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Mon musée taylorisé

Une nouvelle musique se fait-elle entendre dans les musées ? Le refrain, en vogue depuis quarante ans, est en effet le suivant. On a construit, agrandi, rénové, et ces joyaux doivent attirer le plus de visiteurs possible. Le bon élève, c’est le Louvre. Henri Loyrette, qui vient de quitter son poste de président après douze ans de règne, a du reste confié dans nos colonnes que le public était son « combat » (Le Monde du 23 mars). Un public passé de 5 à 10 millions chaque année. Soit 30 000 personnes par jour. N’est-ce pas un point limite ? Peut-on encore apprécier les oeuvres ? A quoi cela rime de voir toujours plus grand ? Ces questions, Henri Loyrette les balayait.

On peut le comprendre. Il n’est pas facile d’oser une politique malthusienne. Il est vaseux d’opposer l’amateur d’art éclairé au public « taylorisé » par des tour-opérateurs qui imposent une visite réduite à un best of. Manifestez un doute sur ces grappes humaines qui filment ou photographient plutôt qu’elles ne regardent les oeuvres, ou qui suivent comme des moutons le petit drapeau japonais ou américain brandi par le guide dont le souci premier est de ne pas perdre ses ouailles… Illico, vous êtes taxé d’élitiste.

Mais voilà que le successeur d’Henri Loyrette, le spécialiste d’archéologie Jean-Luc Martinez, déclare le 3 avril dans Next, le supplément de Libération : « Recevoir cinq, puis sept, puis dix millions de visiteurs aujourd’hui, c’est très bien, mais il est temps de se poser la question : pour quoi faire ? » Bonne question. Que posent des responsables de gros musées, sans oser le dire publiquement. Il y en a un qui est très clair, c’est l’Espagnol Manuel Borja-Villel, le patron du Reina Sofia, à Madrid, qui conserve Guernica, de Picasso : « Annoncer plus d’entrées, comme chaque directeur de musée aime à le dire chaque année, ça ne veut rien dire, surtout lorsque les visiteurs ne peuvent plus rien voir, déclarait-il au Monde en 2011. Demander à un musée de « faire des entrées » sans chercher à savoir ce que nos enfants ont appris à la sortie, c’est oublier sa mission première qui vient du modèle révolutionnaire français : être le lieu de la démocratie et de l’éducation. Et non une entreprise. »

Justement, le Centre Pompidou mobile (CPM) est un projet éducatif. Depuis fin 2011 et jusqu’en septembre, le musée parisien fait tourner dans des villes moyennes un chapiteau de 1 000 m2, dans lequel il présente une quinzaine de ses oeuvres, et non des moindres (Picasso, Matisse, Calder…). L’objectif est clair : « Aller au-devant de ceux qui ne vont jamais au musée », selon Alain Seban, le président du Centre Pompidou. Là encore, ce qu’on a retenu, ce sont les chiffres : 47 720 visiteurs à Cambrai (Nord) ; 35 220 à Chaumont (Haute-Marne) ; 49 000 à Libourne (Gironde)… Partout, on ne parle que de succès. Ces villes-étapes saluent ainsi « un public de proximité, pas familier avec l’art moderne et contemporain ». Au point que la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, dont les services ont mis 1,5 million d’euros dans le projet, a parlé d’« opération exemplaire ».

TRENTE ANS D’ACTION DE L’ETAT

Un site Internet est allé voir de plus près. Qui douche ce bel enthousiasme. Ce site s’appelle « Louvre pour tous. L’info citoyenne sur les musées » (Louvrepourtous.fr). Drôle de nom pour un site. Il vient du statut de celui qui l’a créé, en 2004, Bernard Hasquenoph. Ce graphiste bataillait à l’époque contre une mesure qui obligeait les artistes et enseignants à payer leur ticket dans les musées – étrange mesure pour qui veut démocratiser l’art, mais passons. Bernard Hasquenoph a épluché les chiffres d’un sondage TNS Sofres sur la fréquentation du CPM à Cambrai, Boulogne et Chaumont. C’est peu dire qu’il a été surpris, nous dit-il, par le « fossé énorme » entre ce que pointe le sondage et les discours officiels. « Plus de 80 % des visiteurs sont des habitués des musées, dont beaucoup de retraités, plus d’employés que d’ouvriers, peu de jeunes. » Quant à l’effet « booster » du CPM sur les musées présents dans les villes où il fut installé, il est contestable.

Il fallait être un peu naïf pour croire qu’une tente et quinze oeuvres allaient changer les choses quand on sait que trente ans d’action de l’Etat, y compris le doublement du budget de la culture en 1981, n’ont en rien démocratisé l’accès à la création. La dernière enquête sur le sujet, en 2009, montre que ce sont toujours les plus riches et les plus diplômés qui monopolisent l’offre culturelle. Alors que les ouvriers s’effacent un peu plus des théâtres ou des musées.

Celui qui a bénéficié de cette opération CPM, finalement, c’est sa maison mère, qui n’en a pas besoin. Plutôt que de la jouer en solo, Beaubourg aurait pu déplacer des oeuvres phares dans des musées de petites villes, ce qui aurait coûté moins cher, et aurait mis la lumière sur des lieux qui voient, pour la plupart, leur fréquentation en berne. Nombre de responsables culturels en région ont regretté ce choix d’un « Beaubourg Circus », comme l’a qualifié le site Internet La Tribune de l’art. D’autant que ce chapiteau ira encore à Aubagne (Bouches-du-Rhône), du 29 juin au 29 septembre, avant de mettre la clé sous la porte. Trop cher. Ce qui fait dire à M. Hasquenoph : « Que d’énergie et d’argent pour un résultat si maigre ! »

Finalement, le Pompidou mobile est dans l’air du temps. Le philosophe Yves Michaud expliquait en 2009 que notre époque était dominée par « le culte de l’événementiel et de l’éphémère ». Le public, on l’attire moins par des collectioins dans des musées que par des expositions temporaires ou des événements festifs. On ne vit plus une expérience individuelle mais collective. Pas sûr que l’éducation artistique gagne du terrain dans cette affaire…

guerrin@lemonde.fr

Michel GuerrinLE MONDE | 21.06.2013 à 14h55 • Mis à jour le 21.06.2013 à 16h11

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Un sous-développement culturel organisé ?

Coups de griffes

Nos grands musées vont mal. La fermeture brutale du Musée d’Art moderne depuis février 2011 n’y est pas pour rien et la situation ne semble pas devoir s’améliorer. Il est intéressant, pour s’en convaincre, d’analyser l’éditorial de la brochure « Museum Life », signé par Michel Draguet, « Directeur général des Musées royaux des beaux-arts de Belgique et Directeur général a.i. des Musées royaux d’art et d’histoire » (pour ceux qui n’auraient pas tout compris : Musée d’art ancien « et moderne » / Musée Magritte / Musée Antoine Wiertz / Musée Constantin Meunier / Musée du Cinquantenaire / Musée des Instruments de musique / Porte de Hal / Musées d’extrême-Orient à Laeken… !)La presse, remarque Michel Draguet, s’est fait l’écho des projets et travaux menés au sein des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et des retards engendrés par les mesures budgétaires qui ont paralysé le fonctionnement de l’Etat fédéral. (…Mais) des signaux positifs témoignent du bien-fondé de la réforme globale menée à l’échelle de la Politique scientifique fédérale (qu’il a lui-même suggérée…). L’avis positif – quoique circonstancié – remis par l’inspection des finances quant à l’installation dans les anciens magasins Vanderborght des collections allant de 1914 à aujourd’hui, ouvre des perspectives sur lesquelles il convient de revenir ici. Et Michel Draguet d’évoquer la « saturation » du site du Mont des Arts qui implique, estime-t-il, le nécessaire déploiement du musée d’art moderne hors du site historique. Il se questionne pourtant : Pour aller où ? Pour répondre à quelle mission ? (…) question d’autant plus cruciale que les attentes qui reposent sur le musée sont grandes. Et que si d’aucuns pensent qu’un musée peut changer la société, je crois au contraire que le trop plein d’aspirations dont on chargera le musée tuera inévitablement celui-ci (ah bon ? – n.d.l.r.). Rappelons ici que celui qui nous parle, ce « je », c’est bien Michel Draguet, un directeur de musée.

Il met cartes alors sur table et insiste : « Un musée, fut-il « moderne » et «contemporain », est aussi une entreprise qui doit capter un public dont on sait qu’il est aussi exigeant que capricieux ; peu mobile et effrayé par toute sortie des chemins balisés » (merci pour cette appréciation, pour ce peu d’estime pour le public concerné…). (…) Qu’on rêve de dynamiser tel quartier ou telle zone, il faudra intégrer les paramètres économiques qui détermineront la viabilité… » Suivent d’autres considérations à propos de l’éventuelle installation dans les magasins Vanderborght, proche de cette… Grand-Place qui reste le pôle magnétique de la politique touristique de notre capitale » et de ce « Museum Miles qui doit permettre de passer d’un musée à un élément du patrimoine architectural tout en gravissant la pente si dissuasive du Mont des Arts ». Michel Draguet est de plus en plus clair : le public qu’il recherche est dorénavant désigné, visé, et c’est bien le « touriste » ! Au moins il dépense.

Donc, Les magasins Vanderborght seront un premier pas dans la construction de ce chemin du patrimoine qui, de la Grand-Place au Mont des Arts et de ceux-ci au Cinquantenaire… poursuit Michel Draguet qui évoque pourtant… « un enjeu majeur dont la réussite dépendra de l’originalité du contenu de ce musée qui n’aura pas l’outrecuidance de se vouloir « moderne » – y eut-il jamais un art moderne en Belgique ? – et ne se résumera pas à n’être que contemporain – pris pour sa valeur chronologique primaire ». Comment peut-on vouloir un musée d’art moderne auquel on ne croit pas, l’espérer « original » alors qu’il suffirait de le penser « de qualité » ? Il promet de revenir sur ces questions dans le prochain numéro de sa revue. Sans doute pour tenter de convaincre à nouveau du bien-fondé d’une forme de culture à deux vitesses.

Favoriser l’accès aux musées ? À la culture ? Bernard Hennebert (Consoloisirs), dont on connaît l’activité en ce domaine – notamment pour la gratuité du premier dimanche du mois en Communauté française – doit se dire que ce qui est donné d’une main est souvent repris de l’autre… Le gouvernement fédéral et les ministres qui se sont succédé à la tête du secteur portent évidemment (ils ne sont pas les seuls) une responsabilité dans cette situation qui lèse surtout les publics les plus fragiles, les jeunes, les personnes âgées ou à faible revenu, les demandeurs d’emploi, les personnes handicapées.

Aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, depuis mai 2009 (citons Bernard Hennebert), le ticket « Musée d’Art Ancien et Musée d’Art Moderne » est passé de 5€ à 8€ pour une offre moindre, les œuvres de Magritte étant dorénavant regroupées dans un «musée» séparé, spécifique. En 2011, avec une offre muséale réduite à nouveau de moitié par la fermeture brutale du Musée d’Art Moderne, il eût été juste de ramener à 4€ le prix d’entrée au seul Musée d’Art Ancien ! Au Musée des Beaux-Arts de Rennes, par exemple, des salles étant fermées pour travaux, le prix d’entrée a été ramené de 4,45€ à 1,05€.

Mais à Bruxelles, les 8€ restent dus et, de manière générale, les réductions et gratuités en prennent un coup ! L’entrée était gratuite pour les jeunes de moins de 18 ans : seuls les moins de 6 ans (six !) profitent désormais de cette mesure. C’est 2€ de 6 à 18 ans. Passe aussi à la trappe la gratuité mise en place en 2009 pour les demandeurs d’emploi, ainsi que pour les personnes handicapées avec accompagnateur. La réduction aux + de 60 ans n’ira plus qu’aux + de 65 ans ! Sans explication ni concertation alors qu’un débat citoyen aurait pu se tenir avec les usagers culturels du service public. Des évolutions analogues se retrouvent dans les nouvelles tarifications d’autres institutions fédérales : Musée Magritte, Musée des Instruments de Musique, et autres. Pour qui sont ces musées que l’on ne saurait voir… ?

Concrètement : il y a quelques jours, une de mes amies à qui j’avais parlé de « Kandinsky et la Russie » une exposition aux MRBAB, m’a demandé si l’idée était bonne d’y emmener son frère, qui devait lui rendre visite à Bruxelles. Conçue et réalisée par la directrice adjointe du Musée d’Etat russe de Saint-Petersbourg, insistant sur le contexte et la relation avec d’autres artistes, tels Arnold Schönberg, Michail Larionov, Natalja Gontcharova, Kazimir Malevitch, l’exposition est intéressante sur le plan didactique. Quoique la période envisagée soit courte – elle s’arrête avant le Bauhaus -, elle est indéniablement belle.

Ne connaissant pas l’intérêt du frère de cette amie pour le surgissement de l’art non-figuratif à cette époque (1901 – 1922), je lui donne les arguments positifs, mais je la mets aussi en garde car elle n’est pas particulièrement riche et le prix d’entrée (guichet séparé, en relation avec la présence de Brussels Major Events asbl ?) qui est de 13 ou 14,50 euros en semaine (pas donné…) passe à 17,50 euros en week-end ! L’amie a renoncé. Je la comprends.

Où se niche donc la démocratie culturelle ? Et qui, désormais, parmi les politiques, s’en préoccupe ? *

Georges Vercheval, La Lettre de Culture et Démocratie, n° 67, 6/6/2013

* notons que le 22 mai dernier, Madame Muriel Gerkens, députée fédérale, a interpellé Monsieur Philippe Courard, Secrétaire d’Etat, à propos de la modification des tarifs fédéraux en ce domaine, considérant dans sa conclusion qu’une telle mesure était « anti-sociale, et un frein à l’accessibilité de la culture ».

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Arrière-pensée

L’exposition d’une collection privée belge au musée d’Ixelles ne se visite pas sans arrière-pensée : Bruxelles a perdu son Musée d’art moderne, fermé depuis février 2011. De nouveaux espaces avaient été aménagés pour les collections du XXe siècle des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique autour du grand puits de lumière de Roger Bastin en 1984. Pour moi, ce fut un pas décisif qui m’a ouvert les yeux sur l’art moderne.

Des travaux en cours dans ce bâtiment devrait émerger en mai prochain un Musée « Fin de siècle », dans l’esprit du Musée Magritte (ouvert à côté en juin 2009). La fin du XIXe siècle et son foisonnement artistique constituent une période richement représentée dans les collections des MRBAB. On se souvient de la belle exposition « Paris-Bruxelles / Bruxelles-Paris » en 1997 au Grand Palais à Paris puis au Musée des Beaux-Arts de Gand, qui avait montré les enjeux passionnants de cette époque de l’art.

Mais où verrons-nous, quand reverrons-nous les arts plastiques de 1914 à 2012 ? Combien de temps tout un siècle de création va-t-il demeurer dans l’ombre ? Aucun lieu n’a même encore été fixé. Le blog bilingue « Musée sans Musée /Museum zonder museum » suit l’actualité de ce scandale avec vigilance et inquiétude. Les Amis des Musées, les visiteurs bruxellois, belges et étrangers ne cessent de le réclamer : nous voulons revoir les collections publiques du XXe siècle, nous voulons un musée d’art moderne à Bruxelles.

Cliché 2012-12-17 15-31-48

Voir le texte complet et ses commentaires.

Textes et prétextes. Notes et lectures d’une Bruxelloise. 11/12/2012

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L’exposition Kubrick : une supercherie

L’exposition “prestigieuse“ de tirages récents de photos anciennes de Stanley Kubrick a fermé ses portes fin juin. Elle était présentée à l’étage – 4 du Musée d’art moderne des MRBAB en remplacement de  l’exposition du Surréalisme à Paris. Succès ou supercherie ? Succès d’une supercherie !

L’intérêt essentiel de cette exposition n’était nullement l’œuvre présentée, déjà vue à Paris et promise à d’autres lieux, d’autres capitales, comme tant d’autres machines,  mais la visite souterraine de ce qui fut le Musée d’Art moderne de Bruxelles.

Parcourant le dédale souterrain qui relie cette noble et défunte institution au Magritte Museum, – dédale que le directeur actuel Michel Draguet dans un moment de confidence spontanée, avouait vouloir étendre à tout le réseau underground du Mont des Arts -, mon cœur se serre: que reste-t-il de ce bâtiment sinistré tant décrié par son directeur ? Que reste-t-il de ce musée “Titanic“ pour employer un terme anniversaire ? Vais-je trouver ce bâtiment scindé en deux, envahi par les flots, ou des hordes [sauvages] d’anguilles? Une scénographie novatrice à la Schuiten va-t-elle me projeter au milieu d’un Nautilus de carton pâte pour prémétro, dans une glauque lumière sous-marine?

Je tâte les murs, non, il ne s’agit pas d’une visite virtuelle! Sur ma droite, je retrouve les diverses alcôves où trônaient quelques pièces de la collection évacuée, niches servant aujourd’hui de dépôt rudimentaire, agréablement plongées dans l’ombre, par respect pour Stanley, la mascotte bouche trou  actuelle de “l’art  photographique moderne“, intégration que le directeur des lieux réclamait à corps et cri, projet abouti donc.

Ce qui frappait dès l’abord était cette scénographie, certes sommaire, mais surtout obscure, qui consiste à plonger les lieux dans une délicate pénombre, telle que je l’avais traversée au sein du Magrittemuseum et du MAS à Anvers. Dans cette obscurité, seule votre ombre vient vous tenir compagnie, s’interposant même parfois entre vous et l’objet de votre curiosité… quel délicat suspens. La première surprise passée, je cherche des yeux la trace des  travaux herculéens qui ont provoqué la fermeture du lieu, inadapté, cela saute aux yeux, à toute tentative de réhabilitation ! Le sol est d’époque, certains détails d’usure ne trompent pas, l’orientation des cloisons est toujours la même. Ce qui surprend vraiment est la pénombre.

Roger Bastin a construit son bâtiment autour d’un puits de lumière, induisant une lumière indirecte, modulable: il n’en reste rien. C’était donc cela le grand challenge: occulter durablement le naufrage du lieu voulu par son directeur. Quelques marches plus bas, je suis au cœur de l’exposition et de la confirmation de la supercherie médiatique: rien n’a changé, le musée moderne est toujours bien là, les cloisons ont la même orientation, le plafond paraît d’origine, les prises électriques, les prises d’air ont peut-être subi une cure de jouvence mais si discrète…

L’intervention magistrale de notre grandiose scénographe consiste en l’occultation totale du lieu.

Je cherche des traces d’inadéquation, de faiblesse des structures, des infiltrations majeures: rien ne se manifeste. L’immersion est étonnante: de nombreux  visiteurs se promènent dans cet antre tant décrié: il a suffi de quelques affiches et d’un peu de battage médiatique pour [re]donner vie à cette épave bien cachée : sous les pavés, la plage:  pourquoi pas le musée?

Arguant d’affirmations de Michel Draguet, Paul Magnette avait déclaré :

“Le directeur général des MRBAB a jugé préférable de concentrer les moyens de mécénat et de sponsoring sur l’exposition « Jordaens et l’Antiquité » (12.10.12-27.01.13) et de présenter ce printemps (21.03.2012-01.07.2012) une exposition de photos du réalisateur Stanley Kubrick. Il s’agit de photos qui précèdent la carrière au cinéma du réalisateur dans une scénographie mettant aussi en valeur des pièces issues des collections des MRBAB.“ Cherchez bien, je n’ai rien trouvé de semblable.

Comme l’exposition des photographies de reportage de Kubrick couvre les années 1947 à 1952, il aurait été facile de faire un lien avec les Surréalistes et la scène parisienne, mais pour qui visite l’exposition, il vaut mieux tout oublier pour se laisser emporter par un accrochage d’images noir et blanc, retirées et encadrées au 21e siècle. Rien n’avertit les visiteurs de ce subterfuge. Rien n’explique non plus pourquoi certaines photographies sont présentées parfois dans de grands, parfois dans de plus petits formats.

Les thèmes suivaient certainement les commandes que Kubrick avait reçues de la revue new yorkaise Look, mais sans chronologie, sans référence aux autres thèmes non présentés, sans sens de lecture et surtout sans respect pour la « suite » d’un thème. A plusieurs reprises, une photographie est extirpée de son contexte et récupérée pour tenter d’illustrer un thème savamment concocté par les commissaires.

Pour faire passer le message que la photographie est décidément un médium non fiable, on ne pouvait rêver mieux. Cependant, si vous souhaitez monter une exposition avec ces merveilles, il vous suffit de passer commande au musée de la ville de New York, elles vous seront livrées, signées par le conservateur, dans les six semaines.

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Un musée de mille excuses ?

26/10/2011

D’autres images ? La chasse est ouverte !

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En 2022 (2)

En 2022, elle aura 63 ans. Elle sera retraitée; c’est du moins son souhait. Madame Brigitte est institutrice. Chaque année, elle mène – plus exactement, elle menait – sa classe au Musée d’art moderne. Elle le fait depuis 20 ans, depuis qu’un artiste, venu dans sa classe présenter son travail, a accompagné ses élèves au Musée, à la rencontre des oeuvres.

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En hommage

« Il est dans la nature humaine de s’engager par la culture dans ce que nous avons de plus humain. Mener des actions culturelles dont les acteurs restent propriétaires, qu’ils soient artistes professionnels ou citoyens créatifs ; des actions qui nous apprennent le monde, l’humain, avec ses côtés lumineux et ses sombres comportements ; des actions qui permettent l’acquisition des moyens d’expression, ouvrent des pistes de connaissances vers des moyens de se réaliser et mènent vers une prise de conscience réfléchie ou intuitive face au monde et aux folies des moins humains. « 

Marcel De Munnynck

La Lettre de Culture et Démocratie, n°57, 24 octobre 2011

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