L’exposition Kubrick : une supercherie

L’exposition “prestigieuse“ de tirages récents de photos anciennes de Stanley Kubrick a fermé ses portes fin juin. Elle était présentée à l’étage – 4 du Musée d’art moderne des MRBAB en remplacement de  l’exposition du Surréalisme à Paris. Succès ou supercherie ? Succès d’une supercherie !

L’intérêt essentiel de cette exposition n’était nullement l’œuvre présentée, déjà vue à Paris et promise à d’autres lieux, d’autres capitales, comme tant d’autres machines,  mais la visite souterraine de ce qui fut le Musée d’Art moderne de Bruxelles.

Parcourant le dédale souterrain qui relie cette noble et défunte institution au Magritte Museum, – dédale que le directeur actuel Michel Draguet dans un moment de confidence spontanée, avouait vouloir étendre à tout le réseau underground du Mont des Arts -, mon cœur se serre: que reste-t-il de ce bâtiment sinistré tant décrié par son directeur ? Que reste-t-il de ce musée “Titanic“ pour employer un terme anniversaire ? Vais-je trouver ce bâtiment scindé en deux, envahi par les flots, ou des hordes [sauvages] d’anguilles? Une scénographie novatrice à la Schuiten va-t-elle me projeter au milieu d’un Nautilus de carton pâte pour prémétro, dans une glauque lumière sous-marine?

Je tâte les murs, non, il ne s’agit pas d’une visite virtuelle! Sur ma droite, je retrouve les diverses alcôves où trônaient quelques pièces de la collection évacuée, niches servant aujourd’hui de dépôt rudimentaire, agréablement plongées dans l’ombre, par respect pour Stanley, la mascotte bouche trou  actuelle de “l’art  photographique moderne“, intégration que le directeur des lieux réclamait à corps et cri, projet abouti donc.

Ce qui frappait dès l’abord était cette scénographie, certes sommaire, mais surtout obscure, qui consiste à plonger les lieux dans une délicate pénombre, telle que je l’avais traversée au sein du Magrittemuseum et du MAS à Anvers. Dans cette obscurité, seule votre ombre vient vous tenir compagnie, s’interposant même parfois entre vous et l’objet de votre curiosité… quel délicat suspens. La première surprise passée, je cherche des yeux la trace des  travaux herculéens qui ont provoqué la fermeture du lieu, inadapté, cela saute aux yeux, à toute tentative de réhabilitation ! Le sol est d’époque, certains détails d’usure ne trompent pas, l’orientation des cloisons est toujours la même. Ce qui surprend vraiment est la pénombre.

Roger Bastin a construit son bâtiment autour d’un puits de lumière, induisant une lumière indirecte, modulable: il n’en reste rien. C’était donc cela le grand challenge: occulter durablement le naufrage du lieu voulu par son directeur. Quelques marches plus bas, je suis au cœur de l’exposition et de la confirmation de la supercherie médiatique: rien n’a changé, le musée moderne est toujours bien là, les cloisons ont la même orientation, le plafond paraît d’origine, les prises électriques, les prises d’air ont peut-être subi une cure de jouvence mais si discrète…

L’intervention magistrale de notre grandiose scénographe consiste en l’occultation totale du lieu.

Je cherche des traces d’inadéquation, de faiblesse des structures, des infiltrations majeures: rien ne se manifeste. L’immersion est étonnante: de nombreux  visiteurs se promènent dans cet antre tant décrié: il a suffi de quelques affiches et d’un peu de battage médiatique pour [re]donner vie à cette épave bien cachée : sous les pavés, la plage:  pourquoi pas le musée?

Arguant d’affirmations de Michel Draguet, Paul Magnette avait déclaré :

“Le directeur général des MRBAB a jugé préférable de concentrer les moyens de mécénat et de sponsoring sur l’exposition « Jordaens et l’Antiquité » (12.10.12-27.01.13) et de présenter ce printemps (21.03.2012-01.07.2012) une exposition de photos du réalisateur Stanley Kubrick. Il s’agit de photos qui précèdent la carrière au cinéma du réalisateur dans une scénographie mettant aussi en valeur des pièces issues des collections des MRBAB.“ Cherchez bien, je n’ai rien trouvé de semblable.

Comme l’exposition des photographies de reportage de Kubrick couvre les années 1947 à 1952, il aurait été facile de faire un lien avec les Surréalistes et la scène parisienne, mais pour qui visite l’exposition, il vaut mieux tout oublier pour se laisser emporter par un accrochage d’images noir et blanc, retirées et encadrées au 21e siècle. Rien n’avertit les visiteurs de ce subterfuge. Rien n’explique non plus pourquoi certaines photographies sont présentées parfois dans de grands, parfois dans de plus petits formats.

Les thèmes suivaient certainement les commandes que Kubrick avait reçues de la revue new yorkaise Look, mais sans chronologie, sans référence aux autres thèmes non présentés, sans sens de lecture et surtout sans respect pour la « suite » d’un thème. A plusieurs reprises, une photographie est extirpée de son contexte et récupérée pour tenter d’illustrer un thème savamment concocté par les commissaires.

Pour faire passer le message que la photographie est décidément un médium non fiable, on ne pouvait rêver mieux. Cependant, si vous souhaitez monter une exposition avec ces merveilles, il vous suffit de passer commande au musée de la ville de New York, elles vous seront livrées, signées par le conservateur, dans les six semaines.

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