Demande d’explications à la ministre de la Politique scientifique sur «l’avenir du Musée d’art moderne de Bruxelles»

30 mars 2011 – Sénat Télécharger l'intervention en PDF
M. Richard Miller (MR). – Si les lieux commémoratifs ne doivent pas monopoliser l’activité artistique et culturelle, il n’empêche que le fait de commémorer, conserver et entretenir les œuvres du passé ne revient pas à momifier celles-ci. Au contraire, le bon musée est celui qui rend à nouveau les œuvres présentes et qui montre que la vie ne déserte jamais les créations.Un musée n’est ni un cimetière ni un entrepôt, mais un lieu où la vie, la beauté, l’humanité et la liberté sont présentes et tangibles.Je voudrais dès lors insister sur les quelques points suivants. La fermeture temporaire du Musée d’art moderne de Bruxelles en vue de mettre en évidence une grande période de l’art belge qui marqua la fin du 19ème siècle souligne, de manière inattendue, la difficulté qu’a notre capitale d’accueillir l’art moderne. C’est extrêmement regrettable pour une capitale nationale, mais aussi européenne.L’équation est simple. Si l’on veut mieux montrer l’art de la fin du 19ème siècle, y compris l’Art Nouveau – et c’est dont s’occupe M. Draguet, directeur du Musée des Beaux-Arts de Bruxelles – les créations des 20ème et 21ème siècles devraient être reléguées aux oubliettes ou, comme le titrait La Libre Belgique du 12 février : « Peut-on aller plus bas que le -8 ? » !Bruxelles, capitale de l’Union européenne, ne dispose pas des bâtiments nécessaires pour accueillir et montrer les œuvres du groupe Cobra, les Alechinsky, Jorn, Dotremont, Broodthaers, Bacon, Panamarenko, Wahrol, etc. Hormis au Musée Magritte, la part de la création plastique chronologiquement la plus proche de la culture contemporaine et de la jeunesse d’aujourd’hui ne serait plus accessible à tout moment au public belge ni aux touristes.Cette situation est d’autant plus dérangeante que, parmi ces œuvres privées de musées belges, figurent comme je viens de le dire les œuvres du mouvement Cobra. Lorsque l’Europe naissait en 1948, le dernier grand mouvement artistique européen, Cobra, voyait le jour. Chacun sait que cet acronyme signifie Copenhague-Bruxelles-Amsterdam. Ce que l’on dit moins, c’est qu’il existe à Copenhague et à Amsterdam un, voire des musées dédiés en tout ou en partie à Cobra, mais pas un seul à Bruxelles !Il est vrai que le pouvoir fédéral n’est pas le seul responsable. La Communauté française n’est jamais parvenue à avancer sur ce terrain. La tentative menée par Pol Baras en son nom fut un échec. Quant au Centre d’études Cobra créé avec l’ULB, la ministre de la Culture, qui n’en avait sans doute pas compris l’importance pour Bruxelles, l’a supprimé. Triste, quand on pense à un grand poète belge écrivant : « la ville de Bruxelles propriétaire de Cobra-sur-univers ».Que notre patrimoine artistique des 20ème et 21ème siècles puisse voyager en dehors de nos frontières, comme l’envisage M. Draguet, est une excellente chose. Mais il est essentiel qu’il continue à être visible dans notre pays. Aucune capitale nationale digne des missions qui sont les siennes ne peut se passer de la vitrine exceptionnelle qu’est son patrimoine artistique. Dans le même article Guy Duplat a écrit : « Personne aujourd’hui ne peut dire quand et où la collection retrouvera des cimaises fixes. Le signal est dangereux vers les collectionneurs et artistes qui voudraient léguer des œuvres au musée. En attendant il n’est symboliquement pas anodin que Bruxelles n’ait plus de Musée d’art moderne et contemporain ».Je plaide pour un soutien politique sans faille à l’idée de relancer la réflexion sur un nouveau musée d’art moderne. Je ne suis d’ailleurs pas seul à le faire : notre excellent collègue Alain Courtois partage cet avis. L’absence d’un gouvernement de plein exercice, capable de poser des choix en matière de politique scientifique et de réorganisation des institutions culturelles fédérales, se fait, là aussi, cruellement sentir.Madame la ministre, comment en est-on arrivé à une telle absence ? Comment voyez-vous l’avenir de ces institutions muséales ? Quelle piste recommanderiez-vous ?

Mme Sabine Laruelle, ministre des PME, des Indépendants, de l’Agriculture et de la Politique scientifique. – Je souscris à l’analyse de M. Miller quant à la situation de l’art moderne dans le paysage de nos musées. Il faut que le grand public, belge et étranger, puisse prendre connaissance de ce patrimoine et l’admirer. Le rôle important que notre pays a joué après la deuxième guerre mondiale renforce cette analyse.La communication des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique avant la conférence de presse du 11 février 2011 avait en effet omis un point essentiel. Dans le programme, il était question de la fermeture du Musée d’Art moderne et du redéploiement des collections du 19ème siècle. J’avais d’ailleurs exprimé mon inquiétude à M. Draguet, directeur général des Musée royaux des Beaux-Arts de Belgique.Lors de la conférence de presse, M. Draguet a annoncé un cycle d’expositions confiées à des personnalités externes. Ce cycle assurera une rotation d’œuvres qui permettra aux visiteurs de découvrir plus d’œuvres d’art moderne que ce n’était le cas entre 2006 et 2011.J’ai adressé un courrier au directeur général lui demandant de m’envoyer avant la fin du mois de mars tous les éléments concrets dont il dispose déjà quant à la réalisation de ces expositions temporaires.Comme M. Miller, comme les artistes, comme les étudiants et les amateurs d’art moderne, je serai vigilante à ce que les œuvres d’art moderne continuent à être montrées au grand public.Depuis lors, le directeur général m’a signalé qu’une sélection d’œuvres choisies parmi les principaux chefs-d’œuvre venait d’avoir été aménagée dans le patio des Musées royaux des Beaux-Arts. Nous ne sommes donc pas à l’étage moins huit. L’exposition est visible du 25 mars au 26 juin et comporte des tableaux et sculptures de Rik Wouters, Fritz Van Den Berghe, Salvador Dali, Giorgio de Chirico, Paul Delvaux, Joan Miró, Constant Permeke, Victor Servranckx, Georges Vantongerloo, Simon Hantaï, Henri Matisse, Jo Delahaut, Luc Tuymans, Thierry De Cordier, entre autres.Je veillerai bien entendu à ce que les visiteurs continuent à avoir accès aux collections d’art moderne après le 26 juin. Je soutiens par ailleurs les efforts déployés par les uns et les autres, pour autant que le projet soit, lui, excellent, en vue de doter Bruxelles d’un réel Musée d’Art Moderne qui soit un pôle d’attraction pour la capitale de l’Europe, dans un bâtiment attractif du point de vue architectural, en synergie avec les niveaux de pouvoir concernés. Force est cependant de constater qu’il s’agit d’un projet difficilement compatible avec les affaires courantes.

M. Richard Miller (MR). – Je remercie Mme la ministre pour sa réponse et pour l’attention qu’elle porte à ce dossier aux implications importantes sur les plans institutionnel et culturel ainsi que sur la réputation artistique de notre pays.

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