« On a fait une erreur de fermer le musée d’art moderne »

Aujourd’hui encore des collectionneurs belges ont des trésors qui risquent de disparaître ailleurs comme le fit la collection Urvater. Il manque des dispositions fiscales pour susciter la donation ou la dation d’œuvres à nos musées incapables de payer encore les œuvres qu’ont ces collectionneurs. Mais l’absence d’un musée d’art moderne et contemporain à Bruxelles joue aussi négativement. Fermé il y a trois ans par le directeur, Michel Draguet, pour y installer le musée Fin de siècle (ouverture le 5-12), son absence n’incitera pas, si elle se prolonge, les dons des collectionneurs. Philippe Robert-Jones, qui fut un ami de Bertie Urvater et dirigea longtemps le musée des Beaux-Arts de Bruxelles, en est très triste :« Je suis un ami de Michel Draguet et je l’ai en quelque sorte formé, mais je regrette sa décision de fermer le musée pour lequel je m’étais battu vingt ans. Il a agi, je crois, dans la précipitation et l’enthousiasme pour de nouvelles idées. Il a peut-être espéré susciter une telle réaction qu’on déciderait vite d’une autre implantation. Mais cela me rend d’autant plus triste que d’autres solutions étaient possibles. Il y a de vastes espaces dans les extensions du musée d’art ancien, qui restent vides, faute d’être désamiantées par la Régie des bâtiments. On aurait pu y placer la Collection Gillion Crowet et faire là les travaux nécessaires, gardant le musée d’art moderne dans l’espace imaginé par Roger Bastin. »

 

La liste est longue des grandes collections privées belges que l’Etat et ses institutions n’ont pas su garder : celle de Fernand Graindorge (1903-1985), que Liège refusa (comme elle refusa, ces dernières années, celle de l’architecte Charles Vandenhove), celle donc du diamantaire Bertie Urvater, celles du tailleur Gustave Van Geluwe, de Philippe Dotremont, Tony Herbert, Pierre Jeanlet, etc. Et la liste n’est pas close puisqu’Herman Daled vient de vendre la sienne au MoMA, n’ayant rencontré quasi aucun intérêt officiel en Belgique. Et on ne sait encore ce que deviendront demain les collections Anton Herbert, Matthys, Ullens, Van Moerkerke ou Vanhaerens, par exemple.

Joost Declercq, le directeur du musée Dhondt-Dhaenens, qui connaît bien les collections privées, pense qu’il ne s’agit pas vraiment d’une question d’argent et de budget, même s’il reconnaît que l’avenir des grandes collections d’art contemporain (Van Moerkerke, Vanhaerens, etc.) est encore plus problématique car l’art actuel a atteint des prix mirobolants. Pour lui, c’est avant tout une question psychologique. « Il y a depuis toujours, explique-t-il, une méfiance qui règne entre les pouvoirs publics, les politiques et, d’autre part, les collectionneurs privés. Ils n’ont pas confiance les uns dans les autres. Si on veut que tout ce patrimoine reste dans le pays, il faudra bien que les institutions publiques et les privés se parlent. On sait que l’Etat n’a plus l’argent pour acheter toutes ces œuvres. Si on veut qu’elles arrivent quand même dans nos musées, il faut aménager la fiscalité et favoriser la donation et le mécénat. Tant qu’il n’y aura pas une fiscalité plus favorable à ces transferts, ces collections seront dispersées . »

Guy Duplat, La Libre, 21 novembre 2013

« On a fait une erreur de fermer le musée d’art moderne ».

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