« Il nous faut un nouveau musée d’art moderne ! »

Polémique autour d’une prétendue mort

Depuis le 1er février 2011, la section art moderne des Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles est fermée. On rénove. Pour ouvrir, en 2012, une nouvelle section des musées, appelée Fin de siècle, et qui montrera, autour de la formidable collection Gillion-Crowet d’Art nouveau, le bouillonnement créatif de la Belgique vers la fin du XIXesiècle et au-delà. En y regroupant des tableaux et des sculptures des Musées des beaux-arts, mais aussi des objets des Musées royaux d’art et d’histoire du Cinquantenaire et des documents de la Bibliothèque royale. Un nouveau musée à l’image du Magritte qui devrait attirer la grande foule à Bruxelles, qui se veut déjà capitale de l’Art nouveau.

Bravo. Mais, en attendant, on ne sait quand seront rouvertes les salles consacrées à l’art moderne. Ni même si elles le seront, d’ailleurs, par manque de place. Cela scandalise nombre d’artistes, de galeristes, d’amateurs d’art qui, d’ailleurs, ont manifesté – ils étaient 150 à 300 – mercredi dans le patio des Musées.

« On privilégie le musée Fin de siècle, réagit l’artiste Bernard Villers. C’est un très bon plan, au point de vue économique des choses. Mais cela s’est fait sans concertation, sans discussion. Michel Draguet, le directeur des Musées royaux des beaux-arts, a décidé que ce Fin de siècle allait remplacer le Musée d’art moderne et d’art contemporain. » Remplacer ? « Il n’y a pas de perspective claire pour l’avenir de la section moderne et contemporaine. On nous a annoncé des expos tournantes. C’est la mort de cette section. »

Pourquoi ? « Un musée d’art contemporain est indispensable à Bruxelles, où se manifeste une telle nostalgie du passé, comme si on se trouvait dans une Belgique joyeuse, rétorque Bernard Villers. Avec des arrêts de tram en faux 1900 et des hôtels en faux Moyen Age près de la Grand-Place. Il y a à Bruxelles un rejet de l’art contemporain, comme si c’était une honte. On veut faire de cette ville une capitale attractive en créant un luna park. Si ça plaît aux gens, tant mieux. Mais on pourrait aussi les intéresser à des choses plus novatrices. »

Même si ces opposants l’appellent le croque-mitaine de la place Royale, Michel Draguet reste souriant. «Regardons objectivement les choses : les bâtiments des musées royaux ont souffert. On a dû enlever de l’amiante, on a dû réduire l’espace des collections d’art ancien, celles du XXe siècle ont régulièrement déménagé, pour retrouver des espaces d’expositions temporaires, nous avons dû prendre la place du XIXsiècle. Mais à ce moment-là, personne n’est intervenu. »

« Eriger un nouveau bâtiment »

Michel Draguet pose donc ouvertement la question : fallait-il ne rien faire ? « Non. Il fallait redéployer », assène-t-il. D’autant que la Région bruxelloise, propriétaire par dation de la collection Gillion-Crowet, ne la confie aux Musées que s’ils la montrent au public dès 2012. Il fallait avancer, estime le directeur. Comme Philippe Roberts-Jones l’a fait avec le bâtiment Bastin inauguré en 1984 pour accueillir l’art moderne et qui avait été enterré, parce que personne ne voulait d’architecture moderne.

« Aujourd’hui, c’est le moment de dire que dans une ville comme Bruxelles, affirme Michel Draguet, il est temps qu’on mette sur la table le projet d’un nouveau musée d’art moderne et contemporain dans un bâtiment d’aujourd’hui. » Où ça ? Dans les anciens établissements Vanderborght, proches des Galeries Saint-Hubert ? « Ce ne serait qu’une solution provisoire. Il faut voir plus loin, construire un nouveau bâtiment. Il y a le problème du terrain : c’est difficile, mais ce n’est pas insurmontable. D’autant qu’il me semble que cela bouge à ce sujet dans le monde politique, même s’il est trop tôt pour en parler. »

Cette solution radicale serait évidemment coûteuse et prendrait du temps. « Il faut voir les choses de manière pragmatique : ça prendra 10 ans !, précise M. Draguet. Et oser se poser la question : un musée restera-t-il un espace d’exposition permanente ? »

Budget

Comment les musées peuvent-ils encore acheter des œuvres ?

Le Louvre a réussi à acquérir Les Trois Grâces de Cranach grâce à une souscription publique. Sans ce genre de moyens, les musées publics éprouvent de plus en plus de difficultés à pouvoir acheter les œuvres qui leur manquent. Xavier Canonne, le directeur du Musée de la Photo de Charleroi, a confirmé à la RTBF, jeudi qu’il n’avait pas de budget propre pour les acquisitions. Comme la plupart des musées belges. Les Musées royaux des beaux-arts n’ont pu acheter deux dessins de Rubens que parce que le Musée Magritte avait dégagé des bénéfices. C’est ce que fait aussi M. Canonne : il dégage ainsi bon an mal an 50.000 euros à cet effet. « Mais si la hausse du coût de la vie emporte notre budget, je n’ai plus rien, nous dit-il. Et nous n’avons pas assez de mécènes : ce n’est pas dans la tradition belge. »

A la RTBF, la ministre Fadila Laanan a affirmé qu’elle pouvait discuter de garantir un budget d’achat dans l’enveloppe de chacun des musées. Mais sans hausse de l’enveloppe totale, évidemment.

LE SOIR. JEAN-CLAUDE VANTROYEN. Vendredi 11 mars 2011

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