mais la proximité des élections ne laisse pas augurer une solution rapide.

« Le Cinquantenaire se délite »

(…)

Le devenir des Musées des Beaux-Arts

S’il l’on se réjouit grandement que le ministre Courard se soucie du Cinquantenaire, l’attention qu’il porte aux MRBA nous paraît en revanche décevante, voire inquiétante, à tout le moins très insuffisante. Puisqu’il le faut, rappelons donc une fois de plus que les toitures des MRBA percent en divers endroits, que des travaux lourds menés dans plusieurs salles (jadis dévolues aux collections des XVe et XVIe siècles) sont à l’arrêt depuis des années sans annonce de reprise des chantiers, que l’éclairage est déficient, que la moquette est souillée et râpée, que la présentation des œuvres est surannée mais surtout honteusement lacunaire (les esquisses de Rubens mises en réserves pour cause de ruissellements et l’inestimable collection de sculpture aux oubliettes par indifférence envers ce patrimoine) et que les circuits proposés au visiteur sont devenus totalement incohérents, le tout accompagné d’une hausse du prix d’entrée et de l’obligation d’achat de tickets supplémentaires pour avoir accès aux pseudo-Musées Magritte et Fin-de-Siècle…

On le voit aisément, les raisons de se préoccuper de la situation actuelle et de l’avenir de l’institution ne manquent pas. Malgré cela, la seule chose dont le ministre parle et à laquelle la presse accorde aujourd’hui un peu d’attention concerne le déménagement des collections du musée d’Art moderne pour les installer dans les locaux (à aménager à grands frais) des anciens magasins Vanderborght. Cette information est répétée depuis trois ans comme s’il s’agissait nécessairement de LA bonne réponse aux problèmes posés par l’inaccessibilité des collections dites d’art moderne des MRBA. On se souviendra que ces dernières ont été retirées des salles non pas à la suite d’un accident ou incident quelconque, mais simplement (!) à la suite d’une décision prise par Draguet lui-même : il avait besoin de l’espace pour y installer son « Musée Fin-de-Siècle » et la dation Gillion-Crowet. N’ont été rendues à la vue du public que les œuvres qu’il a exposées aux murs de ce très mal nommé « Musée », puisque celui-ci n’est en fait qu’une section des Musées royaux (voir ici). Que toutes les autres peintures et sculptures des XIXe et XXe siècles restent invisibles était une décision qui ne dérangeait absolument pas le directeur général qui n’avait prévu aucune solution de rechange à leur enlèvement des cimaises.

Les curieuses idées de Michel Draguet sur le Vanderborght

Mais dès la fermeture du Musée d’Art moderne, à la surprise du directeur général, le public fit entendre son mécontentement et des manifestations répétées attirèrent l’attention des médias3 ainsi que, progressivement, de l’un ou l’autre politicien. C’est alors que le « Vanderborght », auquel on songeait à donner une affectation muséale depuis des années déjà, fut présenté comme une solution permettant à Michel Draguet de sortir de l’impasse dans laquelle il s’était lui-même placé. On sait qu’entretemps ce « visionnaire » a improvisé une prétendue stratégie muséographique en déclarant qu’il n’y avait pas eu d’art moderne en Belgique (sauf pendant la période Fin-de-siècle désormais glorifiée grâce à lui) et que par conséquent il n’y avait pas place pour un musée d’Art moderne. Il était donc intellectuellement fondé de ne plus parler de Musée d’art moderne à Bruxelles et d’effacer des mémoires un tel musée, fruit d’une compréhension complètement dépassée de l’histoire de l’art à laquelle ne s’accrocheraient plus que quelques grincheux et autres « pisse-froid » (sic). Par ailleurs, Michel Draguet a découvert qu’il ne fallait pas considérer de manière séparée les différentes formes d’art, héritage selon lui d’une stupide manie taxonomique (sic) : en plus de la peinture et de la sculpture, il fallait dès lors aussi évoquer la création musicale, la poésie, le théâtre, l’opéra, la photographie, le cinéma, la vidéo etc. etc. Dès lors, l’idée d’aller s’installer à proximité de la Monnaie (à 250 m du Vanderborght), lui apparaissait comme l’argument définitif à sortir de son chapeau pour donner corps à ce projet qu’il allait baptiser « Postmodern Lab Museum » et au sein duquel la musique est appelée (c’est du moins ce que l’on croit comprendre) à jouer un rôle éminent en même temps que tous les autres arts qui pourraient expérimenter des formes nouvelles d’expression dans ce laboratoire d’art postmoderne. Tout cela apparaît, pour rester aimable, totalement ridicule.

La solution Vanderborght n’est pas bonne

Si l’on s’en tient à ce qui transparaît des récents communiqués de presse et autres échos, le fond de la question, c’est-à-dire le contenu lui-même du « Postmodern Lab Museum » n’est pas à l’ordre du jour. Cela signifierait-il que c’est à la concrétisation aveugle des élucubrations du directeur général que le ministre voudrait donner son feu vert ? La déclaration de Philippe Courard parue dans la presse ne parle en tout cas que des modalités de financement : « Le dossier est presque mûr, dit-il. Beliris, le financement de Bruxelles par le fédéral, est d’accord d’y collaborer. Laurette Onkelinx l’a dit. On mettra autour de la table la Région bruxelloise, la Ville de Bruxelles, Beliris et nous-mêmes, et j’espère bien pouvoir avoir une décision très vite, avant les élections. » Il convient d’ores et déjà de mettre un bémol à cette proclamation car le site de Brussel TV annonçait dès le 14 février qu’il ne fallait pas compter sur l’aide financière de Beliris. On ne se plaindra pas de ce contretemps probable car il est clair que la solution Vanderborght, du moins celle concoctée par Michel Draguet, n’est pas la bonne. Car bien des questions surgissent à l’analyse.

Il faut se demander si les conseillers du ministre ainsi que les personnes de bonne volonté appelées à la rescousse par celui-ci pour financer ce « Lab Museum » ont écouté d’autres opinions que celles avancées par le maître des lieux et s’ils sont en possession de toutes les données nécessaires pour arbitrer un problème dont ils risquent de ne pas saisir la complexité. Car la solution Vanderborght est mauvaise à bien des égards. D’abord parce qu’il n’y a tout simplement pas la place nécessaire et qu’il n’est pas adapté à cette fonction sauf à y procéder à beaucoup de travaux. Cela a déjà été souligné par Peter Swinnen, leBouwmeester (maître-architecte) flamand appelé à donner son avis sur tout projet architectural à implication urbanistique en Flandre4. Cette objection majeure tombe sous le sens quand on connaît l’ampleur des collections qui attendent d’être rendues à la vue du public5. L’autre question qui surgit est celle de l’opportunité qu’il y aurait de confier à une même direction la responsabilité des collections historiques et la tenue en main d’un centre d’art actuel. Il n’est pas difficile de comprendre que gérer ces types d’institutions relève de métiers différents. On ne peut confier à la même personne à la fois l’animation très particulière d’un centre d’art actuel et la gestion de collections de peinture et de sculpture européennes du XVe au XXe siècle.

Oui à un centre d’art actuel indépendant des Musées royaux, tel que le Wiels

L’art actuel est par définition en phase de perpétuelle création et s’affirme dans des manifestations temporaires fréquentes qui permettent aux uns et aux autres d’en suivre la genèse et de porter des jugements. C’est un tout autre rôle que celui joué par un musée, même d’art moderne. Le rôle des centres d’art actuel est de permettre aux créateurs en tous genres de se faire connaître, libre au marché de l’art, aux spéculateurs, aux historiens et aux critiques, aux institutions muséales, aux amateurs etc. de procéder à des achats et de constituer des collections. On trouve par bonheur à Bruxelles un nombre sans cesse plus grand de galeries très actives qui sont autant de centres d’art dynamiques où l‘on peut suivre l’évolution d’une partie non négligeable de la création contemporaine. On trouve aussi à Bruxelles d’autres lieux encore, justement réputés, où se donne à voir l’art en devenir : le Wiels est de ceux-là, la Centrale Electrique l’est aussi sur un mode mineur, le Palais des Beaux-Arts a en la matière une exceptionnelle expérience de plus de 70 ans et comme les deux autres bénéficie de l’aide publique. En ces temps de rigueur budgétaire, ne serait-il pas utile de s’interroger sereinement sur l’opportunité de se lancer dans le financement d’un « Postmodern Lab Museum » au Vanderborght ? Les idées (peut-être) novatrices lancées par Michel Draguet ne seraient-elles pas plus efficacement mises en œuvre si elles étaient orientées vers l’une ou l’autre de ces institutions existantes et qui ont fait la preuve de leur compétence, dont on ne doute pas qu’elle(s) serai(en)t heureuse(s) de profiter de l’opportunité qui s’offre à elle(s) de bénéficier de davantage de moyens ? Il n’y a aucun doute à ce propos ! Quant au sort du Vanderborght, laissons s’en soucier les héritiers de la débâcle Dexia6.

Il faut sauver le Musée d’art moderne créé par Roger Bastin

La solution Vanderborght n’est qu’un coûteux emplâtre sur une jambe de bois. Il est encore temps de revenir à la raison et d’éviter un faux pas de plus. Les collections dites modernes (XIXe et XXe siècles) des MRBA ne doivent pas être mêlées aux expérimentations des créateurs actuels : elles doivent rester sur le site des MRBA. Il y a 30 ans (c’était en 1984) l’architecte Roger Bastin (1913-1986) leur a conçu, en tenant compte de contraintes innombrables, un écrin dont le fameux puits de lumière est un des éléments clés. C’est dans une partie de ces locaux ingénieusement agencés en sous-sol que Michel Draguet a installé son « Musée Fin-de-Siècle ». Quoique sa première intention ait été de dénaturer sans vergogne le puits de lumière pour en faire un trou noir7, il a fourni lui-même la preuve que les espaces intérieurs du « Bastin » étaient parfaitement viables moyennant une mise aux normes d’aujourd’hui, normales dans un bâtiment trentenaire. Par ailleurs, les déboires qui ont entrainé l’arrêt des travaux de couverture du puits de lumière ont paradoxalement eu pour effet de ramener l’attention générale sur l’originalité du système imaginé par Bastin et la qualité de ses finitions. Les volumes intérieurs quant à eux, que l’on redécouvre en allant visiter le « Musée Fin-de-siècle » ont très belle allure également. Le Musée d’Art moderne de Bastin mérite d’être sauvé. Il mériterait que les défenseurs de l’architecture et du patrimoine se mobilisent plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. Outre celle de l’Arauhttp://www.arau.org/fr/urban/detail…, on aimerait connaître la position des Archives de l’Architecture moderne, de la Fondation pour l’architecture, de la Commission royale des Monuments et des Sites, des différentes écoles d’architecture de Bruxelles et du pays, du Quartier des Arts, de l’Association du Patrimoine artistique, de Pétition Patrimoine etc.

Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? C’est là, dans les bâtiments de Roger Bastin, que la collection moderne des MRBA doit retourner. La mise en œuvre de ce retour aux sources ne devrait pas être trop difficile à réaliser. Car ce qui est montré dans le « musée Fin-de-Siècle » est, on l’a dit, déjà pour l’essentiel composé de ces collections d’Art moderne. Les locaux qu’il occupe ne sont qu’une partie de l’espace dévolu jadis à l’ensemble de ces collections dans le « Bastin ». Redisposons-y les tableaux et sculptures écartés par Michel Draguet. Le contenu de l’actuel Fin-de-Siècle ne devrait guère être modifié. Il retrouverait même sa place logique, voire privilégiée, au cœur de l’évolution de l’art au tournant des XIXe et XXe siècles. Quant à la collection Gillon-Crowet, il n’y pas d’inconvénient à ce qu’elle reste en place puisqu’elle est déjà actuellement présentée en dehors du circuit de visite. Il ne fait pas de doute que la remise en état de bon fonctionnement du « Bastin » accompagnée d’une remise à l’honneur de l’ensemble des collections d’art moderne des MRBA serait une opération médiatique susceptible d’attirer du monde. Ce serait aussi un acte de bonne gestion dans la mesure où l’investissement consenti servirait à entretenir et améliorer le fonctionnement d’un bien existant plutôt que de se lancer dans de projets contestables dévoreurs d’argent public.

A plus long terme, et compte tenu de la nécessité reconnue d’intervenir dans la remise en état et la réorganisation du Cinquantenaire, on peut imaginer que la collection Gillon-Crowet rejoindrait un jour là-bas, en toute logique, le beau fonds Art Nouveau des collections qu’elle viendrait magistralement compléter. Et dans la foulée, à l’occasion de ces travaux et remises en ordre, pourquoi ne pas envisager, dans l’esprit de collaboration qui anime les responsables des diverses sections des établissements scientifiques fédéraux concernés, de procéder à des échanges ou des transferts de manière à rendre au mieux compte de la diversité et de la complexité de la création artistique au cours des temps ? Ce défi, marqué du sceau du bon sens, ne mériterait-il pas d’être relevé ? Pas besoin de fusion, de « pôle art » et autres vains chambardements pour atteindre cet objectif !

En attendant, d’autres épisodes sont annoncés

Cela dit, il faut se demander qui prendra la direction de cette réorientation à donner à la gestion des Musées royaux. Au Cinquantenaire cela pourrait faire l’objet des engagements du nouveau directeur qui sera bientôt nommé. Aux Musées des Beaux-Arts, une injonction du ministre s’impose-t-elle dans la mesure où on voit mal Michel Draguet en prendre l’initiative ? Une autre éventualité pourrait se profiler : celle du départ de l’actuel directeur général. La question n’est pas théorique : Bert Anciaux, ancien ministre socialiste flamand de la culture a déclaré tout récemment (le 12 février) sur TV Brussel que la tournure des événements et l’accumulation des erreurs commises pas Michel Draguet justifieraient bien qu’il soit démis.

On n’en est pas là. Mais de nouveaux épisodes sont quand même d’ores et déjà programmés : La Libre Belgique de ce 21 février annonce que Michel Draguet, décidément sur la défensive, tiendra le jeudi 27 février une conférence de presse-bilan, entouré du ministre Philippe Courard et du président de l’Administration, Philippe Mettens. Le même journal, bien informé en ces matières, signale aussi que la question du Vanderborght doit être débattue dans les jours à venir par le gouvernement. C’était prévu pour ce 21 février ; ce sera plus tard. Soyons confiants dans l’évolution de ce dossier et dans la prise de conscience progressive en lieux utiles de son véritable contenu.

Denis Coekelberghs , La Tribune de l’Art, samedi 22 février 2014 

Notes

1. On se souviendra que Constantin Chariot, ancien conservateur des Musées de Liège, fut en son temps classé ex-aequo avec Michel Draguet lors de la sélection d’un candidat à placer à la tête du Cinquantenaire (voir). Comme le monde politique se disait à l’époque à la veille d’une fusion des institutions, il fut décidé que celui-ci garderait le poste à titre intérimaire. Trois ans plus tard, on se retrouve donc à la case départ !

2. Le dernier éditorial du vénérable Burlington Magazine donne le ton

3. On songe en particulier aux actions de l’association MuséesansMusée.

4. Voir le site renvoyant à un article paru dans le journal De Standaard.

5. Selon La Libre Belgique du 21 février, la parlementaire socialiste flamande, Yamila Idrissi, considère quant à elle que « Le Vanderborght convient parfaitement [sic] pour héberger provisoirement cette collection, mais il ne convient pas pour en faire un musée d’Art moderne et contemporain permanent ». Nous livrons ces propos à titre purement informatif, car nous ne connaissons pas le point de vue de l’intéressée sur l’ensemble du problème lié à l’avenir des MRBA. Ajoutons qu’elle est de ceux qui plaident pour la construction (sans autre argument, semble-t-il, que celui d’un utopique « geste architectural fort ») d’un nouveau musée sur les bords du canal, du côté de la Porte de Ninove.

6. Dans le projet d’accord à conclure entre les différentes parties prenantes, la Ville de Bruxelles, devenue propriétaire du « Vanderborght » à la suite de la déconfiture de la banque Dexia, cèderait ces bâtiments pour trente ans à l’Etat belge pour un euro symbolique. A ce jeu de la patate chaude, la Ville de Bruxelles se déchargerait donc de l’entretien d’un bâtiment dont elle ne sait trop que faire n’ayant pas les moyens d’y consacrer l’argent nécessaire pour le faire vivre.

7. Ce sont les travaux destinés à couvrir le puits de lumière qui ont provoqué l’inondation de l’exposition Van der Weyden. On peut penser que ce projet de couverture est définitivement oublié. Mais l’affaire n’est juridiquement pas classée quant aux responsabilités engagées, Michel Draguet attribuant la faute aux entreprises.

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Draguet: « Si on ne fait rien, on fonce dans le mur »

Voilà des mois et des mois que les mêmes dossiers restent en rade : où mettre les collections du musée d’Art moderne alors que celui-ci a été fermé par le directeur du musée des Beaux-Arts, Michel Draguet, le 1er février 2011, pour y placer le « Musée fin de siècle » qui ouvrira le 6 décembre prochain? Et Bruxelles aura-t-elle un jour un nouveau musée d’Art contemporain, et où ? Va-t-on regrouper les dix établissements scientifiques fédéraux (les ESF : musées, Bibliothèque royale, Archives, IRM, Observatoire, etc.) en quatre Pôles, avec synergies et directeurs uniques ou pas? Avec un Pôle Art dirigé par Michel Draguet, regroupant les Beaux-Arts, le Cinquantenaire et l’Irpa ? En attendant, depuis des années, quatre ESF ont des intérimaires à leur tête. Le monde politique, manifestement, reste divisé et la proximité des élections de mai 2014 va rendre toute décision encore plus difficile.

Nous avons interrogé Michel Draguet, au centre de ces projets, mais aussi au centre de quelques polémiques. Un groupe interministériel a étudié l’idée de Pôles et s’est posé de nombreuses questions. La personnalité autoritaire et centralisatrice de Philippe Mettens, le « patron » de la Politique scientifique, a aussi suscité quelques réticences. Et le dossier du musée d’Art moderne est à la Régie des bâtiments, qui tarde à décider et à envoyer au gouvernement le projet de déménagement à l’ancien Vanderborght.

Pourquoi voulez-vous cette fusion dans un Pôle Art dont l’intérêt est souvent mis en doute?

Je suis absolument convaincu de sa nécessité. Le budget du musée des Beaux-Arts est de 4,3 millions d’euros et, au Cinquantenaire, de 5,6 millions. Et nous devons économiser dans chaque musée, en 2013, 500 000 euros. C’est énorme et ceux qui disent que la Belgique ne fait pas d’économies se trompent. Dans un tel cadre, je suis convaincu que chaque institution ne peut plus s’en sortir seule et qu’il faut faire des économies d’échelle. Les Archives viennent de dire qu’elles ne peuvent acheter leur mobilier pour leur nouveau centre à Namur. Il faut donc organiser une solidarité. Chacun n’a pas l’assiette suffisante pour assumer seul les économies exigées.  Dans le Pôle Art, il y a actuellement quatre directeurs par ESF, soit 12 au total. Faire un Pôle permet de diminuer fortement ce nombre et même de trouver des marges pour nommer des responsables à des fonctions qui ne sont pas remplies aujourd’hui : comme un juriste, un responsable marketing, un pour le mécénat. Et surtout, pour redéployer les musées et pour leur assurer un avenir. Ce que nous avons commencé à faire avec le musée Magritte et qu’on continue, le 6 décembre, avec le musée Fin de siècle
Certains mettent en doute que cela fasse des économies et voient surtout le risque de « superdirecteurs », dont vous qui n’avez pas que des amis?
Je ne vois pas comment faire autrement les économies demandées. D’autre part, le spectre d’une dérive autoritaire me fait sourire. Si je devais diriger le Pôle Art (il y aurait un appel à candidatures), mes pouvoirs resteraient bien moindres que ceux de Jean-Luc Martinez, juste nommé au Louvre.
Pour les Pôles, le groupe intercabinet a demandé que chaque musée et ESF consulte son comité scientifique pour savoir si ces Pôles pouvaient nuire ou pas à la recherche. Comment cela s’est-il passé dans les deux musées que vous dirigez (Beaux-Arts et Cinquantenaire)?
Il y a eu beaucoup de questions mais aussi de l’enthousiasme, avec un consensus pour que les choses changent. Je sais qu’à l’Irpa, les craintes restent grandes, ils ont peur de disparaître malgré les assurances données que ce sera le contraire.
Vous cristallisez des oppositions, en ayant fermé le musée d’Art moderne, et récemment en déclarant que ce serait sans doute un membre du personnel du Cinquantenaire qui aurait volé des « pièces » dans les réserves, qu’on a retrouvées en vente à Christie’s.
On a interprété mes propos. J’ai dit que, dans les réserves, le public ne rentrait pas et que c’était le personnel qui y avait accès. Cela fait des années que je dirige ad interim le Cinquantenaire sans être payé pour cela : j’éponge les difficultés, je fais le boulot. Je comprends l’inquiétude du personnel mais je sens aussi chez les jeunes conservateurs (et d’autres !) un vrai enthousiasme. On travaille à y faire un vrai musée de l’Antiquité en lien avec les autorités européennes toutes proches. Un autre exemple : j’ai demandé de faire un inventaire des réserves quand il n’y en avait pas. La responsable Archéologie m’a montré la montagne de pierres à archiver. Impossible. On lui a donné les moyens de le faire. A côté des économies, il faut augmenter nos recettes. On m’a reproché les prix de l’expo Kandinsky. J’en ai tenu compte partiellement pour l’expo van der Weyden (prix pour étudiants) mais il faut trouver des recettes et le prix sera celui de Kandinsky.
Que se passe-t-il si le gouvernement ne décide rien? 
On ira droit dans le mur. Cela signifiera de moins en moins de moyens ; nous allons péricliter et cela peut provoquer rapidement un effet d’emballement à la baisse. Mais il ne faut peut-être pas tout décider à la fois, faire tous les Pôles à la fois. On pourrait phaser les choses et décider d’abord pour le Pôle Art.
Qu’en est-il du déménagement du musée d’Art moderne au Vanderborght?
Rien n’a bougé. Enfin si, car l’Inspection des finances a totalement validé notre plan et nous a donné le feu vert. Cela me permet déjà, en attendant une décision gouvernementale, de m’occuper du fond du projet et de ne plus avoir ce visage « vénal » qu’on me prête parfois d’un homme occupé par les finances ou par le seul Magritte qui serait un « peintre facile ». J’en ai marre d’apparaître comme cela, je veux parler contenu. On a vu comment l’œuvre de Jan Fabre s’est bien intégrée au grand escalier du musée. J’ai admiré à Grignan, en France, l’église « habillée » de lumières colorées par Ann Veronica Janssens. J’aimerais un équivalent au musée, introduisant à la lumière des primitifs flamands. Je pense à Thierry De Cordier et je rêve de créer au musée, comme la chapelle Rothko à Houston, un endroit « spirituel » où le visiteur peut se ressourcer.
On vous dit très réticent à l’égard de l’art contemporain?
Je ne suis pas fermé à l’art contemporain – d’ailleurs je l’enseigne à l’université depuis des années – sauf si on me dit que Broodthaers, par exemple, ce serait la préhistoire. J’ai simplement des doutes sur le concept d’un musée d’art contemporain car il faut laisser le temps faire son œuvre pour faire un musée. Il y a toujours eu, au moment même, des « déchets » que le temps élague.
A force d’attendre, on perd des possibilités d’acheter à des prix raisonnables. Le musée a raté largement Luc Tuymans. On a acheté par exemple Claerbout. En guise de pure boutade, je dirais que peut-être Tuymans sera demain comme Louis Carbonnel qui fut, au XIXe sècle, le peintre le plus cher. Pour le Vanderborght, qu’on appelle le « Lab » (« Postmodern Museum Lab »), on travaille déjà en faisant des parcours virtuels et en préparant les premières expositions (« Dubuffet et de Kooning », « Marcel Broodthaers » en collaboration avec le Moma). On vise 2017.
Et le futur musée?
Je voulais le mettre au Cinquantenaire, mais je me suis rallié à la décision bruxelloise de le mettre le long du canal. Le reste, on verra.
GUY DUPLAT, La Libre, Publié le lundi 14 octobre 2013 à 05h39 – Mis à jour le lundi 14 octobre 2013 à 10h26

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