Albert Frère veut un musée

Le rêve d’Alain Courtois d’un nouveau musée d’art contemporain à Bruxelles s’ébauche. Plusieurs grands noms du business siégeraient, à titre personnel, dans un comité d’accompagnement.

Nous avons déjà parlé à de multiples reprises du projet, du rêve ambitieux, d’Alain Courtois, sénateur MR, de construire à Bruxelles un musée d’Art moderne et contemporain, avec un bâtiment neuf dû à un grand architecte, un geste architectural qui pourrait grandement contribuer au rayonnement de Bruxelles.

« Le Soir « y revenait mardi, sans apporter d’éléments neufs, sauf – et c’est important – la liste des personnalités du business qui auraient accepté d’accompagner le projet, à titre personnel, sans autre engagement que leur nom et leur crédibilité d’hommes d’affaires. Alain Courtois et Philippe Delusinne (le boss de RTL Belgique, qui présidera ce comité d’accompagnement) nous avaient déjà donné cette liste mais sans qu’elle soit encore confirmée. M.Delusinne, réagissant ce mercredi, parlait encore d’« informations totalement prématurées » et Alain Courtois « d’informations qui m’ennuient ». Mais maintenant que les noms sont dévoilés (sous réserve qu’ils y soient bien), citons-les : on y trouve avant tout Albert Frère, une présence importante car l’homme d’affaires n’apparaît que rarement dans ce type d’opérations de mécénat. Pour le reste, on y trouverait Luc Bertrand (Ackerman&Van Haren), Baudouin Michiels (Unibra), Georges Jacobs (Delhaize), Thomas Leysen (ces deux derniers n’ont pas encore confirmé). On citait aussi, en plus, le baron Paul Buysse (Bekaert) et Jean Stéphenne (Glaxo Smith Kline). Une première réunion présidée par Philippe Delusinne est prévue le 14 septembre, une réunion à laquelle se joindront les trois personnes directement concernées : Michel Draguet, directeur du Musée des Beaux-Arts, Philippe Mettens, président de la Politique scientifique, et Philippe Close, échevin à Bruxelles ville.

Rappelons les grandes lignes de ce qui est encore un beau projet, mais très hypothétique. Tout est parti de la fermeture surprise et sine die du musée d’Art moderne, qui sera remplacé à l’automne 2012 par un « Musée fin de siècle ». Michel Draguet explique maintenant que, de toute manière, il aurait dû fermer « ce musée enterré » de l’architecte Roger Bastin, « peu adéquat pour l’art actuel« . Le projet d’Alain Courtois, l’homme de la candidature belge au Mondial de football, est venu opportunément « booster » l’idée de construire alors un nouveau musée d’Art moderne et contemporain, comme il en existe dans toutes les grandes capitales, mais pas à Bruxelles.

Alain Courtois a lancé d’abord l’idée d’un « Guggenheim à Bruxelles » pour y attirer des visiteurs et accroître son statut de capitale de l’Europe. La ministre Laruelle, le directeur de l’administration (Philippe Mettens) et Michel Draguet ont suivi son initiative avec sympathie, même si celle-ci, dans le meilleur des cas, ne verrait le jour que dans dix ans au plus tôt. Alain Courtois a mis sur pied un « groupe opérationnel » (avec Michel Draguet, Philippe Mettens et Philippe Close) et a lancé, en juin, un « comité de patronage » avec cette brochette de très grands industriels belges qui viendraient à titre personnel comme soutiens au projet. Car ce musée, équivalent du centre Pompidou de Metz ou du Louvre à Lens, devrait être entièrement financé par le privé (sponsors, mécènes). Ce comité permettrait aussi de donner plus de crédit à ce qui n’est encore qu’une idée.

Un tel musée aurait une superficie de 10000 m2, coûterait 65 à 70 millions d’euros et dépendrait des musées fédéraux. Il serait, statutairement, une annexe des musées royaux des Beaux-Arts (comme le musée Magritte), accueillant ses collections d’art moderne et contemporain « et, sans doute, des collections venues de collectionneurs privés et publics (Dexia ?) qui ont déjà marqué leur intérêt ».

Entretemps, Alain Courtois et son petit groupe ont déjà recherché un lieu d’implantation. Ils ont passé tout en revue, depuis le siège de Fortis, à côté de Bozar, jusqu’à celui de la CGER, rue Fossé aux loups, ou Tours&Taxis. Le lieu le plus beau, le plus fou, serait dans le parc du Cinquantenaire, sur une grande dalle qui serait placée sur la trémie (l’autoroute urbaine) qui troue le parc. Mais la dalle représenterait un surcoût de 15 millions d’euros. Mais là, le musée serait, en plus, au cœur du quartier européen. La ville de Bruxelles propose plutôt le Heysel, sur un site en voie complète de rénovation. Un autre lieu possible serait au boulevard Pacheco, à côté de l’immeuble Dexia et du Passage 44, en face de l’ex-Cité administrative rénovée.

Pour M.Courtois, il faut d’abord trouver ce terrain, qui serait cédé au musée par un bail emphytéotique. Le lieu déterminé, la structure juridique fixée (le musée resterait de la compétence fédérale même s’il s’autofinancerait entièrement), la base des collections fixée, un comité de patronage institué, M.Courtois confierait alors le projet à un grand cabinet d’audit pour qu’il réalise un « business plan » (un sponsor a déjà été trouvé pour financer une pré-étude de faisabilité, d’un coût de 100000 euros) : y a-t-il de la place à Bruxelles pour un musée comme ça ? comment devrait-il être défini ? serait-il « rentable » ? Car trouver l’argent pour construire un musée est plus simple que de le faire ensuite vivre et croître.

Alain Courtois espère avoir ce « business plan » à l’automne 2012 pour pouvoir avancer. Le temps peut-être aussi d’avoir un coup de pouce du fédéral (par exemple, sous forme de « tax shelter », avantage fiscal aux investisseurs).

Le 14 septembre, le groupe d’accompagnement aura d’abord à trancher la question préalable du choix d’un site possible et devrait lancer la pré-étude de faisabilité. Ouverture, au plus tôt, en 2022, si les multiples obstacles sont entre-temps franchis.

Guy Duplat, La Libre, Mis en ligne le 27/07/2011

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2 Commentaires

Classé dans Dans la Presse & les Media, La Libre

2 réponses à “Albert Frère veut un musée

  1. Martine van Coevorden

    Excellente idée qui demande un architecte exceptionnel pour que ce futur musée soit lui – même une oeuvre d’art (donc contemporaine aussi).
    Je serais d’accord de participer aux activités d’un comité de soutien.

    Merci !

  2. Ce n’est pas parce que le projet parait mégalomane qu’il faut completement y renoncer! L’art nous permet d’acceder bien plus directement qu’un livre d’histoire aux richèsses culturelles du passée. La belgique n’en manque pas, et il serait plus que souhaitable qu’on permette au public d’en prendre connaissance comme le fait le Guggenheim.

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