Bruxelles, un an sans art moderne

Le ministre Magnette espère une solution temporaire à la fermeture du musée avant la fin de son mandat.

Ils étaient près de 200, artistes, professeurs et étudiants en art, conservateurs, et simples amateurs à braver le froid sur les marches du Musée des Beaux-arts de Bruxelles. Arborant des brassards verts, ils ont déployé une banderole reprenant le nom de tous les artistes dont (au moins) une oeuvre dort, à l’abri des regards, dans les réserves du musée. Initiée par la plateforme citoyenne « musée sans musée », cette manifestation visait à célébrer le premier anniversaire de la disparition du Musée d’Art moderne de Bruxelles.

Cela fait, en effet, un an que ce musée a fermé ses portes. Michel Draguet, directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts et directeur ad interim (et candidat à ce poste à titre définitif) des Musées royaux d’Art et d’Histoire (Cinquantenaire) souhaite transformer ce lieu en un musée « Fin de siècle » qui tournerait autour des mouvements artistiques des XXeme et de la Libre Esthétique avec des oeuvres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle auxquelles s’ajouterait la dation Art nouveau Gillion Crowet. Pour le reste des collections, Rien n’est prévu à l’heure actuelle si ce n’est une exposition temporaire et minimaliste sous le thème « Les choix des conservateurs » dans un espace plutôt restreint.

Ce genre de manifestation se déroule tous les mercredis depuis un an. Aujourd’hui, la plateforme citoyenne élargit son propos au Musée d’art ancien craignant de le voir subir le même sort. « Petit à petit on enlève des oeuvres et on ferme des salles, explique Bernadette De Visscher, historienne de l’art qui a travaillé au Musée. Un professeur de Sint Lukas m’a dit qu’elle n’y envoyait plus ses élèves parce qu’il n’y a plus rien à voir« .

Marketing culturel

Fort du succès du Musée Magritte (500.000 visiteurs par an) Michel Draguet semble privilégier la piste de musées spécialisés ou thématiques plus aptes à attirer les visiteurs. Les activistes s’inquiètent d’ailleurs de cette forme de marketing culturel qui donne priorité à des thématiques au détriment de l’aspect pédagogique indispensable de l’institution muséale. Dans le projet de Michel Draguet, à côté du Musée Magritte, un musée Fin de siècle verrait le jour fin 2012, puis un musée d’art flamand à partir des collections du Cinquantenaire et du Musée d’Art Ancien et enfin un musée d’Art moderne. Le tout dans une synergie susceptible de créer un véritable « pôle art » à Bruxelles.

Reste à savoir où implanter (définitivement) ce nouveau musée d’art moderne. Draguet travaille avec Mc Kinsey, dit-il, sur trois pistes: un musée construit dans une ancienne brasserie le long du canal – les travaux pour transformer les anciennes brasseries Belle-Vue en hôtel bon marché viennent de commencer -, un musée (ainsi qu’un centre commercial et une salle de spectacle) sur le site du Heyzel, et un musée construit sur la trémie du Cinquantenaire.
Quelle que soit l’option retenue, ce nouveau musée ne verrait pas le jour avant 10 à 15 ans. Un laps de temps pendant lequel des pans entiers de la culture artistique belge ne pourront pas être ni étudiée ni révélée au public, privant dans le même temps la capitale de l’Europe d’un rayonnement qui avait fait, à une époque, une part de sa réputation.

Parmi les pistes de solution temporaire, figure le Dexia Art Center (les anciens magasins Vanderborght, rue de l’Écuyer), dont la ville de Bruxelles a repris le bail emphytéotique pour 2 millions d’euros depuis le rachat de Dexia Banque Belgium par l’État, et la Bourse dont le bail a également été repris par la ville (pour 4,7 millions).
Mais le bourgmestre Freddy Thielemens a déclaré en Conseil communal que cette dernière option n’est pas retenue. Ce qui fait craindre à Marie Nagy, conseillère communale Ecolo que « la ville imagine un projet pseudo-culturel juste pour remplir ces espaces alors que la ville a adopté, il y a un an, une motion demandant la réalisation d’un projet concret ».

Les responsables du collectif « musée sans musée » ont remis une pétition réclamant « le redéploiement permanent, dès 2012 et quelles que soient les options futures, des collections du XXe et du XXIe siècle et un large débat avec les partenaires concernés » au représentant du directeur des musées et au ministre fédéral de la Politique scientifique, Paul Magnette, qui a la tutelle sur le musée.

Selon le cabinet du ministre Magnette, ce dernier a dit clairement qu’il souhaite que les collections soient accessibles au public dans les meilleurs délais. Il a déjà visité différents lieux existants – sans plus de précisions de la part du cabinet -, relevant soit du public, soit du privé. Aucun choix n’a été arrêté et le ministre poursuit son travail de prospection. Une fois qu’une décision sera prise, il faudra compter du temps pour réaliser les aménagements nécessaires mais Paul Magnette compte trouver un hébergement (provisoire) pour les collections avant la fin de son mandat.

Didier Béclard, L’Echo, 02 février 2012

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