La ministre de la Politique scientifique répond aux questions de Mme Muriel Gerkens sur « la fermeture du Musée d’Art moderne de Bruxelles »

Chambre des Représentants de Belgique
Le 29 mars 2011

04.01  Muriel Gerkens (Ecolo-Groen!): Madame la présidente, nous devions lancer les débats sur le budget pluriannuel de l’Union européenne. Je vous remercie d’avoir bien voulu adapter l’horaire.

Madame la ministre, la presse s’est fait l’écho de nombreuses réactions d’artistes ainsi que de celle de M. Draguet, le conservateur du Musée d’Art moderne de Bruxelles, du fait de la fermeture au public de la section art moderne des Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles pour cause de rénovation. Sa réouverture n’est prévue que pour le mois de février 2012 mais sa vocation pourrait changer du tout au tout.

M. Draguet, aurait décidé sans concertation, d’après ce que j’ai pu lire, d’occuper les salles destinées à l’art moderne et contemporain par des œuvres de la fin du 19e siècle,  collection intitulée « fin de siècle ». Seraient notamment présentées au public les œuvres de Gillion-Crowet dont la Région bruxelloise, propriétaire par dation, conditionnerait le transfert de propriété au Musée à leur exposition dès 2012.

La section d’art moderne et contemporain serait dès lors envoyée dans les anciens magasins Vanderborght, l’actuel Dexia Art Center mais, dans les faits, rien ne garantit qu’en février 2012 ceux-ci seront à la fois, disponibles, adaptés et prêts pour la recevoir. Ces œuvres risquent ainsi de se retrouver dans les réserves où il sera difficile de les ressortir.

Madame la ministre, je sais qu’il y a autonomie de gestion dans les institutions scientifiques et culturelles fédérales. Néanmoins, cette autonomie a des limites. La fermeture de la section d’art moderne et contemporain a-t-elle effectivement été décidée par la seule volonté du conservateur ou bien y a-t-il eu concertation, implication du comité de gestion, réflexion générale autour de cette décision? Dans le cas contraire, cautionnez-vous cette décision et la manière dont elle a été prise? Si non, de quelle manière des modifications peuvent-elles être envisagées?

Mon propos n’est pas de dire qu’un musée d’art moderne et d’art contemporain ne doit pas évoluer. Sa structure, sa manière d’exposer les œuvres et les œuvres elles-mêmes peuvent changer mais cela ne peut se faire que s’il existe un plan, un programme sûr qui a l’adhésion tant des milieux artistiques que des autres niveaux de pouvoirs compétents.

On sait qu’à Bruxelles, en plus, une série de musées sont concernés qui dépendent des Musées royaux des Beaux-Arts. Il faut un projet auquel tout le monde puisse adhérer, d’autant que Bruxelles est également la capitale de l’Union européenne.

En tant que ministre de tutelle, avez-vous élaboré une stratégie pour le long terme avec M. Draguet ou le comité de gestion, dans laquelle pouvait s’inscrire comment on allait considérer les œuvres d’art moderne et d’art contemporain, leur mode d’exposition mais aussi l’acquisition d’œuvres, le traitement des collections? En effet, un musée d’art moderne et d’art contemporain, ce n’est pas seulement de l’exposition temporaire: il a également un rôle d’éducation, de recherche scientifique et de collection. Qu’est-il prévu pour maintenir ces collections à la disposition du public?

04.02  Sabine Laruelle, ministre: Comme vous l’avez dit, madame Gerkens, les établissements scientifiques fédéraux dont le Musée royal des Beaux-Arts de Belgique sont des services d’État à gestion séparée et disposent donc tous d’une autonomie de gestion. Par conséquent, il n’appartient pas à la ministre de la Politique scientifique de prendre des décisions en matière de recherche scientifique, de politique de collection, d’expertise scientifique ou encore d’activités de monstration.

Le directeur général des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique est donc un fonctionnaire sous mandat qui est évalué à intervalles réguliers. Dans cette évaluation, il est tenu compte de la réalisation par le directeur général des missions de son établissement. L’arrêté royal du 2 août 2002 énumère parmi les missions des musées la présentation et la mise en valeur pour le public d’un choix de collections. Outre la fermeture pour une durée indéterminée des salles exposant l’art moderne, il faut mettre en avant la mise sur pied d’un cycle d’expositions temporaires confiées à des personnalités externes et organisées dès 2011.

J’ai envoyé un courrier au directeur général lui demandant de m’envoyer avant la fin du mois de mars 2011 tous les éléments concrets dont il dispose quant à la réalisation de ces expositions temporaires. Comme vous, comme les artistes, les étudiants et les amateurs d’art moderne, je serai vigilante à ce que les œuvres d’art moderne soient montrées au grand public. C’est bien leur objet et celui des établissements scientifiques fédéraux.

Je peux déjà vous dire qu’une sélection d’œuvres choisies parmi les principaux chef-d’œuvres vient d’être aménagée dans le patio des Musées royaux des Beaux-arts. Cette exposition temporaire est visible du 25 mars au 26 juin 2011 et comporte des tableaux et sculptures de notamment, Rik Wouters, Frits van den Berghe, Salvador Dali, Giorgio De Chirico, Paul Delvaux, Joan Miró, Constant Permeke, Victor Servranckx, Georges Vantongerloo, Simon Hantaï, Henri Matisse, Jo Delahaut, Luc Tuymans et Thierry De Cordier.

Je veillerai, bien évidemment, à ce qu’après le 26 juin, le visiteur puisse continuer à avoir accès aux collections d’art moderne.

Par-delà cette problématique un peu plus spécifique, je soutiens et je suis prête à travailler sur les efforts réalisés pour doter Bruxelles d’un musée d’art moderne, qui soit un pôle d’attraction, dans un bâtiment qui constitue, en tant que tel, un plus et qui soit attractif par son architecture. N’oublions pas que Bruxelles est la capitale de notre pays mais également la capitale européenne; c’est d’ailleurs dans ce cadre que nous avons conçu le musée Magritte qui rencontre un succès extraordinaire.

Les actions à mener doivent se développer en synergie avec les différents niveaux de pouvoir concernés. Étant donné que nous sommes toujours en affaires courantes, il n’est pas évident de lancer de grands projets ou des partenariats publics et privés. Cependant, un certain nombre de contacts sont déjà pris.

04.03  Muriel Gerkens (Ecolo-Groen!): Madame la ministre, je suis rassurée d’entendre votre volonté de rendre nos collections d’art modernes accessibles. Mais il ne faut pas oublier l’art contemporain, même si certains lieux lui sont consacrés comme le Centre d’art contemporain Wiltz, mais où aucune collection n’est exposée. Il s’agit d’une autre dynamique. Il faudra un jour ou l’autre intégrer le fait que cet art puisse devenir de l’art moderne contemporain qui doit être exposé.

Parmi nos artistes belges modernes dont des œuvres sont exposées aux Musées royaux, certains ne sont pas connus de tous, mais ils se situent au croisement de deux époques lors desquelles nous fûmes prolifiques. Il est donc important que ces œuvres puissent être vues.

J’entends votre préoccupation; vous allez veiller à ce que cela puisse se faire.

Cela signifie donc, malgré la légitime autonomie de gestion, qu’il est possible de conclure avec les directeurs des institutions une exigence de programmation et de garantie d’accès aux œuvres.

J’aimerais donc connaître les limites, en sachant que M. Draguet gère à la fois les Musées royaux des Beaux-Arts et le Musée d’Art et d’Histoire au Cinquantenaire, qui contiennent tant de l’art ancien que de l’art moderne ou de l’art contemporain qu’il convient d’organiser.

Selon moi, ces projets méritent une sérieuse réflexion: soit modifier les magasins Vanderborght comme lieu de futures expositions, soit créer un nouveau musée comme le dit M. Draguet, voilà qui prendra des années: en effet, un nouveau musée demande un travail de dix à trente ans, car M. Draguet a annoncé une nouvelle architecture contemporaine à Bruxelles. J’entends déjà toutes les discussions!

Que ce soit deux ans, dix ans ou trente ans, cela nécessite de travailler ensemble à une logique, malgré l’autonomie de gestion dont il bénéficie.

04.04  Sabine Laruelle, ministre: C’est très différent si l’on décide un nouveau musée et diverses pistes ont déjà été proposées par des personnes, selon qu’elles sont ou non dans la politique scientifique. Voilà qui constitue alors un nouveau dispositif. M. Draguet n’a pas pris seul la décision de créer le musée Magritte, par exemple. Il a fallu envisager les moyens, contacter la Loterie, etc. Une telle décision dépasse le cadre de l’autonomie de gestion. Même en cas de rénovation d’une salle, le gestionnaire ne décide pas la somme que la Loterie ou le ministre doivent attribuer. Voilà des limites.

Mais ce n’est pas au ministre à décider que telle salle doit exposer telles et telles œuvres. Dans le mandat de M. Draguet, comme pour tous les autres grands musées fédéraux, il est stipulé que l’accès au public est un des objectifs majeurs. C’est sur ce point que peut réagir le ministre: demander comment l’objectif sera atteint, mais pas exiger de passer par des cases indispensables.

Il n’existe pas de définition à la virgule près, mais je ne peux pas refuser a priori les projets de M. Draguet, en rénovation de salles et en expositions temporaires au Musée d’Art moderne. Il conviendra cependant d’effectuer des évaluations et d’analyser si l’objectif de montrer des œuvres au public a été ou non atteint. Voilà la limite. Créer un nouveau musée, bâtir une nouvelle construction ou rénover en profondeur certains bâtiments n’entrent plus dans une cadre pur d’autonomie de gestion.

Par exemple, ce n’est pas moi qui décide quelle œuvre doit être exposée au troisième étage du musée Magritte. C’est le boulot de M. Draguet!

04.05  Muriel Gerkens (Ecolo-Groen!): D’où mon inquiétude au sujet des propos de M. Draguet dans lesquels il enveloppait les projets à long terme avec d’autres bâtiments, éventuellement avec un autre musée et par lesquels il développait une tout autre conception de la présentation des œuvres. Voilà le sens de ma question sur le rôle que vous pouvez assumer en tant que ministre de tutelle. Pour quand l’évaluation de M. Draguet est-elle prévue?

04.06  Sabine Laruelle, ministre: Pour les Beaux-Arts, elle est prévue ces jours-ci. Je rappelle que pour le musée d’Art et d’Histoire, M. Draguet assure la direction ad interim vu que les affaires courantes nous empêchent d’avancer dans les nominations. Les procédures sont terminées; il reste deux candidats en fin de course dont M. Draguet. Les affaires courantes entraînent aussi ce genre d’empêchements. Pour l’IRPA, Mme Sterckx partant à la retraite, il va falloir pourvoir à son remplacement. Comme la procédure est loin d’être terminée, je nommerai également une direction ad interim à l’IRPA. Mais ce ne sera pas M. Draguet.


Chambre des Représentants de Belgique, Commission de la Politique scientifique, des Institutions scientifiques et culturelles nationales (…).

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