Vous ne verrez plus ce Bacon

MICHEL DRAGUET FERME LE MUSÉE D’ART MODERNE ET DÉFEND SES AMBITIONS

Dans le patio des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, un gros trait jaune barre la direction du Musée d’Art moderne. Inaccessible. Pour combien de temps ? « Un délai indéterminé », répond le directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Les alarmistes craignent une abstinence de dix ans ! Sourire de Michel Draguet : « Nous avons mis sur pied le Musée Magritte très vite… »

« La fermeture passe par une case positive, soutient Michel Draguet. Depuis 2006, le Musée d’Art moderne accueille sur six niveaux, expositions temporaires et collections XIXe et XXe siècles. Le XXe siècle occupe aujourd’hui le niveau – 8, soit une petite centaine d’œuvres… Nous allons réaliser une série de travaux avant d’inaugurer, en février 2012, un nouveau musée consacré à “la fin de siècle”. Un “Turn of the Century Museum”. Ce musée évoquera le modernisme dans une optique pluridisciplinaire. » Le coût : 3 millions d’euros, répartis en parts égales entre le mécénat de la famille Gillion Crowet, les Musées royaux des Beaux-Arts et la Régie des bâtiments. Comme annoncé dans nos éditions du 8 février, le point fort de ce nouveau parcours repose sur la collection Art nouveau Gillon Crowet. Son propriétaire est la Région bruxelloise. Le dépôt s’accompagne de l’obligation de la montrer au public avant fin 2012.

Le revers de la médaille demeure l’occultation des collections XIXe et XXe siècle. Crime de lèse-majesté que de ne plus voir Bacon, Moore, Cragg, Permeke, Delvaux et autres flèches de l’art moderne ? Combien de visiteurs descendaient « au fond du puits » ? Impossible de le chiffrer. L’institution fonctionne par ticket combiné Musée Magritte-Musée d’Art ancien et Musée d’Art moderne. De quoi se glorifier : 485.000 visiteurs en 2008 et 715.000 en 2010. Effet Magritte !

La fermeture du Musée d’Art moderne pose surtout une question : l’avenir des collections. Celui-ci dépend d’une extension. Les anciens Magasins Vanderborght (actuel Dexia Center) demeurent une option mais « c’est la solution des gagne-petit que nous sommes ».

Le rêve est ailleurs. « Bruxelles n’est pas Bilbao, reprend le directeur des Musées royaux. Nous avons les collections et une identité culturelle. Pas besoin d’un Guggenheim. Je pense qu’on ne fait rien de grand en étant raisonnable. D’autres perspectives relèvent d’une ambition qui doterait la capitale de l’Europe d’un édifice contemporain où exposer l’art des XXe et XXIe siècles. Un geste architectural fort incarnerait une dynamique fondée sur le développement d’une économie de la connaissance qui allie patrimoine et tourisme. Un positionnement dans le quartier européen serait légitime. »

Dans la salle de conférence, Alain Courtois ne dit mot. Le porteur de la candidature belgo-néerlandaise à l’organisation du Mondial-2018 serait-il un nouveau mécène ? Pour mémoire, Le Soir a publié le 6 février une Carte blanche signée par Philippe Mettens, président du Service public fédéral de la Politique scientifique, Michel Draguet et autres directeurs des grands musées fédéraux. Son titre : « L’élan du foot au service d’un grand projet culturel ». Son contenu : « Faire en sorte que l’énergie rassemblée pour préparer la candidature belge à la Coupe du monde se tourne vers la création de grands musées au rayonnement international »…

Le Soir, LEGRAND DOMINIQUE, Samedi 12 février 2011

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