Musée d’art moderne, an 1

Il y a un an que la collection XXme et XXIme siècles est presque totalement inaccessible aux publics des Musées royaux des beaux-arts de Belgique.

Une année durant laquelle nombre de projets ont été évoqués sans qu’aucun n’ait pu, à ce jour, trouver un niveau de concrétisation sérieux. Une année durant laquelle le mouvement de protestation connu désormais sous le vocable ‘museesansmusee’ et ‘museumzondermuseum’ s’est exprimé, investissant le Hall du Musée, rue de la Régence, chaque premier mercredi du mois. Un mouvement d’abord contenu à quelques artistes et enseignants, aujourd’hui rejoint par de nombreux citoyens, artistes encore, enseignants du supérieur pédagogique, politiques, étudiants et jeunes, tous les publics de cette institution, alarmés à raison par l’enfermement dans les réserves, sine die, d’une collection de grande qualité.

L’échantillon dérisoire, présenté sous le label “Choix des conservateurs” atteste à lui seul de la perte subie par ceux qui aiment, et ce Musée, et cette collection.

Certes, un projet de musée d’art moderne et contemporain est une magnifique idée pour Bruxelles. Mais si cette aventure se concrétisait, elle le ferait à l’horizon 2025, au mieux. Combien de générations de jeunes, d’ici à 2025 ou 2030, qui n’auront d’autre choix que de prendre des trains vers les musées vivants et passionnants de Wallonie et de Flandre, ou les galeries, ou les centres privés d’art actuel qui se multiplient, pour fréquenter les artistes d’aujourd’hui ?

Culture et Démocratie situe ce dossier là où il se trouve : du côté de l’accès à un patrimoine symbolique, artistique et commun, et du côté de l’obligation qui est faite à une institution muséale de donner accès à tous ses publics, matériellement et cognitivement, à la part la plus large de ses collections. Il lui appartient de déployer avec toute son expertise, un dispositif qui permette à chacun d’appréhender avec plaisir, intérêt, et à son niveau, la richesse de la création en Belgique.

En attendant d’éventuels et hypothétiques lieux nouveaux, les espaces des Musées royaux des Beaux-Arts nous semblent suffisamment vastes pour permettre, même temporairement, une présentation large, exigeante et attrayante des collections du XXème et du XXIème siècle.
Nous plaidons sans désemparer pour un enseignement “en culture” et, à ce titre, la présence importante d’étudiants et d’enseignants dans l’actuel mouvement de protestation nous réjouit.

Nous demandons depuis un an le redéploiement à très bref délai de la collection d’art moderne dans les lieux dont elle est aujourd’hui soustraite. Nous demandons que les grands arbitrages en matière de politique culturelle fassent l’objet d’un débat large et démocratique. Sans nier les contraintes financières auxquelles sont confrontées les institutions culturelles, nous demandons qu’au cœur des politiques muséales, un équilibre réel soit préservé entre le bien commun culturel et artistique qui suppose l’exigence et l’aval excessivement donné à des stratégies qui privilégient la dimension économique et touristique de la culture. Nombre de musées belges et européens y réussissent…

Sabine de Ville, La Lettre de Culture et Démocratie, n°59, 31/1/2012

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