Archives de Catégorie: Blogs qui en parlent

Les Trois Mousquetaires

Alors que l’été achève sa course, nous nous remémorons qu’en plein mois de juillet avait lieu au Palais Royal de Bruxelles la réception inaugurale de l’exposition estivale « Culture et Sciences au Palais ». On y trouvait tout ce que la politique scientifique fédérale belge compte d’importants. Belle réception au champagne, qui permit à tout un chacun de se jauger dans le regard des autres… en présence valorisante des membres de la famille royale.On y trouvait les directeurs des Etablissements scientifiques fédéraux, les représentants de l’administration, son président Philippe Mettens en tête, et divers spécialistes ou commissaires ayant pris part à la conception et à la réalisation de l’exposition, fort belle de surcroît.
Il fut particulièrement amusant de constater avec quelle fraternelle conviction trois compères, Magnette, Mettens et Draguet, se félicitèrent de la tournure qu’avait pris la fin de la fameuse « Saga du Cinquantenaire », clôturée, comme l’on sait, par l’annulation pure et simple de la procédure de sélection par le Ministre Magnette.

(…) 

Trois amis, donc, comme trois étoiles dans un même ciel, brillant au firmament de leur forfait administratif et légal… Car huit jours avant, le 10 juillet exactement, se signait entre le Ministre Magnette et l’administration de la Politique scientifique (c’est-à-dire Philippe Mettens) un contrat d’administration qui semble vouloir faire avaler une profonde mutation structurelle en un simple « contrat » d’objectifs… Nous voulons parler essentiellement de la fameuse théorie de fusion par pôles. (Consulter ce contrat)

Une dragée un peu grosse…
Le point 1.1, page 23 dudit contrat d’administration, intitulé « Implémentation de la fusion par pôles » affirme, tel un crédo, toute la nécessité et toute l’utilité de cette fusion. Cependant aucun document, aucune étude n’est citée en annexe pour en avérer la pertinence. Fondé donc sur une pétition de principe et lustré des termes « efficacité », « rationalisation », « pertinence sociétale », le contrat, en ce point précis, affirme que de nouvelles structures de gestion seront conçues en vue d’une meilleure qualité du service public (sic), « sans affecter l’indépendance de la recherche »(sic).

Le plus terrible est à lire à la fin dans l’encadré qui conclut « Notons que le comité de direction de Belspo a marqué son accord sur le principe de fusion par pôles en date du 12 octobre 2011 ». Pour toute personne qui assista à cette réunion, il est évident qu’il n’en fut rien. Il s’agit d’un point qui ne fut pas inscrit à l’ordre du jour et qui fut simplement discuté à l’emporte-pièce par le Président lui-même en toute fin de séance. Cette méthodologie de la décision collégiale qui consiste à aborder un point en séance en le supposant acquis par les membres présents (et silencieux) relève d’une tactique de concertation néo-castriste, très intéressante d’un point de vue de l’étude de moeurs dans nos administrations…

Mais où l’on s’étouffe littéralement d’étonnement, c’est à la lecture de l’agenda présidant à cette fusion: mise en place d’une structure transitoire (courant 2012) – rédaction des textes modificatifs par le Ministre (fin 2012) – approbation des textes par les Communautés et Régions et par les syndicats (fin 2013) – fusion effective des pôles (courant 2014).

Ce calendrier dénonce tout l’amateurisme de cette grande manoeuvre. Il est évidemment intenable. La dragée est un peu grosse…

Oublie-t-on qu’il y a entretemps des élections, communales, notamment, qui risquent de modifier quelque peu le paysage politique (Magnette à Charleroi, Mettens à Flobecq ?) Le 8 juin 2014, de probables élections fédérales (précédées de 6 mois de période suspecte au cours de laquelle aucune décision importante ne pourra être prise en conseil des Ministres) se tiendront qui pourraient remodeler le paysage des portefeuilles ministériels… Le gouvernement actuel, mis en place début 2012 tiendra-t-il jusque là ? Autant de questions et de rendez-vous dont semblent ne pas tenir compte les tenants de cet agenda administratif…

Si Mettens est à Flobecq (voir à ce sujet  l’interview d’un « honnête homme »), si Magnette est à Charleroi, et à supposer que ces déclarations soient suivies d’effet après le 14 octobre, il y aura au 1er décembre 2012 un nouveau ministre de la Politique scientifique et un président du SPP ad interim. La question est alors:  le « contrat d’administration » survivra-t-il à ces changements  ?

A entendre M. Mettens, c’est une excellente décision d’entendre le signal des Flobecquois pour mieux s’intéresser à la Politique, la seule, celle qui n’est en rien scientifique…

Un agenda intenable

Mais d’un point de vue politique, aucun observateur sérieux ne se permet de croire à un tel agenda, relevant de la naïveté d’un Président d’administration pressé de faire passer son plan, dans l’ignorance feinte de toute forme d’impondérables, dont chacun sait qu’il sont et seront encore légion dans le fil de l’histoire politique à court terme de Belgique. A moins que les rouages de la manipulation soient si finement huilés que même un agenda intenable rendra la chose possible ? On ne s’étonne plus de rien, en effet…

Une chose cependant laisse particulièrement songeur: au-delà de l’irrégularité de l’interim en cours actuellement (il n’a fait l’objet d’aucun arrêté royal et n’est pas limité dans le temps) c’est le fondement même du contrat d’administration implémentant de telles modifications qui est attaquable.

Qu’est-ce qu’un contrat d’administration ?

Un contrat d’administration est un acte administratif passé entre un Ministre en exercice et son administration (en la personne de son plus haut responsable) fixant les cadres de la mission, précisément, qu’assigne le ministre pendant la durée de son mandat à son administration. Il y va essentiellement des objectifs de la nouvelle orientation exécutive que le ministre fraîchement élu veut donner à son mandat.

Il va sans dire qu’un tel contrat d’administration ne peut, à lui seul, et sans la moindre concertation avec le gouvernement, remettre en cause les fondements structurels de l’administration elle-même ou des institutions dont elle a la charge. Par ailleurs, en l’occurence, la loi programme fixant l’existence même des dix établissements fédéraux, ne peut être modifiée dans sa structure même par un simple contrat d’administration ! Or, c’est précisément ce qui se prépare.

Un peu de droit

Une petite mise au point relative aux textes législatifs régissant les Etablissements scientifique s’impose.

1° Depuis 1993, la Constitution dispose dans son article 6bis: L’autorité fédérale est toutefois compétente pour :  …  4° les établissements scientifiques et culturels fédéraux (ESF), en ce compris les activités de recherche et de service public de ces derniers. Le Roi désigne ces établissements par arrêté délibéré en Conseil des ministres. L’avis conforme des Gouvernements de Communauté et de Région est requis pour toute modification ultérieure de cet arrêté ;

2° un A.R. du 30 octobre 1996 a désigné les dix ESF de la Politique scientifique ( de même que ceux relevant d’autres ministres) ;

3° ces dix E.S.F. ont été institués en service de l’Etat à gestion séparée (SEGS) par la loi programme du 24 décembre 2002 (art. 415).

Selon certains, l’avis conforme des communautés et régions prévu par la constitution n’est requis que si un E.S.F. supplémentaire était créé. Mais nous avons tendance à croire qu’il devrait en être de même en cas de suppression.

Il nous semble que les « brillants stratèges  » favorables au pôles ou autres coupoles préfèrent jouer sur un nouveau Service d’Etat à Gestion Séparée commun à deux (ou trois, avec l’IRPA ?) ESF, chacun d’eux gardant son appellation de l’A.R. de 1996. Dans ce montage, un seul SEGS pour deux (ou plus ?) ESF permet la désignation d’un seul Directeur Général, lequel est d’ores et déjà désigné par le politique: Michel Draguet. Nous oublions de dire qu’il y aura, bien sûr, à l’appui de cette désignation une longue et lourde procédure SELOR… impartiale et aboutie.

Il n’est pas sûr cependant que, si cette manoeuvre se réalisait, le Conseil d’Etat donnerait sa bénédiction à l’opération dans son avis préalable au dépôt du projet de loi.

En fait, le seul véritable verrou contrariant cette fusion en un pôle, sous l’appellation de SEGS pour deux ou trois ESF, résidera donc dans l’avis des Communautés et Régions qui pourraient contester la fusion en invoquant le fait qu’un Directeur Général pour deux ou trois ESF implique que l’un des deux ou des trois disparaisse, ce sur quoi ils n’auront pas été consultés. Même si à ce jour, il n’y a plus qu’un directeur ff au Cinquantenaire et un à l’IRPA, force est de constater que le seul directeur général en titre est à ce jour Michel Draguet, qu’il a déjà annoncé son désir de chapeauter le pôle, et qu’il a le soutient de l’adminsitration et du cabinet socialistes en place. Mais si ce Directeur général cumulard est francophone, le casus belli linguistique sera tout trouvé: pas de pondération linguistique, sauf à considérer que d’autres pôles sont à naître et que l’on rétablira l’équilibre plus tard… Bref, un bel imbroglio politique en perspective, sur fond de croisade communautaire…

En définitive, une chose est sûre, à en lire les déclaration de Michel Draguet dans la Libre Belgique de ces 8 et 9 septembre derniers, le choc de la fusion aura bien lieu, dans l’indifférence générale, avec pour ligne de mire la mise en force d’un seul homme, agissant sous la bénédiction (sous le pouvoir de convicition) de son supérieur hiérarchique, lequel a su, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, mettre de son côté le ministre en charge de la Politique scientifique.

Et si un de ces Trois Mousquetaires restait seul sur le carreau, après la dissolution des deux autres dans d’autres costumes politiques ? Il resterait peu de monde pour défendre ses prises de position…

Lire l’article complet.

Constantin Chariot, http://leblogdeconstantinchariot.blogspot.be, lundi 10 septembre 2012
Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Constantin Chariot (blog), Dans la Presse & les Media, Uncategorized

Il faut sauver les musées fédéraux et l’IRPA !

Le « big bang des musées », présenté comme le seul avenir possible le l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique), des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et de leurs musées affiliés, ne me semble tenir aucun compte de trois réalités pourtant bien présentes, pour ne pas dire prégnantes en Belgique : la crise financière et sociale, la politique belge, ainsi que le « Livre blanc des musées ».

La crise financière est à elle seule le facteur déterminant qui me paraît vouer à l’échec le bouleversement annoncé. Tous les musées du monde (y compris notre voisin Le Louvre) doivent réduire leurs effectifs, leurs budgets (dotation et mécénat) et donc leurs capacités d’action (entretien courant, expositions temporaires et projets divers).
La Belgique serait-elle un havre particulier et unique pour les musées qui permettrait d’espérer rapidement autant d’argent ? Il n’y en a plus dans aucun pays pour ce type de méga projet (partant dans tous les sens qui plus est) et ce pour très longtemps. Il suffit pour s’en convaincre de penser simplement aux nombreux arrêts de projets (généralement bien préparés) tous récents en France et aux multiples problèmes aux Etats-Unis. Ceci pour ne citer que deux exemples de pays à la politique muséale dynamique et aux systèmes de financement très différents, et souvent cités en exemples.Les observateurs de tous bords voient, avec consternation, dans les tergiversations, vieilles à présent de presque dix ans, la seconde réalité bien présente, pesante, pour ne pas dire immobilisante : la gestion courante de ces musées est paralysée et démotivante depuis des années. Les questions culturelles n’intéressent pas le monde politique belge, c’est un fait démontré. Il n’a pas compris le formidable parti de promotion touristique que constitue les musées, le patrimoine et donc de croissance de l’emploi et des revenus dans ce secteur, ainsi que parmi les sous-traitants (1000 milliards de dollars en 2011 dans le monde). Je passe naturellement sous silence les formidables progrès potentiels en matière de muséologie et de recherche dans chacun des domaines scientifiques concernés. Non seulement je serais totalement incompréhensible, mais on ne m’entendrait pas et le doute serait jeté sur le sérieux des propos que j’avance dans cet article.Dernier point, on oublie totalement dans cette « euphorie » que Le Livre Blanc, publié en 2002, est resté lettre morte. Il était pourtant sensé résoudre tous les problèmes par une modernisation des structures dirigeantes, une définition claire des objectifs et un financement adaptés. En réalité, rien n’a changé, si ce n’est la mise en place progressive d’un seul et même directeur pour ces trois institutions. Ce « Livre Blanc » est la démonstration qu’aucun rêve du type annoncé ne pourra jamais prendre corps, si ce n’est celui très personnel qui se profile.Il faut être réaliste, l’avenir de ces trois institutions ne passe pas par la création de nouveaux musées qui ressemble davantage au démantèlement de ceux qui existent. Quelque prétexte que l’on avance, ce démantèlement ne se fera qu’au prix d’une mainmise du privé et de la relégation de toute collection ne pouvant être transformée en produit vendable sous une étiquette bien accrocheuse (Musée Magritte, Musée fin de siècle, etc…).
L’avenir ne passe pas davantage par le passé, mais par une volonté de rendre à ces institutions les moyens d’être gérées d’une façon actuelle, moderne et dynamique. Les différences de fonctionnement, de culture, de constitution ou de collections n’empêchent pas des musées distants de plusieurs milliers de kilomètres de travailler main dans la main. Pourquoi ne serait-ce pas possible avec trois maisons situées au cœur même de la capitale de l’Europe, qui en outre se connaissent très bien institutionnellement, mais également humainement par des liens professionnels et amicaux ?
(…) 
Les synergies à développer entre les trois institutions sont nombreuses et permettent parfaitement de les gérer et les développer, avec leur propre direction, sans imaginer une restructuration/déstructuration vouée à l’échec pour les trois raisons fondamentales évoquées plus haut.C’est pourquoi les projets scientifiques, culturels et commerciaux doivent être élaborés dans chacune des institutions dans un esprit de communauté d’action.(…) Mais rien ne se fera bien et rapidement si les trois institutions ne peuvent maîtriser la maintenance et la rénovation des espaces et s’affranchir de la Régie des Bâtiments, quitte à créer une Maîtrise d’ouvrage commune, indépendante, et financée, qui pourra ensuite vendre son savoir faire. En outre, les travaux doivent se faire sans fermeture de pans entiers des musées pour ne pas casser la dynamique touristique. Un touriste perdu, compte tenu des innombrables sollicitations dont il est l’objet, ne sera que très difficilement retrouvé, et ce au prix d’une promotion dont je crains que les moyens ne soient jamais accordés par les instances de tutelle.

(…) 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais une réelle attention portée à ces quelques pistes permettrait une sortie du blocage et une gestion non seulement moderne, mais courante et comparable aux pratiques professionnelles internationales. Il s’agit en résumé de construire un projet autour des œuvres et des institutions existantes, à la mesure des moyens financiers et de la considération politique. J’ai bien conscience qu’il peut sembler simpliste de rappeler ces principes de base de la gestion des musées. Je suis cependant convaincu qu’ils sont le rocher sur lequel tout autre projet pourra être bâti, lorsque les musées auront à nouveau atteint un fonctionnement comparable aux institutions étrangères de même niveau et retrouvé le haut degré de reconnaissance international qui était le leur.

Enfin, le véritable « big bang » serait, outre les œuvres, de mettre l’homme au cœur du développement des musées, par les engagements nécessaires et attendus à tous les niveaux, et par une mise en place d’une politique RH qui pourrait être un modèle pour la fonction publique et le privé. Chacun sait que le respect de l’équilibre entre actionnaire/tutelle, travailleur et produit/service est le gage d’une entreprise/administration de qualité et performante. L’homme au cœur de toutes les composantes de l’outil de travail, voilà la véritable révolution ! Les trois institutions en question, comme toutes les entreprises ou administrations en ont grand besoin, mais ici peut-être plus qu’ailleurs.

Une grande ambition pour ces trois institutions est indispensable, c’est indéniable. Mais elle doit être soutenue politiquement et financièrement. Le rêve est également indispensable, mais un de ces rêves dont il reste en se réveillant une impression de réalité, pour ne pas dire de réalisme, d’autant plus qu’il s’agit d’institutions dépendantes d’un contexte politique fort.

Lire l’article complet.

Gérard de Wallens, http://gerarddewallens.blogspot.fr/, VENDREDI 14 SEPTEMBRE 2012

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Dans la Presse & les Media, Gérard de Wallens (blog), Uncategorized

Plaidoyer en faveur des musées fédéraux belges

 » Denis Coekelberghs, excellent historien belge de l’art, vient de publier sur le site de la Tribune de l’Art un très pertinent « Plaidoyer en faveur des collections de sculpture baroque et néo-classique des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles ». Il élargit le sujet avec beaucoup d’à propos à la« gestion » des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique et plus largement encore aux menaces sur l’avenir des musées fédéraux belges.

Puisse-t-il être entendu rapidement ! Il y a malheureusement peu d’espoir tant que l’on confondra musées et industrie touristique, œuvres et produits commerciaux, professionnels et technocrates convaincus par cette curieuse compréhension des missions et du fonctionnement des musées. Reconnaissons à leur décharge que cette mode n’est malheureusement pas uniquement belge et fait des dégâts dans bien des musées du monde. (…)

C’est une conviction personnelle que l’avenir des musées en général, et belges en particulier, s’éclaircira lorsque conservateurs, universitaires et historiens de l’art seront parvenus à faire comprendre qu’un musée se gère aujourd’hui comme une entreprise, sans être une entreprise, et que le véritable défi est là. Les gains de productivité, les économies, une vision contemporaine de l’organisation structurelle sont réellement possibles et gages d’une saine gestion des musées, tout en mettant les œuvres et l’ensemble du personnel au cœur du projet scientifique, culturel et de valorisation des collections (le business plan cher à d’autres sphères). Encore ne faut-il pas tout confondre, comme on l’observe de plus en plus souvent, et tout sacrifier au dieu rentabilité. La  « rentabilité » d’un musée ne se mesure pas uniquement, dans l’institution même, « en retour sur l’investissement » consenti. Elle est en effet bien sensible dans les entreprises que les musées font vivre directement ou indirectement et notamment sur l’emploi de l’industrie touristico-culturelle.

En outre, toutes les villes qui ont réussi la modernisation de leurs musées ont connu un développement parallèle du tourisme et par conséquence immédiate de l’ensemble de l’économie locale et parfois régionale (Berlin, Bilbao, Nantes, pour ne citer que trois villes). Sans oublier les « retours » bénéfiques en termes d’image de ville dynamique. Par ailleurs, une étude française, publiée voici quelques années, a démontré qu’en France, un emploi public générait quinze emplois privés. Pourquoi ne serait-ce pas à peu près la même chose en Belgique ?

Enfin, la rentabilité la moins mesurable, mais certainement aussi porteuse est ailleurs. Comment en effet rendre compte de l’impact de l’art, de la culture en général, sur le développement personnel ? Chacun sait qu’il est immense en termes d’éveil au beau, à la sensibilité, de compréhension de soi, de libération d’émotions (souvent créatrices), de stimulation sensorielle et cérébrale, de recherche spirituelle et intellectuelle, d’ouverture d’esprit. Bref de tout ce qui fait qu’un être humain se développe harmonieusement, cherche à se dépasser, crée les conditions d’une vie en société toujours plus harmonieuse, moins violente, moins matérialiste, moins individualiste ; fait rayonner sa famille, son entreprise, sa ville, son pays. Utopie ? Recherchez les exemples autours de vous ou dans l’histoire et vous en viendrez à la même conclusion.

Il ne faut pas hésiter à franchir un pas dans cette réflexion, qui devrait rassurer les plus matérialistes, en affirmant qu’un touriste bien accueilli conserve un souvenir fort, souvent indélébile, de son court séjour. Cette qualité recherchée à toutes les étapes de son voyage le fera invariablement revenir vers son pays d’accueil, lorsqu’il souhaitera développer un projet scientifique, commercial, industriel ou touristique. (…)

La Belgique dispose d’atouts majeurs en matière de patrimoine, les musées fédéraux en particulier. Leur survie est au prix de la compréhension de ce qui précède. Ne les sacrifions pas au nom de phénomènes de mode, de questions politiques ou linguistiques que personne ne comprend au-delà des frontières (quelqu’un les comprend-il réellement à Bruxelles intramuros ?), mais dont tous les autres concurrents profitent pour se développer et croître tranquillement. Le monde des musées est en effet formidablement concurrentiel et l’inertie belge est une aubaine pour bien des musées étrangers.

Ce n’est pas un musée universel, ni un méga musée qu’il faut faire en réunissant autant d’institutions bruxelloises sous une même et unique direction qui relève davantage du rêve que de la réalité. La rationalisation annoncée ne sera jamais atteinte de cette façon. Les projets que l’on a pu lire dans la presse ou sur internet font davantage penser au phénomène de mode et donc au sacrifice d’une partie des collections, missions et recherches. Il faudra au mieux dix ans pour y parvenir d’une façon incertaine, à condition d’obtenir les moyens financiers dès le budget 2013, tant les cultures, les moyens et les motivations sont différents. Son caractère multi-sites ne favorise pas davantage un développement harmonieux, ni une marque aisément identifiable. En outre, l’appareil technico-administratif entrera, à mesure de son développement, inévitablement en conflit avec le sens même du musée, sera l’occasion de multiples freins et de nouvelles dissensions. C’est au contraire en restaurant la capacité d’action des musées existants, en créant un réseau efficace, en trouvant toutes les synergies utiles entre eux que l’on pourra retrouver la visibilité internationale des collections (totalement perdue) et valoriser la compétence du personnel qui se dévoue à sa conservation. En outre, plus on attend, plus la pente sera longue à remonter aussi bien du point de vue muséal, scientifique que touristique. Il y a urgence, là également.

Il reste à trouver les directeurs capables d’insuffler le souffle nécessaire, ce qui ne devrait pas être impossible si l’on range les questions politiques, individuelles et autres errements. Mais il est plus que temps de les nommer ; certains sont à la retraite depuis des années et leur remplaçantad interim également !

La seule voie est de « faire avec » l’existant, pour reprendre une expression bien belge, en termes de budget, de personnel et de bâtiments. Les moyens financiers seront toujours attendus (pensons simplement au Livre blanc mort-né en 2002), les questions politico-linguistiques toujours plus présentes parmi un personnel politique peu attiré par les enjeux culturels. Inutile donc de rêver à la construction ex nihilo d’un nouveau musée d’art contemporain avant que les musées existants aient les moyens de vivre et de retrouver leur place internationale perdue. Corollaire immédiat, il faut que l’aile contemporaine des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles rouvre ses portes sans délai et que cette malencontreuse prise d’otages cesse. Elle passe à l’étranger pour une maladroite manœuvre politique. Bruxelles, capitale du Royaume et de l’Europe, ne peut rester plus longtemps sans un musée d’art contemporain.

Un musée n’existe pas sans œuvres ; les œuvres sans personnel scientifique, technique et administratif compétent ; le public sans un véritable projet scientifique et culturel. Un musée n’existe pas si son projet est bâti sur un effet de mode, même si la structure administrative et technique est la plus performante que l’on puisse rêver. C’est dans ce domaine un axiome aussi solidement démontré que celui d’Euclide.

Les musées ne sont pas un luxe, ils sont de première nécessité, pourrait-on dire en paraphrasant la belle formule d’Edgar Degas à propos de la culture. Ils sont les racines de nos vies et comme chacun sait : pas d’arbres sans racines, ni de sociétés équilibrées sans culture, ni musées. »

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Dans la Presse & les Media, Gérard de Wallens (blog), Uncategorized